C’est une idée originale qu’a eue Jean-Baptiste Barbuscia : revoir l’histoire de Meursault à travers le regard de son amoureuse, Marie Cardona. Une contre-enquête commence : une étudiante, Marie, va voir son professeur pour lui exposer sa vision du roman. Au début, celui-ci y est totalement opposé mais, s’identifiant à l’amoureuse, elle le convaint peu à peu en reconstituant l’enchainement des événements. Marion Bajot joue son personnage avec passion, sincérité ; on la suit et on adhère peu à peu à son regard.
Le metteur en scène cherche à valoriser le rôle de l’enseignant campé par Fabrice Lebert dans un parcours scolaire : à travers lui il rend hommage à un de ses professeurs comme Camus lui-même l’avait fait pour son instituteur. Ainsi le rôle de la lecture dans l’ouverture sur le monde et la construction de la personnalité, est valorisé, inventant un nouveau rapport enseignant/enseigné.
Peu à peu, Marie endosse le rôle de Marie Cardona et lui donne un relief qu’il n’a pas dans le roman. Elle réinvente des moments du procès, accompagne Meursault sur la plage, s’affronte à Raymond Sintès, celui dont le comportement violent a déclenché le drame. Nous assistons au déroulement d’une enquête, dont les résultats sont notés sur un grand tableau comme ceux que l’on voit dans les bureaux de la police. Face à elle Fabrice Lebert joue tous les rôles masculins avec précision. Le spectacle, convaincant et maîtrisé, amène à réfléchir sur l’évolution des mentalités et la place de la femme. Gageons qu’il déclenchera encore des discussions autour de ce grand roman de Camus.
CHRIS BOURGUE
L’étrangère de Jean-Baptiste Barbuscia, primé en 2025, s’est joué au Théâtre du Balcon durant le Festival d’Avignon Off
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