Zébuline. C’est votre deuxième spectacle jeune public, après Babïl, qui a beaucoup tourné. Pourquoi ce choix ?
Agnès Régolo. Je croyais que le jeune public c’était pas ma came ! J’avais tort. En fait, il permet une alliance très désirable entre un propos grave et une grande fantaisie. Thélonious est un chien sans-collier, hors la loi. Qui parle chien et français. Une loi vient de passer contre les sans-colliers… Ce texte de Serge Kribus, écrit dans les années 1980, me permet de réagir aux discours racistes et violents qui se banalisent.
Cela vous inquiète ?
Évidemment. Mais le marqueur de la compagnie [Cie marseillaise Du jour au lendemain, ndlr] c’est l’écart. La fantaisie. Elle permet de créer des œuvres consolantes. Pas naïves, consolantes. Quand on met en scène pour enfants on est obligé d’observer le monde d’un point de vue neuf, sans dolorisme. De travailler une certaine innocence du regard et d’imaginer un avenir en racontant une histoire.
Quelle histoire ?
Lola est une petite fille espiègle de 10 ans qui désobéit, qui fait un écart volontaire en n’empruntant pas le bon chemin. Elle tombe sur ce chien dans un entrepôt, ou un squat. Leur amitié nait de la musique : Thélonious est chanteur… À partir de cette rencontre, ils partent dans un road movie qui va aller jusqu’à Ostende puis, pour lui, jusqu’à l’Angleterre.
Ce chien est clairement un sans-papier africain.
Oui. Mais c’est aussi un chien. Joué par un acteur, qui chante. En fait c’est ce qui attire Lola, qui s’intéresse à tout ce qui vit. Elle dialogue avec ceux qu’elle rencontre, elle construit des relations humaines réelles. Elle apporte ainsi la seule réponse possible au racisme et à l’exclusion : l’empathie, et l’intelligence. Et elle est exigeante : quand Thélonius dit « les jeunes ont besoin d’espoir », elle répond « les jeunes ont besoin de vérité ».
Comment racontez-vous cette histoire ?
La scénographie repose sur des caisses, des cartons de marchandises qui se transforment au cours de leur déplacement. Ces êtres sont ballotés, précaires. On les découvre dans un squat, ils passent par une station essence, se glissent dans un camion… Les acteurs manipulent à vue ces caisses qui deviennent des murs, des emballages, une Skyline. Mais le décor principal, c’est la musique.
Toujours composée par Guillaume Saurel ?
Oui, et toujours structurante du spectacle. Il y a les chansons, des ballades plutôt blues rock, et les musiques plutôt urbaines qui accompagnent leurs déplacements.
Les acteurs ?
Thélonious est joué Antoine Laudet, qui m’accompagne depuis plusieurs spectacles – L’Oiseau vert, La Dispute… Pour Lola, c’est une première ! Ligia Aranda Martinez est une jeune comédienne qui sort de l’Eracm. Elle porte en elle quelque chose de frais qui a à voir avec l’enfance. Ou en tous les cas avec mon idée de l’enfance…
ENTRETIEN REALISE PAR AGNÈS FRESCHEL
Thélonius & Lola
29 et 30 avril
Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence
Du 11 au 13 mai
Théâtre du Briançonnais, Briançon
Juillet 2026
Le Totem, Avignon (Festival Off d'Avignon)
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