« Connaissez-vous la vraie couleur du taboulé ? » Sa recette, dévoilée sur scène par la comédienne libanaise Jessy Khalil, devient un outil pour raconter son pays. Munie de son bouquet de persil qui lui confère sa fameuse couleur verte, elle le prépare en ajoutant à ce spectacle une touche de politique. Si la promesse du spectacle et la situation actuelle du pays peuvent laisser présager un spectacle dur ou pesant, il n’en est rien. À travers son monologue, Jessy Khalil use de l’humour pour conter l’histoire de ce pays qui se mêle à sa propre histoire. Une manière originale et ludique d’expliquer une situation politique des plus complexes.
Le plat, lui, n’a pas été choisi au hasard. Son association « fait écho au mélange chaotique que subit son pays », explique la comédienne. Alors quand vient le temps d’ajouter un à un les aliments dans sa préparation, la comparaison est toute trouvée : « on va mélanger à la libanaise, et ajouter un peu de guerre, de salisseurs et de politiques corrompues ». Selon ses mots, « la guerre et la politique au Liban, ce sont des taboulés », un mélange difficile à comprendre.
Impossible non plus de parler du Liban sans évoquer les dimanches où son taboulé est mis à l’honneur. Dans un pays fracturé par les guerres, ils représentaient l’une des seules trêves. « Un jour où on n’annonce pas de mauvaises nouvelles », raconte la comédienne avant d’ajouter : « pendant la guerre de 1990, on attendait le dimanche, seul jour où ils ne bombardaient pas ». Une réalité qui s’est perdue avec le temps et les guerres actuelles. Le spectacle balaie en effet une large période de l’histoire du Liban, de la présence française au XXe siècle à aujourd’hui. Une manière de redécouvrir le Liban à travers le récit de cette comédienne.
FANTINE LAMBEY
Spectacle vu le 21 mai au Couvent Levat, Marseille.
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