Un Cœur Fidèle de Júlia de Paz Solvas raconte la vie de Carmela, une adolescente de 12 ans qui vit chez sa grand-mère et sa mère, après le divorce de ses parents. Son père, artiste peintre, est accusé de violences conjugales envers sa mère. L’aide sociale à l’enfance rythme le quotidien de Carmela, qui lui permet pour la première fois de revoir son père, qu’elle idéalise.
Rendre compte de l’emprise paternelle : telle est la réussite de Júlia de Paz Solvas. La mise en scène d’une violence latente, jamais vraiment explicite, permet de créer la tension et donc, l’acceptation du sujet par le spectateur qui se lie d’affection pour la jeune fille. Difficile de rester insensible au sort de Carmela (Kiara Arancibia), victime de l’indifférence ou du chantage de son père, qui connaît un essor de sa renommée et qu’il entend bien accroître. Carmela, prise en étau, face à des adultes qui ne l’écoutent pas ou qui l’écoutent seulement pour profiter de sa vulnérabilité, doit porter des responsabilités qui la dépassent. Elle cristallise les contradictions de l’aide sociale à l’enfance dont la mission oscille entre indispensable protection et nécessaire construction de l’enfant. Se pose également la question de se définir toujours socialement, au-delà de l’identification nominative, comme « la fille de… » : d’un père violent ? d’un père absent ?
Solidarité de la jeunesse
Le film ne se résume pas à ce tableau intime, et porte un message politique. Paul Klee disait que « l’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ». Un Cœur Fidèle s’inscrit dans cette démarche en donnant à voir une jeunesse oubliée du débat public. Abandonnée à son propre sort, l’enfant qui souffre est incapable de faire porter sa voix dans l’espace public. Si, Fjord, réalisé par Cristian Mungiu et Palme d’Or à Cannes en 2026, montre la douleur de parents roumains immigrés en Norvège dont les enfants sont retirés après des suspicions de violence, un Cœur Fidèle place l’enfant au centre du récit, soumise aux préoccupations égotiques des adultes : seule l’amitié apparait comme une voie de libération.
Le film dessine une jeunesse qui se serre les coudes pour résister à la culpabilisation et au double conditionnement imposé aux jeunes et aux femmes. Rapportée dans l’actualité, il semblerait que ce soit cette même solidarité, qui aujourd’hui, en dehors des salles de cinéma et partout en Europe, porte la mobilisation des jeunes pour l’amélioration de leurs conditions de vie !
ZAKARY PASSERON
Étudiant à Sciences Po Aix
Cœur Fidèle, de Júlia de Paz Solvas
En salles le 23 décembre








