La musique est partout dans la programmation, pas en fond sonore, mais comme partenaire à part entière des auteur·rice·s, pour les emmener là où le texte seul n’irait pas. On retrouve bien sûr les siestes acoustiques au Conservatoire Pierre Barbizet, un des moments les plus courus du festival. Le principe : s’installer confortablement et se laisser porter par l’alternance de chansons et de lectures. Autour des musiciens Bastien Lallemant, JP Nataf et Maëva Le Berre, la chanteuse Maissiat assure trois sessions au Conservatoire Pierre Barbizet. Chacune est construite autour d’un auteur : Guillaume Poix (Perpétuité, Verticales), Kinga Wyrzykowska (Princesse, Seuil) et Laurence Potte-Bonneville (Fossiles, Verdier).
On retrouve Maissiat accompagnant l’auteur Mathieu Simonet autour de son roman autobiographique le grain de beauté (Philippe Rey) mais aussi avec son propre projet, Nos larmes. La chanteuse a mené des ateliers d’écriture avec des patients et soignants du Centre hospitalier Valvert. Le résultat monte sur scène à La Criée : des textes sur la colère, le chagrin et l’apaisement, portés par les voix des participants eux-mêmes.
D’Odessa à Dakar
Le festival s’ouvre en fanfare dans la cour de la Vieille Charité avec le sociologue Olivier Peyroux et le Marseyer Klezmer Klang, orchestre marseillais dirigé par Léa Platini. Ensemble, ils portent Le Monde Yiddish, lecture musicale qui fait revivre cette culture klezmer d’Europe de l’Est, emportée au XXe siècle, avec ses berceuses, ses chants domestiques et ses mélodies liturgiques. C’est accessible à tous, et c’est gratuit. La Vieille Charité accueille aussi La Cour des Contes, collectif qui aime autant les textes qu’il aime les bousculer. De Giono à Voltaire, jusqu’aux récits glanés autour de la Méditerranée, les histoires s’enchaînent, détournées et réinventées avec humour, ponctuées par la musique de Max Beucher et les voix du duo Leï. À la bibliothèque de l’Alcazar, Insa Sané compose un road trip entre Dakar et la France et où se croisent adolescents, galères et rêves d’émancipation. La langue claque et se scande, l’humour tient le réel à distance.
La mort, la solitude, la mer
À La Criée, la musique console, quand les mots sont difficiles à entendre. L’avocate Negar Haeri lit son récit sur Shaïna, adolescente assassinée dont elle a défendu la famille, tandis qu’un quatuor à cordes – Geneviève Laurenceau, Henri Demarquette, Adrien La Marca et Hugo Meder – joue La Jeune Fille et la Mort, de Schubert. Joann Sfar, lui, dessinera en direct pendant que des musiciens joueront autour de lui. Son Terre de sang, reportage dessiné en Cisjordanie, trouve dans le jazz manouche une résonance inattendue.
Éric Reinhardt, quant à lui, a passé une nuit seul dans la Galerie Borghèse à Rome avec une couette glissée en douce dans sa valise pour se reposer auprès de l’Hermaphrodite endormi du Bernin. De cette nuit naît L’Imparfait, texte burlesque et sensuel, lu sur scène avec la comédienne Victoria Quesnel sur des nappes sonores de Kassel Jaeger. Séphora Pondi, pensionnaire de la Comédie-Française, amorcera la soirée de clôture au Mucem avec Avale, son premier roman doublement primé. Accompagnée par le musicien Edgard Chenest, elle racontera l’histoire de deux trajectoires qui se frôlent : un jeune homme aux pulsions de dévoration, une actrice qui explore ses failles sous hypnose. La musique creuse les silences, installe un climat nerveux. Une lecture à vif, avant de laisser place au concert littéraire doux et rêveur de Vincent Delerm. On y croisera des textes de Modiano, Carver et Carrère. Devant la mer, en fin de semaine, ça devrait faire son effet.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
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