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AccueilÀ la UneOctober Lab : la musique en transat’

October Lab : la musique en transat’

Pour la septième édition de son rendez-vous October Lab, l’Ensemble Télémaque a fait dialoguer Marseille et l’Amérique au GMEM

Le petit plateau de la Friche belle de Mai affichait complet pour Sounds, Tears and Skins, concert d’ouverture d’October Lab #7 sous la direction de Raoul Lay. En introduction, le directeur du GMEM, Christian Sebille a salué la collaboration avec l’Ensemble Télémaque, qui, année après année, se concrétise en programmes ambitieux. Ce projet, né d’un aller-retour entre Marseille et les États-Unis, mêle les œuvres de trois compositeurs confirmés et de deux jeunes doctorants venus de l’université de Brandeis, près de Boston. Le fil du programme a rappelé Lay « s’articule autour de figures marquées par l’exil ou la discrimination ».

Cinq récits

Deux des compositeurs, Kate Soper et John Aylward, n’avaient pas pu faire le déplacement. Mais Yu-Hui Chang était présente dans la salle, tout comme Jingmian Gong, l’une des deux doctorantes dont la pièce inaugure la soirée. Il s’agit de Proust Impression, inspirée par l’auteur français. La flûte lance une phrase reprise avec malice par le violon et le violoncelle : les instruments sautillent, dialoguent avec humour. La soprano Brigitte Peyré module dans les aigus sur un texte qui semble sorti d’un conte ancien et débute par « il y a bien des années de cela… », donnant à l’ensemble une couleur facétieuse et fantastique. 

Changement d’atmosphère avec la deuxième pièce, l’une des plus denses de la soirée. Kate Soper a puisé dans les écrits d’Artaud consacrés au peintre florentin Paolo Uccello, texte dans lequel intervient également l’architecte Brunelleschi, rival amoureux et intellectuel. Écrite en anglais mais irriguée par l’imaginaire français d’Artaud et le décor italien de la Renaissance, la pièce est une plongée dans la folie, le désir et le vertige, fidèle à l’esprit de l’auteur. 

Roulements de tambour, cris, l’entrée en matière est tonitruante. Surgit le martèlement d’un cheval dans une rue en pleine agitation. La comédienne Agnès Audiffren déroule, non sans humour, le récit en anglais, tandis que la soprano en incarne l’émotion à travers mélopées plaintives et notes tenues à l’infini. L’orchestre rappelle presque une bande-son de cinéma, ponctuant chaque rebondissement du récit. La soprano s’envole parfois dans une folie opératique, tandis que la comédienne, imperturbable, poursuit son texte au cœur du déchaînement instrumental. Christian Bini, aux percussions et bruitages en tout genre est impressionnant sur cette partition exigeante.

Du Rimbaud en rayon

C’est Rimbaud qui a inspiré le jeune Dylan Needleman, deuxième doctorant qui signe une pièce courte, fulgurante comme le poème dont elle s’inspire : Les Ponts tiré des Illuminations. La comédienne lit le texte qui débute sur « des ciels gris de cristal… », pendant que l’orchestre est embarqué dans un joyeux chaos allant crescendo. On croit distinguer, dans le désordre organisé, les évocations textuelles d’une veste rouge, des silhouettes des musiciens. « Puis un rayon blanc, tombant du haut du ciel anéantit cette comédie ». 

John Aylward, professeur des deux étudiants a choisi la figure de Franz Werfel, écrivain juif austro-tchèque passé par Marseille dans les années 1940 grâce Varian Fry, épisode que le roman Transit, d’Anna Seghers, a contribué à faire connaître. Né aux États-Unis d’une mère allemande elle-même réfugiée de la Seconde Guerre mondiale, Aylward porte un intérêt personnel au thème de l’exil. Sa pièce puise dans la correspondance de Werfel avec Alma Mahler, dont il était l’amant, à l’époque où celui-ci tentait d’obtenir un visa pour fuir la France. Sur scène, la comédienne lit ces fragments de télégrammes, tandis que la chanteuse répond dans un dialogue bouleversant. 

Le concert se referme sur la pièce Accidental Hero de Yu-Hui Chang. Originaire de Taïwan, elle est une compositrice reconnue de la scène américaine. Elle s’empare de la figure de Mary Jane Gold, autrice de Crossroads Marseilles 1940, jeune américaine fortunée, pilote d’avion, restée bloquée à Marseille pendant la guerre et qui choisit d’y demeurer pour prêter main-forte à Varian Fry. Même Marseille, même période historique que pour que John Aylwar, mais une écriture bien différente pour ce mini-drame musical qui clôt un programme exceptionnel.  

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 15 septembre
Friche Belle de Mai, Marseille. 

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