Nos larmes
Séquence émotion du Festival que ce spectacle Nos Larmes imaginé par la chanteuse Maissiat. Les textes, fruits d’ateliers d’écriture organisés au Centre hospitalier Valvert, ont été restitués en musique par les patients eux-mêmes. À travers ces cascades de petites larmes, émouvantes ou cinglantes, on entend la tristesse mais aussi l’abandon, l’impuissance, la colère, le sentiment d’injustice, l’histoire qui se répète, la folie des guerres, les cris étouffés de ceux à qui on a répété « un homme ça ne pleure pas ». Quand la lumière s’allume, les larmes ne sont plus seulement sur la scène.
Siestes acoustiques
Assister à une sieste acoustique, c’est entrer dans une bulle de douceur et comprendre combien, dans un monde devenu virtuel, nous avons besoin de liens, de proximité et de confiance en l’autre comme celle d’accepter de s’endormir à côté d’un inconnu. Tandis qu’on ferme les yeux, Guillaume Poix – il vient d’obtenir le prix littéraire du barreau de Marseille – raconte la mer, les voiles et les criques du bord de mer, la journée qui commence, « la joie qui n’a d’autres regards que le temps pur ». Sa voix caresse les corps allongés dans la salle Billoud du Conservatoire Barbizet. Les musiciens Bastien Lallemant, Maissiat, JP Nataf, Maëva le Berre, illustrent en musique dans de doux Blues aux inspirations « bashungiennes ». Tiens, mais déjà certains ronflent et apportent une pulsation à l’ensemble. C’est chaleureux, enveloppant, consolant.
Les Voix de Camus
Fidèle à ses grands entretiens posthumes, le festival a choisi cette année de célébrer Albert Camus. Né en Algérie en 1913, l’enfant du quartier pauvre de Belcourt a puisé sur les rives méditerranéennes ce « tragique solaire » qui infuse sur toute son œuvre. Écrivain engagé, philosophe de l’absurde, Camus se définissait d’abord comme un artiste. C’est autour de cette vision que l’écrivain franco-afghan Atiq Rahimi (prix Goncourt 2008) et Rémi Baille (La Crique, éditions le Bruit du Monde) ont échangé. Ils nous ont parlé de « leur » Camus, découvert à l’adolescence mais qui les accompagne encore. L’occasion d’entendre la voix de l’écrivain grâce à des extraits radiophoniques et la lettre à son ancien instituteur Louis Germain, qu’il remercia, quelques jours après avoir appris qu’il recevait le prix Nobel de Littérature, de lui avoir permis d’obtenir une bourse pour poursuivre ses études. Une gratitude profonde qui a donné lieu sur la scène de la Vieille Charité à la lecture d’écrits de jeunes lycéens « à la manière de… »
Delerm en point d’orgue
Adolescent, Vincent Delerm n’aimait pas lire, au grand dam de son père Philippe, professeur qui venait tout juste de connaître le succès avec ses Petites gorgées de bière. Devenu adulte, pianiste et chanteur, Delerm film n’a cessé depuis de se glisser dans les livres et d’en faire des chansons qui ressemblent à des nouvelles. Pour cette soirée de clôture du festival, la nuit tombant sur le Fort Saint-Jean, Vincent a chanté son amour pour la littérature : celle qu’on chine sur un étal de bouquiniste au bord de la Seine, celle des délicats Modiano et Holder. Une soirée pleine de douce ironie et de nostalgie qui le ramène – et nous avec lui – à ces vendredis soirs, aux côtés des parents devant le sacro-saint Apostrophes de Bernard Pivot.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Oh les beaux jours s’est tenu du 26 au 31 mai à Marseille.
Verve aveyronnaise
Alain Guiraudie, bien connu pour son film L’inconnu du lac de 2013, a régalé le public avec sa verve aveyronnaise, son franc parler et les anecdotes cocasses sous lesquelles se cachent une « mâle gaité » et une profondeur d’une grande humanité. La conversation à bâtons rompus avec Chloë Cambreling a fait surgir des éclairages sur son œuvre qui passe sans arrêt du livre au film et inversement. Sa boulimie pour les mots et les histoires le fait imaginer des rencontres au cours d’errances des personnages, mélangeant rêve et réalité. Ainsi les fantasmes lui permettent de franchir des limites. Et il ne s’en prive pas. Il a été question des 1000 pages de Rabalaïre (2021) et de leur suite Pour les siècles des siècles (2024), avec un curé très particulier qui dort avec ses paroissiens, d’hommes nus dans les forêts… Et ce n’est pas fini. Notons que tous ses livres sont édités chez P.O.L.
Souvenirs d’enfance
Avale (Grasset), premier roman de Séphora Pondi, a déjà reçu 2 prix. Comédienne accomplie d’une grande intensité, le texte est tout autant ravageur que son jeu, repéré et inoubliable alors qu’elle était élève de l’Eracm à Marseille. Après son passage au TNS, elle est maintenant pensionnaire de la Comédie-Française. Soutenues par la musique d’Edgard Chenest, la voix et la langue se sont imposées. Deux personnages centraux, des souvenirs de l’enfance, des premières amitiés surgissent avec une certaine violence. Séphora a choisi de ne rien dévoiler sur le déroulement de l’intrigue et ne lit rien au-delà des cinquante premières pages. À découvrir.
Ne pas oublier Shaïna
Une émotion mêlée de révolte a traversé la grande salle de La Criée pendant la lecture de Negar Haeri, avocate de la famille de Shaïna, adolescente poignardée et brûlée vive en 2017. Elle avait d’abord été victime de viols en réunion, de chantage. Enceinte, elle voulait garder l’enfant. Son violeur avait alors organisé sa mise à mort. Cinq procès ont été nécessaires pour arriver à la condamnation. Negar Haeri n’a pas connu Shaïna, mais elle s’adresse à elle dans un texte sobre, voulant que le livre offre à la jeune fille « un tombeau à l’abri de la violence du monde ». Son livre porte le titre La jeune fille et la mort, emprunté au quatuor à cordes de Shubert exécuté en live par quatre musiciens remarquables. C.B.
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