Dans le hall d’entrée, on est accueilli par deux séries photographiques de Charles Fréger : Wilder Mann ou la figure du sauvage présente une quinzaine d’apparitions saisissantes, capturées dans des paysages naturels hivernaux européens, sans visages, mi-hommes, mi-animaux, mi-végétaux, couvertes de plusieurs couches de peaux, de végétation, coiffées de cornes et de bois de cerfs, issues de diverses traditions populaires. En face, la série Sorginak -sorcière en langue basque- présente la succession d’une dizaine de silhouettes féminines en buste, saisies à contre-jour, coiffées d’imposants bonnets, aux formes assez phalliques : on apprend sur le cartel dédié qu’il s’agit de coiffes basques traditionnelles, qui permettaient notamment de distinguer les célibataires, les épouses et les veuves. Et que dans le contexte de chasse aux sorcières qui a frappé particulièrement le Pays basque au début du XVIIe siècle, elles ont été investies d’une signification démoniaque…

Une autre créature est également présente, à la fois humaine et animale : Le Cerfaure de Julien Salaud, sculpture grand format qui associe taxidermie de cerf, peaux de chevreuils, coton, bois, plâtre, métal, résine, mousse polyuréthane, perles de rocaille et cor de chasse.
Traverser la forêt
Une fois dans l’espace d’exposition, le parcours met en présence œuvres contemporaines et anciennes, auxquelles s’ajoutent des pièces provenant notamment des Muséums d’histoire naturelle de Marseille et d’Aix-en-Provence ainsi que du Musée des Arts décoratifs de Paris. Les premières salles sont sombres : balais, corbeaux, dames blanches, loups (dessin d’Eugène Grasset), série de monotypes de Sophie Lecuyer, sculptures-installations de Katia Bourdarel, puis on va ensuite vers la lumière, qui prend la forme d’une succession de « clairières ».
On y croise notamment des dessins d’Edi Dubien représentant des enfants et des adolescents associés à des animaux ou à des végétaux. Des grimoires fictifs d’Alexa Brunet, mis en scène dans des photographies mélangeant son propre imaginaire à des croyances anciennes (série Abrégé des secrets). Ou bien encore les Plantes compagnes, série de diptyques de Christelle Enault, artiste formée à l’herboristerie, travaillant dans ses dessins sur les correspondances entre approche scientifique et dimension poétique.
Le parcours se termine sur Apiacées, photographies d’Anaïs Tondeur, qui invitent à découvrir le monde avec les yeux d’une abeille, et par les œuvres-aquarelles sur papier, argiles, peinture murale, aux différents rouges sur fond blanc, aux formes simples et douces, d’Odonchimeg Davaadorj dans lesquelles les plantes, les oiseaux, les corps humains et les êtres hybrides composent un monde commun.
MARC VOIRY
NOUS, Sorcière & Sauvage
Jusqu’au 13 mars 2027
Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône, Marseille








