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AccueilÀ la Une« Médée·s » de Louise Vignaud : la boîte noire d’un infanticide 

« Médée·s » de Louise Vignaud : la boîte noire d’un infanticide 

Au Théâtre des Bernardines, Louise Vignaud crée Médée·s, un seul en scène qui explore les souffrances qui poussent des mères à l’infanticide. Entretien

Zébuline. Dans Médée·s, la protagoniste interprétée par Rachida Brakni est une mère infanticide…

Louise Vignaud. Non. On ne sait pas si elle va le commettre, si elle l’a commis… En fait, la pièce pose la question de la possibilité, cette possibilité qui existe quand on va mal.

Pourquoi explorer cette possibilité ? 

Je dirais que la pièce porte sur la manière dont on regarde les choses. Les mères qui commettent des infanticides sont qualifiées de monstres ou de sorcières, mais je trouve nécessaire, et poétiquement passionnant aussi, d’essayer de comprendre ce qui s’est passé humainement pour en arriver là.

Le projet est né de deux sources d’inspiration. La Médée d’Euripide, la première version de la tragédie qui est assez incroyable dans ce qu’elle raconte de la souffrance de cette femme pour en arriver là. Et le documentaire de Sophia Fischer, Mères à perpétuité [qui donne la parole à des proches de mères qui ont tué leurs enfants, ndlr], à propos duquel elle dit « quand il y a un crash d’avion, on regarde dans la boîte noire ce qui s’est passé. » La même question se pose pour l’infanticide, d’un point de vue sociétal, on s’empare de la boîte noire, de ce qui s’est passé avant, de la dépression, de ces choses-là, pour comprendre. C’est cet endroit qu’on a cherché.

Comment décririez-vous votre approche du sujet ?

Ce n’est ni une approche documentaire, ni sociologique ou politique. Mon endroit, au plateau, c’est une résistance esthétique et poétique au monde. La poésie au sens large permet d’aller au fond des âmes, dans des chemins tortueux, au-delà de la difficulté de nommer ou de formuler certaines choses. C’est par là que j’ai abordé le sujet. 

Quel a été votre processus d’écriture ? 

J’ai repris l’essentiel des grandes tirades de Médée, dans lesquelles elle exprime ce qu’elle ressent. Je les ai retravaillées, retraduites, pour que ça entre en dialogue avec la langue contemporaine que je travaillais à côté. Et puis je me suis inspirée du documentaire pour plonger dans ce chaos, et essayé de mettre des mots dessus.

Le dispositif mêle de la musique et du dessin au texte. Pour ce choix multidisciplinaire ? 

Je travaille avec une scénographe qui fait vraiment de très beaux dessins, Irène Vignaud, et une créatrice sonore, Orane Duclos, qui est aussi violoncelliste et compositrice. Je trouvais intéressant pour ce sujet-là de rassembler des visions d’interprètes, de femmes, pour en parler chacune avec nos biais. Moi avec l’écriture et la mise en scène, Orane avec le violoncelle, Irène avec le dessin, Rachida [Brakni] avec le jeu…

La pièce est donc le fruit d’un travail collaboratif. 

J’ai donné la direction par l’écriture, mais on a ensuite travaillé collectivement. Il y a des projets plus ou moins construits, et d’autres qui apparaissent comme ça, comme un surgissement, et celui-ci en fait partie. C’est un projet très instinctif.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE

Médée/s 
Du 3 au 14 novembre
Théâtre des Bernardines, Marseille 

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