Un festival de jazz où l’exigence musicale le dispute à la ferveur populaire (et inversement), en accès libre, c’est possible ? Oui. Depuis 2009, La Londe Jazz Festival, sous la direction artistique de Christophe Dal Sasso, accueille pendant quatre soirées une moyenne de 1800 spectateurs sur la plage de l’Argentière, à La Londe-les-Maures.
Tout commence le jeudi 30 juillet avec Radio Mezcal à l’apéro : ce combo latin-jazz avec une touche électro ouvrira les festivités chaque soir. En tête d’affiche, le nouveau projet de Christophe Dal Sasso : le chef d’orchestre et flûtiste a concocté un répertoire au croisement des cultures, entre préciosité musicale et appétence pour la danse, conviant notamment la chanteuse et saxophoniste Shekina Rodz ainsi qu’une floppée d’excellents musiciens (Raphael Illes, Michael Steinman, Manuel Marchès, Nadia Tighidet…).
Le même soir, Olivier Lalauze Trio va jouer quelques compositions et ouvre la jam-session –ce contrebassiste d’excellence se produira chaque soir avec le sémillant pianiste Lionel Dandine et le batteur Léo Achard, dont la profonde musicalité n’est plus à prouver.
De Broadway à la French Riviera
Place au grand format le vendredi 1er août. Big Sud, orchestre de 18 musiciens d’envergure conduit par Dal Sasso et le trompettiste Nicolas Folmer croisera ses propositions swing avec les traits de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon pour un répertoire intitulé De Broadway à la French Riviera, traversant un siècle de musique et esquissant un pont entre l’imaginaire des comédies musicales de Broadway et celui, plus intime et solaire, de la Méditerranée provençale. Pour cette représentation exceptionnelle, Big Sud invite la chanteuse toulonnaise Andrea Caparros. Sa voix chaleureuse et expressive, à la croisée du jazz et de la chanson, apporte une dimension sensible et élégante à ce voyage musical. Gageons que la jam-session qui s’ensuivra durera jusqu’à l’aube !
Le lendemain, en tête d’affiche, il y aura Abraham Reunion : la famille guadeloupéenne (Cynthia Abraham : voix ; Clélya Abraham : piano, chœurs ; Zacharie Abraham : contrebasse, chœurs ; Zaza Desiderio, batterie) viendra défendre son nouvel album, Jaden an nou, où les émotions se nimbent d’effluves de créolisation, avec ce qu’il faut de grooves caraïbes et de mélodies alizéennes. Trop souvent ignoré sur les scènes du Sud de l’Hexagone, le jazz issu de la diaspora antillaise tel que pratiqué par ces jeunes musicien·nes vient à point nommé nous rappeler notre dette, au moins musicale, envers la diversité. Parions sur une jam-session aux couleurs caribéennes pour la fin de soirée.
Pour le dernier soir, le festival se place sous le signe de la soul avec The Buttshakers. Ces « remueurs de popotin », basés dans la région lyonnaise, écument les scènes internationales depuis une quinzaine d’années, avec une énergie puisée aussi bien dans la Stax du siècle dernier que dans les grooves les plus subtils de notre époque, avec ce qu’il faut de rythmes enfiévrés et de cuivres doux et rugissants. Emmené par la charismatique chanteuse américaine Ciara Thompson, fervente porte-parole féministe et antiraciste, le groupe devrait mettre le public en transe. La jam-session prendra-t-elle alors les voies du hard-bop, ce jazz nimbé de soul ?
LAURENT DUSSUTOUR
La Londe Jazz Festival
Du 30 juillet au 3 août
Plage de l’Argentière
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