mercredi 30 septembre 2026
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Don Giovanni, un gosse de riche

L’opéra de Mozart mis en scène par Agnès Jaoui va ouvrir en beauté la saison lyrique marseillaise. Zébuline l’a vu au Corum de Montpellier

C’est une des productions lyriques les plus attendues de la saison française, produite par cinq grandes maisons d’opéra : créé au Capitole de Toulouse, donné en avril à Dijon, il a passionné l’immense Corum de Montpellier, et ouvrira la saison lyrique de Marseille avant de finir sa tournée à Tours. 

Chacune de ces maisons accueille la production avec son propre chef, son orchestre et ses chœurs, et une distribution qui lui est propre. Donc que les Marseillais se réjouissent : Lawrence Foster sera à la baguette, et le casting propose une belle palette de voix dans cet opéra singulier où tous les hommes, sauf Ottavio (Cyrille Dubois, ténor) sont des basses plus ou moins profondes et toutes les femmes sont des sopranos plus ou moins dramatiques. Quant au rôle-titre (Dario Solari) il chante peu, court beaucoup, poursuivant celles qu’il veut séduire, et poursuivi par celles qu’il a violées, leur famille, et l’ombre du Commandeur (Misha Schelomoanski) qu’il a tué.

La modernité est dans l’œuvre

Agnès Jaoui, qui dit son admiration sans limite pour la partition, décrit Don Giovanni comme « un gosse de riche qui se croit tout permis ». Un violeur, un prédateur. Mais elle n’impose pas, pour autant, une condamnation schématique : sa direction d’acteurs, de chanteurs, repose sur une compréhension des personnages « mêmes les plus odieux ». Ainsi sa mise en scène classique, sans surprise, porte un regard féminise subtil sans récrire l’opéra. Pas besoin de « moderniser » dit-elle, Don Giovanni, « ça parle encore » parce que « ces rapports de domination existent toujours ».  

Car le désir des femmes s’affirme dans cette mise en scène doucement subversive : Zerline la paysanne (Florence Hasler) désire Don Giovanni, tout comme Donna Elvira (Margaux Poguet), qui n’est pas une folle aveuglée comme on le voit souvent, mais une amoureuse épousée et abandonnée. Quant au viol de Donna Anna (Salome Jicia) il est explicite, tout comme sa force et sa dignité. Ces trois femmes victimes ne sont jamais ridicules, comiques, rabaissées, une sororité se tisse entre elles contre l’emprise des hommes, Don Giovanni bien sûr, mais aussi Leporello le valet (Marc Barrard) qui humilie Elvire, et Ottavio qui agit peu et veut surtout s’assurer qu’Anna va rapidement se remettre et l’épouser. 

Le décor, conçu par Éric Ruf, se situe, comme les costumes, dans une Espagne baroque qui est celle de l’écriture du premier Don Juan, celui de Tirso de Molina, sous-titré L’Abuseur de Séville. Un décor très sombre (trop ?) où les personnages se dissimulent en un éclair : Don Giovanni se déroule en quelques heures, mais accumule les actions – un viol, un meurtre, une noce paysanne, deux apparitions fantastiques, des scènes de poursuite et de séduction. 

Le comique de ce « dramma giocoso » disparaît, dans ce décor et avec cette empathie pour les victimes, y compris le paysan Masetto (Louis Morvan). Don Giovanni apparaît comme l’opéra le plus dramatique de Mozart et Da Ponte : c’est-à-dire le plus théâtral, et le plus brutal sur la proximité du désir et de la mort, du viol et du meurtre, du plaisir et de la liberté. 

Une noirceur profonde, servie par une musique d’une beauté constamment éblouissante.

AGNÈS FRESCHEL

Don Giovanni
Les 2, 4, 7, 9 et 11 octobre
Opéra de Marseille
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