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Omar Sharif : icône en partage

Pour son ouverture, Oh les beaux jours ! confie à cinq voix méditerranéennes une performance unique autour d’Omar Sharif, figure pop, intime et légendaire

En dix ans d’existence, Oh les beaux jours ! s’est imposé comme l’un des rares festivals littéraires capables d’inventer, au-delà de la rencontre attendue, des formes scéniques singulières. Le livre sort de sa page, la voix se frotte à l’image, au son , au récit intime ; et ces moments uniques, conçus pour ne vivre qu’une seule fois, conservent édition après édition la grâce des apparitions. L’an dernier, la soirée d’ouverture consacrée à Mylène Farmer, avait ainsi intrigué et enthousiasmé un public d’habitués mais également de novices.

Mythe à facettes

Cette année, c’est à un autre mythe artistique et hautement populaire que le festival dédie ce format engageant : le comédien Omar Sharif. Soit le premier grand acteur égyptien, et l’un des premiers acteurs arabes projeté au rang de vedette internationale. Jeune premier incandescent, prince mélancolique, amoureux tragique, puis figure paternelle, voire grand-paternelle du cinéma d’auteur. Un visage passé de ciel en ciel, de Lawrence d’Arabie à Docteur Jivago, du cinéma égyptien engagé aux grandes machines hollywoodiennes, des romances grand public à un cinéma d’auteur plus confidentiel. Artiste fétiche du britannique David Lean comme de son compatriote Youssef Chahine, Omar Sharif aura également ravi la caméra d’Henri Verneuil, de Sidney Lumet ou de Jodorowsky, mais aussi de Blake Edwards, John McTiernan ou Valeria Bruni Tedeschi. On l’a aussi raconté joueur, polyglotte et séducteur : Dalida, Ava Gardner, Ingrid Bergman, Anouk Aimée … et même Barbra Streisand n’auraient pas résisté à ses charmes.

D’une rive à l’autre

Pour explorer la réception d’un artiste devenu mythe pop et – pourquoi pas – littéraire, cinq auteurices partageront ici le devant de la scène. Le journaliste, scénariste et enseignant Marwan Chahine, qui a longuement enquêté sur les prémices de la guerre civile libanaise dans Beyrouth, 13 avril 1975. Autopsie d’une étincelle, y apportera sans doute son sens du récit historique et des zones d’ombre. Amira Ghenim, grande voix tunisienne dont Le Désastre de la maison des notables traverse plus d’un demi-siècle d’histoire nationale et de combats féminins, son goût de la mémoire à la fois politique et romanesque. Maya Ouabadi, éditrice algéroise, fondatrice des éditions Motifs, déplacera probablement l’hommage du côté des images et des transmissions.

Abdellah Taïa, écrivain et cinéaste marocain, n’a cessé de faire de l’intime une force d’arrachement et de vérité ; sa présence promet d’ouvrir l’icône aux blessures de l’exil, de l’identité et du désir. Quant à Nassera Tamer, dont Allô la Place tente de renouer avec le darija, cette « langue-chimère » séparée par la mer autant que par l’empêchement, elle pourra faire entendre ce que la star réveille de langues perdues, fantasmées ou retrouvées. Mis en scène par Amine Adjina, accompagné par la musique de Fabien Aléa Nicol et la vidéo de Guillaume Mika, Omar Sharif, ma grand-mère et moi promet donc moins une célébration figée qu’un dispositif de résonances.

SUZANNE CANESSA

21 mai
Mucem, Marseille

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Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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