samedi 8 août 2026
No menu items!
Cliquez sur l'image pour vous abonnerspot_img
AccueilCritiquesEverything must go : L’IA violente Avignon

Everything must go : L’IA violente Avignon

Dans la cour du lycée Saint-Joseph, le collectif Forced Entertainement joue avec l’intelligence artificielle, et avec les nerfs de son public

Sur un plateau noir et blanc, semblable à un grand échiquier, des corps se meuvent sans but. S’allongent, prennent la pause, se marrent, changent de costumes et de perruques. En boucle, une bande son faite de rires faux et d’applaudissements. En arrière scène, de petits écrans diffusent en continu des extraits de télévision, dessins animés, clips vidéo accélérés Avant même que la parole ne fasse irruption, tout annonce déjà une spirale de répétition insensée.

Et puis elle fait irruption, la parole. Générée par une intelligence artificielle, comme dans les deux pièces précédentes du collectif Forced Entertainment – qui porte ici parfaitement son nom – mises en scène par Tim Etchells. Le dispositif de Everything must go est simple : les six acteur·ices y sont soumis·es à ces voix artificielles. Iels ne font pas simplement du playback, mais sont complètement désincarné·es par ces mots qui les traversent. 

Burlesque inquiétant

Les sujets varient, bien qu’ils soient souvent sombres (mort, torture, dégâts en tous genres…), mais ne mènent jamais nulle part. Des phrases sans réels débuts, commençant le plus souvent par « et là, le gars… » et ne se terminant presque jamais, sont répétées deux, trois, quatre fois… au point où les comédien·nes semblent parfois soulagé·es quand le débit de mot cesse. Les voix sont interchangeables, prenant aléatoirement possession d’un corps ou d’un autre. Et la parole se fait aussi performative : si le verbe « tomber » est prononcé, tous tombent, quelle que soit le sens de la phrase prononcée. L’ensemble forme une sorte de ballet burlesque des plus inquiétants. 

Bien que portée par de brillants acteurices, Everything must go stagne au stade d’exercice formel. En écho au contenu produit par IA qui fleurit sur les réseaux sociaux, la pièce mobilise l’attention en vain, et épuise et hébète le public… démontrant parfaitement l’argument de la pièce, mais révoltant plus d’un spectateur. 

CHLOÉ MACAIRE 

Everything must go a été donné du 16 au 22 juillet au Lycée Saint-Joseph, Avignon

Retrouvez nos articles Scènes ici

ARTICLES PROCHES

L’art du dialogue s’impose à la Roque d’Anthéron

À La Roque, le piano se donne le plus souvent seul, à deux ou face à l’orchestre. Le duo avec violoncelle demeure plus rare,...

Le poids des morts

La mort accompagne depuis longtemps le désir de modernité de la danse. De La Mort du cygne de Fokine au Sacre du printemps, un...