Ambiance tamisée, musique house en toile de fond, l’atmosphère est festive. À l’heure où les budgets consacrés à la recherche sont réduits et où la liberté d’expression est attaquée, la Semaine de la pop philosophie semble presque nager à contre-courant en offrant un espace de réflexion collective, de partage et de fête. Créée en 2009 à l’initiative de Jacques Serrano, cette manifestation annuelle fait de Marseille, le temps d’une semaine, « l’épicentre de l’ouverture de la discipline à des objets ou à des thèmes de la culture populaire ». Le 22 octobre, la thématique « Capitalisme et jouissances » laissait place à une soirée autour du concept d’« éropolitique ». Dans la salle du Makeda, Laélia Véron, Myriam Bahaffou, Juliette Roguet et Raísa Inocêncio se livraient à des seuls-en-scène en résonance avec l’actualité.
Le rire comme étendard
Battles d’aura, pancartes humoristiques et références à la pop culture ; depuis le début des mobilisations, la jeunesse fait de l’humour une force centrale face à la répression. Car le rire est une arme – qui, n’arrache ni des mains ni des yeux –, mais reste vecteur d’un fort sentiment d’appartenance collective. Avec l’humour, « on a l’impression de se comprendre sans avoir besoin d’expliciter pourquoi on se comprend », explique Laélia Véron, spécialiste des liens entre langage et rapports de pouvoir.
Au Makeda, la linguiste s’empare de la relation entre Alcibiade et Socrate pour développer une réflexion autour de l’ironie mais aussi ses ambiguïtés. Car si le rire peut créer du lien et favoriser une « forme de libération collective », il peut aussi devenir un outil de séduction et même de domination. L’ironie ne doit donc pas être une fin en soi, mais bien un point de départ vers un engagement sincère, comme en témoignent les récentes mobilisations.
Éropolitique
Cependant, si les mobilisations sont portées par l’humour, elles le sont aussi par la joie et… l’érotisme. Myriam Bahaffou, autrice de plusieurs ouvrages, dont Éropolitique : Écoféminismes, désirs et révolution, développe le concept d’éropolitique et défend une insurrection joyeuse invitant à érotiser la lutte. Pour la philosophe, l’érotisme ne se résume pas à l’acte sexuel ; il englobe aussi une sensualité plus large, une « pulsion de vie » qui invite à faire corps ensemble en se connectant les uns aux autres. « Les manières créatives, inventives et drôles que les jeunes donnent à voir dans leur façon de faire de la politique ne peuvent pas être réduites à des comportements futiles. Ils sont l’exemple d’une vitalité que nous pouvons envier et rejoindre », explique-t-elle. Fanfares, bals intergénérationnels improvisés… sont autant de démonstrations où l’insurrection tire sa force de la spontanéité, de l’érotisme, la joie et d’une capacité à rassembler des présences singulières dans l’espace public au risque de bousculer l’ordre établi…
CARLA LORANG
Soirée donnée le 22 octobre dans le cadre de la Semaine de la Pop Philosophie au Makeda, Marseille.








