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Rentrée sous tension pour le spectacle vivant

À Paris, le Syndeac a présenté sa tribune pour une concertation nationale sur le refinancement de la culture à l'approche du budget 2027 et de la présidentielle

C’est dans ses locaux, rue Saint-Nicolas à Paris, que Claire Guièze et Joris Mathieu ont tenu une conférence de presse consacrée à la situation du spectacle vivant. Les deux coprésident·es du Syndeac – Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, qui représente les employeurs du spectacle vivant public : théâtres, scènes nationales, centres dramatiques et chorégraphiques, compagnies, lieux de diffusion et festivals – y ont évoqué la publication de leur récente tribune intitulée « Pour une concertation nationale sur le refinancement de la culture ».

Le texte part d’un constat : alors que le secteur traverse une crise budgétaire majeure, qui fragilise les lieux de création, les festivals et l’emploi, les salles n’ont jamais accueilli autant de public et les artistes n’ont jamais  autant contribué à créer du lien social. Pour le Syndeac, la culture ne doit pas être traitée comme une variable d’ajustement, mais reconnue comme un investissement démocratique et économique, créateur d’emplois non délocalisables et vecteur d’attractivité pour les territoires.

Décloisonner les politiques culturelles

Déjà signée par plus de 600 élus – dont six ministres ou anciens ministres, « du camp de la France insoumise jusqu’aux Républicains », précise le syndicat, la tribune porte une demande centrale : l’ouverture d’une concertation nationale associant l’État, les collectivités territoriales, les organisations professionnelles et l’ensemble des acteurs du secteur. Cette concertation devrait s’accompagner, selon le Syndeac, de la création d’une cellule de crise interministérielle, qui ne se limiterait pas au ministère de la Culture mais engagerait aussi l’Éducation nationale, l’Économie, la Cohésion des territoires, l’Intérieur, le Travail ou le Tourisme.

Joris Mathieu insiste sur la dimension transversale du secteur, trop souvent ignorée selon lui : le spectacle vivant irrigue, rappelle-t-il, la politique de la ville, la santé, les hôpitaux, la justice, via les interventions en prison, ou encore l’action ministère des Affaires étrangères. « La politique culturelle de la France a été complètement déléguée aux acteurs : on essaie de produire du sens mais nous avons face à nous des interlocuteurs qui ne se parlent pas entre eux », regrette-t-il.

L’objectif du 1%

Sur le plan financier, le syndicat chiffre son ambition : porter le budget de la Culture à hauteur d’au moins 1 % du budget de l’État, contre environ 0,7 % aujourd’hui. C’est aussi le sens de sa campagne estivale « Culture partout, 1 % obligatoire », qui a servi de fil conducteur à la mobilisation dans les festivals.

La tribune lie par ailleurs ce refinancement à l’autonomie des collectivités territoriales, présentées comme les premières partenaires de la création et de la diffusion de proximité, pour lesquelles elle réclame une véritable capacité financière et fiscale. Le Syndeac appelle enfin à un nouveau pacte de confiance entre l’État, les collectivités et les acteurs de la culture, fondé sur une ambition partagée et des moyens durables.

Un été de mobilisation

Le bilan de l’été a occupé une large partie de la conférence. Portée par la campagne « Culture partout, 1 % obligatoire », la mobilisation s’est étendue tout au long de la saison en lien avec l’intersyndicale – regroupant, aux côtés du Syndeac, des syndicats de salariés du secteur comme la CGT Spectacle, ou FO- de Montpellier Danse à Rennes, d’Alès à Avignon, de Paris l’été ) Nexon, Aurillac ou Bussang jusqu’à un dernier rendez-vous le 23 septembre au festival Musica de Strasbourg. 

Le Syndeac indique que cette campagne reprendra aussi dès l’ouverture des saisons culturelles en octobre. Cette dynamique, le syndicat l’a aussi mesurée dans ses propres rangs : il revendique 27 nouvelles adhésions, portant à environ 580 le nombre total de ses structures et compagnies membres.

Une rentrée sous la menace des coupes

Sur le plan budgétaire, cette pression a produit des effets concrets : fin juillet, le ministère annonçait le versement d’un solde de 10 millions d’euros à 28 structures – dont La Criée à Marseille- victimes d’un gel de leurs subventions. Les co-président·es notent toutefois que ce versement, bien qu’annoncé, n’est toujours pas effectif, et que ce geste ne répond pas à l’ensemble de ses revendications, qu’ils maintiennent « pleines et entières ».

Joris Mathieu ne ménage pas ses mots sur le fond du dossier : « Ce n’est pas tant à la ministre que nous nous adressons aujourd’hui, mais au ministre des Finances, au Premier ministre, au président de la République. Ce qui se prépare aboutira au démantèlement des services publics, et nous ne pouvons pas l’accepter. » Il dénonce aussi la suppression de 10 millions d’euros sur le volet collectif du Pass Culture, qualifiée de « tour de passe-passe » budgétaire aux conséquences directes pour l’éducation artistique en milieu scolaire.

Les représentants des employeurs indiquent encore soutenir le préavis de grève déposé par la CGT Spectacle pour le 29 septembre et pointent des difficultés structurelles dans l’instruction des dossiers de subventions par la DGCA : critères jugés inadaptés à la baisse d’activité, délais de versement de plus en plus longs poussant des compagnies à s’endetter, et montage des productions de plus en plus difficile et long.

Budget 2027 et présidentielle en ligne de mire

Sur le Projet de loi de finances 2027, dont l’examen débutera au Parlement au plus tard le premier mardi d’octobre, le syndicat dit ne disposer d’aucune garantie de sanctuarisation des crédits culturels, ni de visibilité sur les dotations aux collectivités. Il annonce vouloir profiter de la séquence électorale pour interpeller directement les candidats à la présidentielle et faire de la culture un sujet de campagne à part entière, à l’exclusion, précise-t-il, de toute sollicitation du Rassemblement national. 

Le Syndeac a par ailleurs annoncé son adhésion, votée à l’unanimité par son Conseil national, à La Digue, collectif rassemblant associations et personnalités engagées contre l’extrême droite.

Un front commun pour la création

Dans un contexte d’économie budgétaire, le Syndeac est en première ligne puisque les subventions dont bénéficient ses adhérents sont remises en cause ; et tel est le sens de l’intersyndicale à laquelle s’associe pleinement le syndicat, aux côtés notamment du Synptac, branche de la Cgt Spectacle qui représente les techniciens et personnels administratifs. Syndicats d’employeurs et syndicat de salariés avancent donc main dans la main en cette période singulière.

Mais les chiffres au sujet des baisses de ces dernières années, et de leur répartition nous demeurent inconnus – le ministère annonçant récemment encore des baisses, mais cette fois-ci au cas par cas afin de mieux diviser. Par ailleurs, les lieux et compagnies bénéficiant de subventions du ministère ne représentent pas la majorité de la création et de la production artistique du pays. Les théâtres municipaux, par exemple, qui diffusent l’immense majorité des spectacles, ne sont pas dans le champ d’action de l’État et du Syndeac ; tout comme les quasi 1700 compagnies participant au Festival Off d’Avignon. Mais le combat du Syndeac pour un service public de la culture est aussi celui de la création artistique et de tous les intermittents.

ANNE-MARIE THOMAZEAU et RÉGIS VLACHOS

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