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Arcanes : Plongée en eau safe

Tout en haut des étages de la Manutention, Manon Worms nous entraine vers les abysses d’une Méduse réhabilitée. Avec tous les paliers de décompression nécessaires

L’artiste marseillaise réussit, avec Arcanes, un petit exploit. Les questions nouvelles du féminisme queer et de la convergence des luttes sont souvent, au théâtre, portée par des représentations radicales, voire agressives envers les spectateurices non racisé·es, non queer, valides. Qui hélas le leur rendent bien et agressent parfois les artistes queer. 

Ce surgissement sur nos scènes de questions sur la domination masculine et la culture du viol est plus qu’opportun, mais il est aussi clivant. Il est rare que les metteureuses en scène prennent autant soin des specatateurices que dans Arcanes. Parce qu’une narratrice les y emmène comme dans une plongée intime, et qu’Annaëlle Hodet est dotée d’une jolie folie, douce et compatissante. Parce que le mythe de Méduse est raconté dans sa cruauté. Violée par Poséidon, transformée en monstre par Athéna pour la punir de son propre viol, pongée au fond des mers, décapitée par Persée, le héros, parce que son regard, involontairement, tue ceux qui s’approchent d’elle… Mais Manon Worms n’en fait pas un étendard, c’est sa douleur qui sera représentée, portée par Leo Vigouroux, femme trans qui questionne intrinsèquement la fabrique du genre.

Elle incarne aussi, en même temps, la figure de Nelly Arcan, qui écrivait sur la sexualité féminine, la prostitution, la surféminité, ses images et ses contraintes, et qui s’est suicidée en 2009. La comédienne, plongée dans une baignoire, semble muer, enferme son corps dans des gaines de scotch, s’empêche de respirer, de bouger, et incarne toutes les douleurs des sex-symbols qui finissent toutes, Marylin ou Loana, détruites ou suicidées. Annaëlle Hodet, un instant, la rejoint dans ses abysses de Méduse blonde platine, puis remonte avec nous, par paliers, vers un réel plus apaisé. Mais qui n’ignorera plus la douleur des femmes violées, asservies, incestées. Qui modèlent leur corps, leurs ongles, leurs cheveux, leurs cils, leur peau, pour atteindre une hyperféminisation qui leur permet, au moins, de maitriser quelque chose : l’injonction de séduire.

AGNÈS FRESCHEL

Jusqu’au 20 juillet à 19h45 (relâche le 16) à L’Atelier de la Manutention


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