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Qui trop embrasse…

Donné ces 4 et 5 juin à Marseille, Les Noces de Figaro laissent l’Odéon de marbre

L’idée, pourtant, avait tout pour séduire. Ramener Les Noces de Figaro à l’Odéon, dans une forme annoncée comme réduite, c’était rappeler que l’opéra mozartien n’a rien d’un monument intimidant réservé à quelques initiés. Une « folle journée » peut tenir dans la proximité d’un théâtre, retrouver sa vivacité populaire, son nerf de comédie, son insolence première. La production d’Opéra Éclaté / Opéra des Landes semblait d’ailleurs avoir fait ses preuves : costumes de David Belugou d’une simplicité de bon goût, scénographie lisible de Frank Aracil, élégance modeste plutôt que pauvreté revendiquée. Loin, donc, de tout élitisme. Peut-être un peu trop loin.

Car la réduction orchestrale confiée à l’Orchestre Opéra des Landes atteint vite sa limite. Les pupitres sont si nus que tout s’entend : le moindre couac, la moindre inexactitude, le moindre flottement de mise en place. Sous la direction de Gaspard Brécourt, les décalages avec le plateau deviennent nombreux, et l’on finit par entendre moins la transparence mozartienne que la fragilité du dispositif. Dommage, car le plateau ne démérite pas. Jean-Gabriel Saint-Martin campe un Figaro solide et généreux ; Judith Fa dessine une Suzanne habile, vive, toujours aux aguets ; Charlotte Despaux offre à la Comtesse une belle texture, plus noble que plaintive. Le Chérubin d’Estelle Mazzillo est vocalement consistant, et joue scéniquement d’une gaucherie plutôt sympathique. Barberine a la légèreté fraîche d’Agathe Petitjean, tandis qu’Ahlima Mhamdi prête à Marcelline une qualité sombrée étrange mais bienvenue. Matthieu Toulouse tient Bartolo avec efficacité, et Anas Séguin donne au Comte une solidité rare : drôle, oui, mais jamais inoffensif, toujours traversé d’une menace sociale et sexuelle qui rappelle que la farce a des dents.

D’une barrière à l’autre

Restait l’autre belle idée : faire entendre Beaumarchais autant que Mozart. Rendre au texte sa profondeur grinçante, son intelligence politique, sa cruauté de salon. On imaginait quelques scènes choisies, accompagnées d’airs capables de les éclairer, de les prolonger, de les contredire. C’est l’inverse qui advient. Rien, ou presque, n’est sacrifié de la partition – surtout pas les grandes longueurs de la fin du deuxième acte et du début du troisième – tandis que le théâtre vient s’ajouter comme un supplément mal intégré. Les chanteurs ont des qualités de comédiens, certes, mais le texte parlé ne semble pas avoir été travaillé pour lui-même.

Et cette barrière-là devient infranchissable lorsqu’on comprend qu’aucun surtitrage n’a été prévu. Ici, ceux qui ne connaissent pas leurs Noces cœur restent dehors. Beaucoup, d’ailleurs, quittent l’Odéon à l’entracte.

SUZANNE CANESSA

Les Noces de Figaro ont été jouées les 4 et 5 juin au Théâtre de l’Odéon dans le cadre de la saison de l’Opéra de Marseille.

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Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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