lundi 16 février 2026
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Drame yézidie : les femmes et les enfants d’abord

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Hawar, nos enfants bannis (C)

En 2014, des milliers de femmes yézidies sont kidnappées par Daesh et recrutées comme esclaves sexuelles. Captives violées collectivement par les djihadistes, elles se retrouvent souvent enceintes. Une fois « libérées », les mères sont obligées par la communauté à abandonner ces enfants nés de viols. Ana – ce n’est pas son vrai nom – a accepté de raconter sa douloureuse histoire.

On ne verra jamais entièrement son visage mais on la suit, en voiture, en de longs travellings, sur des routes de montagne dans le Kurdistan irakien. Ana avait 19 ans quand elle a été enlevée, emmenée à Mossoul, offerte en cadeau à un combattant qui l’a violée. Des viols comme une routine quotidienne. Enceinte, elle a tout fait pour avorter. En vain. Une petite fille est née, Marya, un amour aussi. Mais revenue dans sa communauté à sa libération, elle se voit contrainte par ses parents à abandonner son bébé : chez les yézidis, on n’élève pas les enfants de l’ennemi. Elle confie son regret d’être revenue. Ce n’est pas la seule ; certaines ne se remettent jamais, se pendent. Ana, elle, ne baisse pas les bras, ne renonce pas. Aidée par certains, elle retrouve la trace de Marya, dans un orphelinat d’une ville en Irak, y va secrètement…

Rien n’est réglé

Entre les longs trajets en voiture, on s’arrête avec elle à Lalesh, temple sacré où on assiste au « re-baptême » de ceux enlevés qui sont revenus, à la fête du « Mercredi rouge », leur nouvel an, pleine de couleurs, de chants et de lumière. On accompagne Ana dans les échoppes où elle achète des vêtements pour sa fille. On fait la connaissance de la responsable de l’orphelinat de Hassaké en Syrie qui espère qu’une solution durable sera trouvée pour ces milliers d’enfants abandonnés par leur mère, volontairement ou contre leur gré. On assiste, moment très émouvant, aux retrouvailles d’Ana et de sa fille qu’elle n’a pas vue depuis 4 ans. Un moment de joie, de tendresse éphémère, suivi d’un départ dans les larmes.

Rien n’est réglé : les autorités officielles, yézidies, kurdes, et irakiennes, continuent à nier l’existence de ces bébés. Un millier de femmes, les « disparues », ont choisi de ne pas retourner dans leur communauté. Il a fallu huit années à la journaliste-documentariste belge, Pascale Bourgaux pour faire ce documentaire afin qu’on n’oublie pas. La cinéaste Berivan Binevsa en a fait une fiction, très réussie aussi, La vierge à l’enfant.

ANNIE GAVA

Hawa, nos enfants bannis de Pascale Bourgaux obtenu la mention spéciale ASBU (Union des Radiodiffuseurs des Etats Arabes )au PRIMED  qui s’est tenu à Marseille du 30 novembre au 7 décembre 2024  

À ce qu’il paraît, c’était super !

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Résidence à Cavaillon avec La Garance © Jean de Pena

Depuis bientôt 30 ans, le Begat Théâtre ne joue jamais ses spectacles sur des scènes de théâtre, mais dans l’espace public, qu’il soit urbain, naturel ou entre les deux. Et Askip (À ce qu’il parait), crée en 2018, texte de Patrick Goujon, ne se joue que dans les collèges. Réunis dans le CDI du Collège de la Belle de Mai, les élèves d’une classe de 5ème sont répartis en trois groupes : Marqueur, Pochette, Pince. Karin Holmström, la metteure en scène, explique : « Au cours du spectacle, qui va se dérouler un peu partout dans le collège, ces objets vont vous apparaître. Il s’agira pour chaque groupe de suivre le sien, où qu’il aille, comme des souris invisibles et discrètes. » Le groupe Marqueur est amené jusqu’aux sanitaires. Derrière une porte de toilette, une voix féminine tonitruante prépare le vol d’une fusée interstellaire, qui décolle dans un vacarme de chasse d’eau. La porte s’ouvre, et Eliza (Clémentine Ménard) apparaît, petite teigne brune, en bonnet et sac Eastpack, un marqueur bleu à la main. Elle trace rapidement des constellations en Z sur les carreaux blancs au-dessus des lavabos, avant de se propulser en bougonnant à travers cour, escaliers, coursives extérieures, jusqu’à la salle de classe où l’attend, scruté par le groupe Pochette, Fréderic Maran (Stephan Pastor), professeur de français, « à qui il manque un R et un T », en veste et col roulé. Quelques minutes plus tard apparait Bruno (Jean-Marc Fillet), agent de maintenance en combinaison de travail, suivi de près par le groupe Pince. C’est son dernier jour avant la retraite, il vient pour une réparation dans le faux-plafond de la classe. Entre les trois, des échanges brefs, faits d’indifférence plus ou moins polie et de préjugés réciproques, semblent donner le ton. Mais rapidement, des monologues intérieurs, prononcées à haute voix, s’insèrent dans ces dialogues, troublant les contours des personnages, esquissant leur fragilité, leur solitude. Eliza, Frédéric et Bruno vont reprendre chacun leur chemin, puis, dans des espaces ouverts, fermés ou dérobés du collège se croiser à nouveau. Discrètement, marqueur, pochette, pince vont changer de mains. Chacun découvrira, à la dérobée, chez les autres, une proximité inattendue, des échos de ses propres fêlures intimes. Accélérations, ralentissements, hésitations, arrêts. Au-delà d’un spectacle, l’expérience d’une écriture et d’une mise en scène mêlant distance et empathie, liberté et précision, portée par des comédiens au diapason. Et les petites souris, à la fin, les yeux brillants, redevenues collégien(ne)s, s’écrieront : « C’était super ! ».

