Charlie (India Hair) emmitouflée dans son manteau, une boîte de gâteaux à la main sur le balcon d’un appartement parisien, enjambe maladroitement la rambarde pour atteindre le balcon voisin et entrer chez sa grand-mère qui ne répond plus. La vieille dame, qui l’a élevée après le décès de sa mère, est morte dans son lit -ou presque. Gesticulation burlesque et ironie d’un Printemps de Vivaldi en boucle sur le répondeur des Pompes funèbres. La scène initiale donne le ton : on gardera cet équilibre fragile entre le sourire et les larmes.
Quelques ellipses plus tard, voilà notre héroïne trentenaire au cimetière : « pas de thune, pas de mec, pas d’enfant, mais une tombe » et une mission : exécuter les dernières volontés de la défunte pour distribuer ses icônes religieuses et ses vinyles disco. Les disques sont destinés à un certain Titou résidant à Cavalaire. S’en suit un road trip en Twingo vers le sud.
Dans la petite ville de la Côte d’Azur, Charlie rencontre Marina (Raya Martigny), une barmaid trans, un peu cabossée par la vie, qui l’héberge et la prend sous son aile. Un copain d’école de Marina. Une ado rebelle et amoureuse. Un vieil homme mourant et le fameux Titou (Eric Cantona, toujours improbablement juste, en professeur de danse dans une cave ou sur la piste d’une boîte de nuit, vêtu d’une veste rose à paillettes). Titou, fan de disco, a connu autrefois Florence la mère de Charlie sur le dance floor. L’orpheline Charlie entre dans cette famille « élective », dénoue la raideur de son corps. Pour elle, c’est un voyage libérateur et intime. Elle retrouve via d’anciennes cassettes vidéo, les chorés de sa mère, belle et jeune, en robe à sequins. Les générations se télescopent. La mort, la vie, l’amour aussi. En contrepoint, les chansons populaires -qui disent toujours la vérité, comme écrivait Truffaut.
Feel good music
« Les matins merveilleux » du titre pour un clin d’œil à « Notre histoire » de Dalida, « Ah que la vie est belle » de Brigitte Fontaine en épilogue et comme une moralité à ce conte. Et puis « Piensa en mi » de Luz Casal pour un clin d’œil peut-être au mélo almodovarien. Sans oublier le bouleversant karaoké de Charlie interprétant « Mon amie la Rose ».
India Hair confirme ici son incroyable talent pour incarner toutes les facettes d’un personnage : candide ou audacieuse, forte ou fragile, engoncée ou libérée, enfantine ou sensuelle, désarmante de sincérité, ouverte à la vie qui vient, et attentive aux blessures des autres.
Le film d’Avril Besson, dédié « à tous les fantômes qui dansent en nous »,est un feel good movie. Il n’y a pas de méchants. Les gens y sont bienveillants pour peu qu’on s’ouvre à eux. Les relations se tissent fil à fil, sans grand discours à travers des petits riens. On accepte la maladresse ou la réserve de l’autre. Et si à la fin de cette comédie romantique tendre et attachante, les amant.e.s ne se marient pas et n’ont pas d’enfants, ils-elles essaieront de vivre ensemble pour le meilleur !
ELISE PADOVANI
Les Matins merveilleux d’Avril Besson
En salle le 29 juillet 2026



