Depuis plus de 30ans, au sein de sa compagnie Mécanique vivante, Franz Clochard dompte le mécanisme des sirènes d’alerte des villes, pour les installer ensuite sur des dispositifs monumentaux : c’est bel et bien le travail d’une vie, pour cet ingénieur musicologue, ancien punk chez Archaos – son fameux numéro de tronçonneuse ascensionnelle a fait date – émérite inventeur, ingénieur, poète, tout ceci à la fois. Quel meilleur écrin que le Grand Port Maritime de Marseille pour cette Symphonie portuaire, qui a vu ses instruments fantasmagoriques mixés, le temps d’une soirée, aux envolées jazzy de Raphaël Imbert, et aux échos de toutes les musiques des pays maritimes que les fanfares, les percussionnistes et les voix évoquaient ? Un véritable morceau de patrimoine des arts de la rue, mêlé aux forces vives locales. Et si l’on peut regretter que la sirène n’y ait pas trouvé son total épanouissement – ses mélopées déchirantes sont plus prégnantes dans des pièces du répertoire de la compagnie comme Le chant des sirènes – c’était un ravissement de les voir à l’œuvre ce soir-là, pour cette symphonie collective unique.
Comme un grand coquelicot
Un hors-d’oeuvre de choix avant le set époustouflant du musicien libanais Rayess Beck, qui constituait une bande-son galvanisante pour les chorégraphies participatives des danseurs de la compagnie marseillaise Shonen originaires d’Égypte, de Palestine et du Liban. Les danseurs bondissaient de plots en plots au milieu du public, pour y délivrer les gestes à reproduire, inspirés de danses traditionnelles telles que la dabkeh et la taa’kib.
D’une ampleur inégalée ce soir-là – jusqu’à 4 200 spectateurs au plus fort de la soirée -, cette version XXL de Tarab constituait un mets de choix pour clôturer cette semaine de lancement de la Saison Méditerranée. Rassemblé depuis le début de la soirée, le public ne s’y est pas trompé, badant le long de cet espace d’ordinaire privé, ravivant les belles heures de Marseille-Provence 2013 en mirant le somptueux J1 lui faisant face.
Dans le soleil couchant, cette immense esplanade hébergeant grandes tablées et coquelicots géants – un espace public éminemment marseillais, entre mer scintillante et embrasement de l’horizon – était de bon augure pour le reste de la programmation de la Saison Méditerranée, qui va essaimer dans toute la France jusqu’à la fin du mois d’octobre. Le choix fait par l’Institut Français de délocaliser ce temps fort d’ouverture en plein air et à Marseille, donnant tout son sens à cet événement d’ampleur, allant puiser à la source-même de sa raison d’être, entre mythes fondateurs, histoire tantôt intime tantôt universelle, et drames humains terriblement contemporains.
JULIE BORDENAVE
Une nuit au Grand Port se tenait le 23 mai au Grand Port Maritime de Marseille.
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