mercredi 26 août 2026
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AccueilSociétéÉditoLes congés n’ont reposé personne

Les congés n’ont reposé personne

90 ans après les premiers congés payés nous avons sans doute vécu, sauf années de nos guerres, le plus terrible été du siècle. La canicule a tué, les incendies ont ravagé nos vies, et nous avons tous, toutes, recherché en vain des ilots de fraicheur nocturne, vers l’altitude, les lacs, la mer, qui ne soulageaient pas davantage qu’un bain tiédasse. Nous avons tous, toutes, regardé les noyé·es de Ceuta, décompté les morts sur la route de Méditerranée centrale, à Gaza, au Soudan, constaté l’alarmante augmentation du nombre de pauvres en France. Nous avons, tous et toutes, déploré, plus ou moins outrés ou résignés, que ces morts et ces souffrances des peuples déclenchent dans notre forteresse européenne un rejet massif plutôt qu’une solidarité nécessaire, humaine et morale.

Défaites

Abattu·es par ces épreuves nous revenons, défaits, défaites, vers nos activités de rentrée. Notre encore président a quant à lui bonne mine, il a fait du jet ski, surfant sur les vagues de son inconséquence, tandis que son gouvernement mentait allègrement sur l’impréparation aux méga-incendies des Landes et du Var. Emmanuel finissant semble en bonne forme, tout comme Marine Le Pen, radieuse, reposée, qui sait qu’elle n’aura pas à faire campagne pour le remplacer. Que sa condamnation importe peu, qu’il faut surtout qu’elle se taise, se débarrasse de Bardella, drague les classes populaires en leur promettant qu’elle les délivrera de ceux qui sont juste un peu plus pauvres, un peu moins blancs, un peu moins intégré·es qu’elleux. 

Une fois encore le tour de passe-passe de l’extrême droite fonctionne. Il est pourtant éprouvé, de Benito à Donald en passant par Poutine et Bolsonaro. Il consiste à faire fructifier les intérêts des capitalistes en remplaçant la lutte des classes par le rejet du plus pauvre, de l’étranger, y compris lorsqu’il nous constitue intimement. La droite affolée, même gaullienne, emboîte le pas de cette idéologie meurtrière qui gagne la planète pour sauver le grand capital. Elle creuse les inégalités, enrichit les riches jusqu’à l’écœurement, abandonne les pauvres, les étudiants, les malades, les faibles, les femmes violentées… et les classes dites moyennes qui glissent lentement vers la pauvreté.

Contrefeux misérables

Face au tour de passe-passe la gauche réagit mal. Refusant, pour les plus socio-démocrates, de remettre en cause le capitalisme financier qui détruit la planète mais qui leur semble une loi naturelle. Quant aux autres, ils refusent de s’accorder sur un fonctionnement démocratique qui ne serait pas fait de coups de force, mais d’un programme commun. 

Est-il encore temps ? les midterms américaines vont-elles, une fois de plus, réorienter la politique mondiale, et la nôtre ?  

Pour l’heure le peuple de France, les enseignant·es, les étudiant·es, les artistes, les salarié·es, les retraité·es, les commerçant·es, les sans-emploi s’apprêtent à retrouver leurs classes, leurs bureaux, leurs scènes, leurs activités, leurs collègues, leurs boutiques. La rentrée littéraire affiche une belle résistance au suprémacisme de Bolloré/Grasset, l’art contemporain s’expose dans ses différences et sa générosité dans toutes les friches anciennes et nouvelles. Il y a sans doute là, encore, un désir de combat, ou du moins quelque possibilité de plaisir intime. Le pire n’est jamais sûr. 

Mais il est de plus en plus probable.

AGNÈS FRESCHEL

N.B. : Nous lancions en juin un appel à soutien. La presse est un puissant levier de résistance, Bolloré le sait bien. La culture est un puissant outil de conscientisation, Bolloré le sait mieux encore. 
Zébuline continue à travailler, dans la difficulté. Quelques-uns nous ont aidés, en renouvelant des partenariats, en faisant des dons, en s’abonnant. Nous n’étions pas sûrs de tenir jusqu’à cette rentrée, vous nous y avez aidés. Merci, si vous le pouvez, de continuer !

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