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Marseille, l’archéologie du présent

Le genre et les rapports de domination au programme des Journées Européennes de l’Archéologie. Où l’on apprend autant sur le passé, que notre présent

Fondée 600 ans avant J.-C. par des Phocéens en maraude, Marseille a une longue histoire. Son site a connu une très longue préhistoire, aussi : les œuvres de la grotte Cosquer ont jusqu’à 27 000 ans ! Aussi la ville a-t-elle, comme chaque année, énormément de propositions intéressantes à offrir au public des Journées Européennes de l’Archéologie (JEA), coordonnées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

D’ailleurs, comme aime à le rappeler Nathalie Cazals, anthropologue de l’association Traverses, c’est bien ici qu’on été posées les bases de l’archéologie préventive. Lorsqu’un projet d’aménagement risque de détruire des vestiges, l’État demande à l’aménageur de réaliser un diagnostic ou une fouille préventive, et éventuellement de modifier son projet. On doit cette disposition à André Malraux, ministre de la Culture du général de Gaulle : en 1967, contre l’avis du maire Gaston Defferre, il intervenait pour sauver des bulldozers les restes du port antique.

Un genre incertain

Pour cette 17e édition des JEA, Nathalie Cazals s’est associée à Jean-Pierre Bracco, professeur de préhistoire paléolithique à l’université d’Aix-Marseille, afin d’organiser une balade urbaine, le samedi 13 juin au matin. Attirés par le thème – Sur les traces de l’archéologie du genre : de l’église Saint Laurent au Musée d’Histoire de Marseille – toute une troupe de curieux les a donc suivis pour mettre un orteil dans l’épaisseur du temps. Qui a apposé ses mains dans la grotte sous-marine découverte par Henri Cosquer et son équipe ? Hommes, femmes, enfants, adolescents ? Il n’est pas facile de connaître le sexe des auteurs, encore moins le genre, qui est déterminé socialement, rappelle le préhistorien.

Des difficultés qui ont longtemps perduré pour les archéologues : dans les sépultures, les restes et objets rituels « ne disent pas forcément grand chose des rapports de pouvoir ou de domination qui prévalaient à telle ou telle époque », explique Jean-Pierre Bracco. Aussi, les interprétations ont souvent été fonction des préjugés contemporains : dans une riche tombe, un corps accompagné d’armes et autres objets de prestige ne pouvait être que masculin… Aujourd’hui, les progrès considérables des analyses génétiques ou génomiques permettent de balayer ces projections. Ainsi va la science, qui en dit autant sur sa propre époque que sur celles qu’elle étudie !

GAËLLE CLOAREC

Les JEA ont eu lieu du 9 au 14 juin à Marseille, comme ailleurs en France.

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