À l’angle du boulevard Romieu et de la rue Simiane, deux immenses platanes s’érigent devant l’entrée d’un mystérieux bâtiment. Dans un quartier historiquement ouvrier, marqué depuis près d’une décennie par d’importantes transformations urbaines, cette ancienne savonnerie du XIXe siècle, longtemps restée inoccupée, s’apprête à être métamorphosée. Derrière ce relooking se dessine un futur lieu de référence consacré au graffiti, au street art et plus largement, aux cultures urbaines. Baptisé L’Aérosol, le site ouvrira ses portes le 12 septembre avec sa première exposition, Ça déborde à la Tulipe. Au total, plus d’une soixantaine d’artistes y seront réunis pour l’occasion, avec une forte représentation de la scène marseillaise, des pionniers du mouvement aux jeunes talents. Exposition, gastronomie, DJ sets rythmeront ces deux mois d’ouverture. À terme, le site devrait accueillir d’autres expositions, des performances artistiques, des friperies et même des concerts. Mais chaque chose en son temps. Pour l’instant, l’heure est aux derniers coups de bombe.
Derniers coups de bombe
Une dalle de béton, des « blazes » d’artistes tagués sur des murs blancs, quelques graffs colorés : les bases sont là. Mais, pour le moment, il reste encore difficile d’imaginer le public déambuler dans cet immense espace… Les grands volumes du bâtiment, long d’une soixantaine de mètres et haut de dix, offrent un terrain de jeu idéal pour les fresques gigantesque et les installations. Depuis quelques jours, des dizaines d’artistes investissent les lieux et s’activent avant l’ouverture. « Ça fait une semaine et demie qu’on est là, bientôt deux. Le passage des graffeurs a commencé il y a trois jours », confie Cédric, alias Mister Freeze, principal curateur de l’exposition. Les murs encore bruts se couvrent peu à peu de couleurs, de visages et de formes. Mais, le chantier est avant tout un espace collectif, une partie des créations est pensée à plusieurs, avec notamment une grande fresque qui prendra place dans l’allée centrale. « C’est un rassemblement aussi, finalement, ce sont des retrouvailles », témoigne un grapheur sur place.
Un lieu pour la culture urbaine
L’idée d’un lieu dédié aux arts urbains n’est pas tout à fait nouvelle. À Paris, un premier projet d’Aérosol avait vu le jour dans le cadre d’une occupation temporaire. Une expérience qui avait toutefois laissé une certaine frustration, liée au caractère provisoire du lieu. À Marseille, l’ambition est différente : construire un espace plus pérenne, investir durablement le bâtiment et laisser au projet le temps de se développer sous les yeux des visiteur·euses.
L’ouverture, elle aussi, se fera progressivement. La première phase concerne environ 1 500 m², tandis que d’autres espaces seront aménagés au fil des travaux, jusqu’à atteindre à terme près de 5 500 m². « C’est vraiment les prémices », résume l’équipe. L’extérieur sera lui aussi investi, de manière plus libre. Une cour permettra notamment aux publics de s’essayer à la peinture et de participer à la vie du lieu. Car l’objectif affiché est avant tout de faire de L’Aérosol un espace vivant : « L’objectif, c’est qu’il y ait des choses qui se passent, qu’il y ait des rencontres, des connexions et que d’autres projets naissent ici. » Un projet ambitieux, qui entend s’inscrire dans la transformation du quartier tout en devenant un espace de référence pour la scène urbaine marseillaise. Reste désormais à savoir à qui il profitera.
CARLA LORANG
Ça déborde à la Tulipe
12 septembre au 1 novembre
L’Aérosol, Marseille





