Comportement toxique au travail, violences dans la sphère privée, de multiples accusations graves visent l’actuel directeur du Théâtre du Briançonnais (TDB), Romaric Matagne. Après un signalement de la Drac-Paca au titre de l’article 40 du code pénal, une enquête a été ouverte par la procureure de la République de Gap, et des témoignages ont déjà été recueillis par la justice selon nos informations. Des anciens salariés dénoncent son management toxique, et un article de la radio Ram05 rapporte le témoignage glaçant d’une de ses ex-compagnes, qui se dit victime de violences morales et physique.
« Une humiliation constante »
Ce vendredi 18 septembre, l’ouverture de saison du Théâtre du Briançonnais ne s’est pas passée comme prévu. Quelques heures plus tôt, un article de la radio locale Ram05 révélait que Romaric Matagne était visé par une enquête judiciaire pour des faits de violences et de harcèlement. Ce soir-là sur la scène du théâtre, pas de directeur. Il est tenu éloigné à la demande des équipes et du Conseil d’administration du théâtre. À la place, un collectif d’ancien·nes salarié·es et d’artistes, baptisé « Coulisses solidaires », venu dénoncer le comportement de ce directeur, et la surdité des tutelles pendant plusieurs années.
« C’était une humiliation constante. Le but était de descendre les personnes, de les placardiser. » Voilà comment cette ancienne salariée, membre du collectif Coulisses solidaires, décrit les années passées aux côtés de Romaric Matagne. Un témoignage loin d’être isolé selon le communiqué lu sur scène par le collectif : « Plusieurs salarié·es du TDB on dû quitter leur emploi au théâtre dans des conditions difficiles et d’autres personnes ont pu souffrir des agissements de Romaric Matagne alors qu’il était administrateur et responsable des ressources humaines, puis directeur-adjoint, puis directeur du théâtre. »
Des faits de harcèlement au travail, qui ont été dénoncés à la Drac Paca au moins une fois il y a deux ans, dans un long courrier que Zébuline a pu lire. Il y est rapporté de nombreux problèmes de gouvernance, une ambiance toxique et une succession de licenciements, démissions, arrêts maladies qu’a connus le théâtre ces dernières années. Ce témoignage, méticuleux et fouillé, n’aurait pourtant engendré aucune réaction de la part de la Drac, pas même un coup de fil, explique le collectif à Zébuline. Du côté du Conseil d’administration, il n’aurait pas non plus pris la peine d’écouter la détresse des équipes : « Le CA a toujours filtré les demandes, malgré mes sollicitations. Jamais personne n’a voulu nous écouter », souffle cette ancienne salariée.
« Sans témoins »
Un comportement qui a touché les équipes du théâtre, mais aussi des artistes passé·es par Briançon, selon cette autre membre du collectif Coulisses solidaires, artiste elle aussi. « Les agissements étaient toujours psychologiques. Il était dans le rabaissement de la personne, avec des propos extrêmement violents. En prenant soin, toujours, qu’il n’y ait pas de témoins. » Des artistes, souvent des femmes, qui n’ont pas osé prendre la prendre la parole publiquement, de peur de mettre leur carrière ou leur compagnie en danger.
Mais selon le média Ram05, qui cite une ex-conjointe de Romaric Matagne, son comportement aurait été encore plus violent en privé. L’ex-compagne, prénommée Valentine dans l’article, « aurait été plaquée au sol, maintenue par le cou, et frappée à plusieurs reprises sur la tête. […] Le dernier tournant d’un continuum de violences qu’elle dit avoir vécu pendant deux ans et demi avec Romaric Matagne », décrit Ram05. À la suite de ces violences, la plainte que dépose Valentine sera classée sans suite quelques mois plus tard.
Un comportement finalement signalé
En août dernier, Romaric Matagne se rend au Festival d’Aurillac, où il se fait remarquer en discutant bruyamment avec deux femmes, alors qu’un spectacle se tient. Bastien Salanson, artiste des arts de la rue, intervient et lui demande de partir. Ce dernier rapporte cette interaction, et les suspicions qui pèsent contre Romaric Matagne dans un post sur Facebook. Un post qui trouvera un important écho, et libérera la parole de nombreuses victimes présumées du directeur.
Plusieurs signalements sont alors transmis par le collectif #MetooThéâtre à la Drac Paca, et c’est elle qui saisira la justice au titre de l’article 40 du code pénal, rapporte encore Rom05. Depuis, la procureure de la République de Gap a ouvert une enquête, et des auditions se sont déjà tenues.
NICOLAS SANTUCCI








