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Saison Méditerranée : Du grand spectacle sur le grand port

La séquence d’ouverture de la Saison Méditerranée s’installe pour partie au sein du Grand Port maritime de Marseille, habituellement fermé aux visiteurs. Lieux Publics, centre national de création en espace public, porte plusieurs propositions qui s’y tiendront. Entretien avec Alexis Nys, son directeur

Zébuline. Comment l’idée d’ouvrir la Saison Méditerranée dans le Grand port de Marseille est-elle née ?  

Alexis Nys. C’est la première fois qu’une Saison ne s’inaugure pas à Paris. Julie Kretzschmar, sa commissaire générale, a proposé un événement populaire à Marseille pour montrer toute l’étendue des disciplines artistiques et des mélanges culturels qu’il peut y avoir dans cette ville, en lien avec la Méditerranée. Elle a voulu profiter de cet événement pour se mettre face à la mer, et construire un grand événement dans cet espace qui est d’ordinaire fermé aux Marseillais.

La particularité de cet espace, fermé au public, n’a pas été trop contraignant pour vous ? 

La Saison Méditerranée est impulsée par l’État, et le Grand Port maritime de Marseille (GPMM) relève lui aussi de l’État, donc il y a eu une fluidification des contacts. On a eu en juin dernier un rendez-vous avec Christophe Castaner [président du conseil de surveillance du port, ndlr], qui nous a affiché son souhait de participer à cet événement et d’ouvrir le port. Assez vite, le GPMM nous a proposé un espace, le Port Center [entre le J4 et le J1, il peut accueillir 5000 personnes, ndlr]. On y a vu une scénographie sur laquelle on pouvait travailler. La difficulté est sur l’artistique, c’est à dire de trouver des compagnies qui sont capables de travailler sur des formats de cette envergure-là. On a pensé à la compagnie Mécanique Vivante – et ses sirènes de pompiers qui évoquent les sirènes de bateaux –, et on a proposé au Conservatoire de Marseille de construire une forme sur-mesure, participative, en mobilisant plus de 200 musiciens amateurs qui vont intervenir pour ce moment-là [lire ci-dessous]. 

Il y aura de la musique mais pas seulement. 

La particularité de Lieux Publics est d’être pluridisciplinaire. On embrasse tout le spectre des disciplines à condition que ca ne se joue pas dans un théâtre. Il y aura de la danse avec Danser ma ville et Tarab, du théâtre avec Sébastien Kheroufi sur la digue du Large, et deux grandes installations plastiques.

Parmi les œuvres plastiques, il y a Re-Lighthouse, un phare qui va prendre place au bout du J4. Que pouvez-vous nous dire sur cette installation ? 

© Shareef Sarhan

C’est une œuvre de Shareef Sarhan qu’on  accueille depuis un an à la Cité des arts de la rue avec le programme Pause [programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil]. Il vient de Gaza, mais il a eu la « chance » de ne pas y être au moment du 7-Octobre et de la réponse israélienne. Avec l’aide du collectif marseillais Maam for Gaza artists, on a ciblé Shareef car il avait envie de travailler dans l’espace public. Il avait construit ce phare à Gaza, qui avait été une « illumination » pour lui. Lui qui travaillait habituellement en galerie – pour de la photo notamment –, il a découvert la puissance de l’art en espace public. L’accueillir à la Cité des arts de la rue nous a permis de lui donner plus d’ouvertures sur les possibles de cette pratique, et de l’emmener vers la reconstruction de ce phare.

Un phare qui a été détruit par des chars israéliens sur le port de Gaza. On imagine l’émotion pour lui de le voir s’ériger à nouveau.

Oui, il dit qu’il se reconstruit lui-même en même temps qu’il reconstruit ce phare. Le projet c’est ensuite de le démonter et de le déplacer à Bordeaux et Montpellier cet automne, l’exposer à la Cité des arts de la rue, et un jour, quand ce sera possible, on l’emmènera à Gaza. Ce phare porte un récit puissant : l’art peut reconstruire, et il est plus fort que la guerre. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

Une nuit au Grand Port
Ce sera le point d’orgue de la séquence d’ouverture de la Saison Méditerranée à Marseille. Le 23 mai, le port se transforme en une grande scène où se mêleront spectacle vivant, danse et rencontres culinaires. Les mythiques carrioles de la Friche investissent le Grand Port afin d’offrir au public des créations culinaires venues des rives méditerranéennes : slata méchouïa, beignets d’anchois et autres délices. 
Les arts vivants feront aussi partie intégrante de la fête. L’alliance de Campus Art Méditerranée et de la compagnie Mécanique Vivante présenteront leur Symphonie portuaire, une « ode à la mer »dans une création musicale plurielle où fanfare intergénérationnelle, orchestre polyphonique, musicien·nes solistes, percussionnistes composent un grand tableau vivant. 
La soirée se clôturera avec Tarab, de la compagnie Shōnen, réunissant le compositeur Rayess Bek et huit danseur·euses originaires d’Égypte, du Liban et de Palestine. Pas question de rester assis : des danseur·euses complices (ils sont 200 !) embarqueront le public dans des danses sociales participatives, de la dabkeh à la taa’kib, jusqu’au bout de la nuit. C.L.

23 mai
Grand Port Maritime de Marseille, Marseille 
Symphonie portuaire © Jeremie Bernard

Taoufiq Izzediou va faire danser la ville
Le chorégraphe Taoufiq Izzediou est un pionnier de la danse contemporaine au Maroc, son pays natal. Dans le cadre de la Saison Méditerranée, le Théâtre Joliette et Lieux Publics l’invitent à recréer son projet participatif Danser ma ville, créé à l’occasion de la dernière édition de On Marche à Marrakech, cette fois à Marseille et avec des Marseillais·es.  
Une création dans l’espace public grand format, puisqu’il réunit près d’une centaine de personnes, de tout âge, toutes origines et tous types de corps sur l’esplanade Gisèle Halimi (à proximité du Mucem). C.M.

16 mai
Esplanade Gisèle Halimi, Marseille 
DANSER MA VILLE © Gabriela Carvalho

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