Une file ininterrompue de voitures converge vers Aix-en-Provence, pour le retour très attendu de Kompromat. En 2025, le duo signait PLДYING / PRДYING sur Warrior Records, le label de Rebeka Warrior, frontwoman du duo. La tournée qui avait suivi avait très vite affiché complet. En 2026, le projet reprend la route avec Vitalic, son alter ego électronique.
Entre-temps, Rebeka Warrior a publié un livre récompensé par le prix de Flore, dans lequel elle retrace l’accompagnement de sa compagne dans son combat contre le cancer, jusqu’à devenir veuve à 38 ans. Une dimension qui éclaire la portée quasi sacrée des concerts de Kompromat, non sans rappeler l’intensité de The Cure, une de ses influences revendiquée.
Dans la salle, l’esthétique est déjà là : flyers dark electro, silhouettes gothiques. En première partie, Das Kinn transforme le lieu en sous-sol berlinois, saturé de beats efficaces. Le public s’échauffe : parents échappés grâce à la baby-sitter, pogoïstes déterminés, et gardiens anti-smartphones cohabitent dans une agitation bon enfant.
Après une courte pause, le « groupe accident », selon Vitalic, entre en scène. L’ouverture est quasi liturgique : Rebeka apparaît, crâne rasé, silhouette sombre, tandis que sa voix claire s’élève en prière païenne sur les nappes d’orgue de Vitalic.
Un K à part
Le son est d’une précision implacable, le light show respire avec la musique, porté par un light jockey qui improvise en temps réel. Chaque morceau devient une expérience totale. Le « K » de Kompromat, central dans la scénographie, se détache comme un symbole de « K-hole » sonore, une plongée hypnotique et immersive (on pense aux écrits de Rebeka Warrior sur ces états de bascule que provoquent les paradis artificiels).
La tension déborde : stage dives, mur de la mort, toute l’armada du set post-punk est déployée lors d’une transe dionysiaque. Portée à bout de bras à plus de deux mètres de haut, le fil de son micro comme cordon ombilical, la chanteuse hilare semble renaître sous nos yeux. Puis elle invite sur scène des jeunes filles à partager l’expérience de la plongée dans le public traditionnellement réservée aux garçons, les invitant elle aussi à occuper l’espace, n’en déplaise aux machos pogoteurs. On ressort du 6mic un peu hébété mais comme libéré du poids d’un monde devenu si lourd à porter, la catharsis à bien fonctionné.
ISABELLE RAINALDI
Concert donné le 23 avril au 6mic, Aix-en-Provence.
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