« L’art contemporain a toute sa place ici », assure Gwenaël Richerolle, adjoint au maire de Marseille chargé du patrimoine municipal culturel et des équipements culturels. Ravi de ce partenariat inédit avec la Biennale des imaginaires numériques, l’élu salue un lieu où « se croisent histoire, recherche et art.». Proposée en accès libre, au même titre que les collections permanentes l’exposition poursuit cette volonté de « faire revenir les Marseillais au musée ». Et de les inciter, le temps d’une visite, à méditer le regard que posent nos imaginaires numériques sur la thématique de cette édition : la résistance sous toutes ses formes.
Serpentine Night commence par un geste aussi drôle que littéral : un micro tendu à une pierre. Stéphanie Roland entend lui donner la parole, mais aussi lui prêter un regard. Des failles californiennes aux images de laboratoire, son installation disposée à même le sol multiplie les perspectives minérales, jusqu’à imaginer le dispositif d’un selfie de pierre. Les filtres minéraux à travers lesquels elle filme métamorphosent les rivages ; le surgissement d’un cheval dans une bibliothèque prend des allures d’apparition, tout droit surgie d’un conte de fée. À ces visions d’une beauté étrange répond le grondement de la Terre, enregistré dans les Pyrénées, qui résonne toutes les minutes par-delà les cloisons des coursives. Le paysage devient à son tour observateur. Cette fantaisie, nourrie de recherches scientifiques, nous entraîne dans une expérience organique où l’écoute engage tout le corps.
Ondes de choc
Avec Impermanence, Étienne Rey revient sur un événement spectaculaire : l’effondrement d’un pan de montagne dans un fjord du Groenland, en 2023, sous l’effet du réchauffement climatique. La vague provoquée par la chute fait alors vibrer la Terre pendant neuf jours. Sur un mécanisme de huit mètres de long, cinq supports accueillent une eau qui oscille, se soulève et se recompose au gré des vibrations. La magnifique création musicale de Max Bruckert prolonge ces mouvements et participe à l’envoûtement. On resterait longtemps devant ces sculptures liquides, à suivre leurs équilibres instables. Mais la catastrophe dont elles procèdent trouble la contemplation. D’une salle à l’autre, les deux artistes donnent une présence physique à des phénomènes qui échappent ordinairement à nos sens. L’inventivité des dispositifs tient à cette alliance de la rigueur scientifique et d’une liberté joueuse. Le plaisir de regarder ne dissipe ainsi jamais tout à fait l’inquiétude.
SUZANNE CANESSA
Souffles terrestres
Jusqu’au 13 décembre
Centre de la Vieille Charité, Marseille