MARC VOIRY

Askip par le Begat Théatre était présenté au Collège de la Belle de Mai du 26 au 29 janvier 2021, programmé par le Théâtre Massalia

Un spectacle programmé par le Théâtre de la Joliette au Collège du Vieux-Port du 11 au 13 décembre 2024

« Massilia’s burning » : la famille du rock se partage une galette 

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Compilation Marseille's Burning. Pochette réalisée par Henri Adam

Il y a plus de 20 ans, sortait sous la houlette de Lollipop Records la compilation Massilia’s Burning. Un 45T réunissant quelques-uns des plus illustres groupes de punk-rock marseillais de l’époque – on y trouvait notamment les Cowboys From Outerspace, Gasolheads, Dollybird… Deux décennies plus tard, un deuxième volume paraît ce 13 décembre, toujours avec Lollipop dans le coup, mais aussi la salle de l’Intermédiaire, qui non contente de réunir tous ces groupes sur scène chaque semaine, les réunit aussi dans ce disque. 

Un virus qui s’attrape 

Ils sont donc quinze à se partager les pistes du vinyle : Crache, Technopolice, 52 hertz, Flathead, Avee Mana, Glitch, Tessina, Seven Levels, Sovox, Kaël, Parade, Cheap Entertainment, Lodi Gunz, Avenoir et Abstract Puppet. Autant de groupes qui représentent ce que cette scène a de plus actif, vibrant et surtout collectif. Car il ne faut pas voir là-dedans une simple « compilation » de groupes alignés les uns à la suite des autres, mais bien une photographie de l’ambiance qui règne autour de la place Jean Jaurès depuis quelques années. Ici les groupes se rencontrent, les projets naissent… les disques, les tournées, les amitiés aussi.

C’est d’ailleurs sur la Plaine, à l’Intermédiaire, que la plupart des groupes présents sur le disque joueront quelques titres sur scène à l’occasion d’une grande release party ces 13 et 14 décembre. Première occasion aussi de se procurer ce disque, que l’on veut croire collector avant même sa sortie. À noter également le before au Lollipop Music Store et le concert de Kaël pour ouvrir ces deux belles nuits. 

NICOLAS SANTUCCI 

Massilia’s Burning Vol.II
L’Intermédiaire, Lollipop Records, Fracas Records – 20 €
Au programme :
Before au Lollipop Music Store
13 décembre à 19 h
Kaël 
L’Intermédiaire
13 décembre à partir de 20 h
Abstract Puppet, Lodi Gunz, Parade, 
Cheap Entertainment, Sovox 
14 décembre à partir de 20 h
Avee Mana, Tessina, Avenoir, Glitch, 
Crache, Technopolice 

Retrouvez nos articles Musiques ici

Le henné, un patrimoine sans frontière 

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© X-DR

Il n’y a pas eu de contestation majeure de l’initiative algérienne pour l’inscription du henné au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Le dossier, intitulé « Le henné : rituels, pratiques sociales et esthétiques », a été présenté conjointement par 16 pays arabes, dont l’Algérie, et a été validé le 5 décembre 2024. L’inscription a été largement saluée et considérée comme une reconnaissance de l’importance culturelle et sociale du henné dans les sociétés arabo-berbères. 

Pourtant les tensions récentes entre l’Algérie et le Maroc avaient conduit à plusieurs contestations concernant l’appropriation culturelle : le caftan ou le tajine, associés à la culture marocaine, font l’objet de revendications algériennes, alors que le Zellige, mosaïque en céramique que l’Algérie a voulu faire inscrire au patrimoine immatériel de l’Unesco, est aussi revendiqué par le Maroc. Ces contestations révèlent les tensions diplomatiques entre les deux pays et soulignent l’importance de protéger et de préserver le patrimoine culturel de manière équitable.

Beauté, soin et sacrement

Le henné est une pratique culturelle profondément ancrée dans de nombreuses sociétés, en particulier dans le monde arabe et dans d’autres régions d’Afrique et d’Asie. Son usage a également été introduit par les diasporas afro-arabes en Europe où il n’intrigue plus autant qu’auparavant. Cependant, sa présence sur les mains peut encore rencontrer des oppositions dans certains métiers où la coloration de la peau est jugée inadéquate.  

Le henné, totalement naturel, accompagne de nombreux rites de passage tels que mariages, baptêmes ou circoncisions, où il est appliqué pour bénir et protéger les participants. Les différents motifs des tatouages au henné symbolisent généralement la bénédiction, la prospérité, la santé et la chance. Au-delà de son caractère esthétique et sacré, le henné est reconnu pour ses diverses propriétés thérapeutiques. Il est issu de l’arbuste Lawsonia inermis, connu pour ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. Il est espéré que cette inscription contribue à une meilleure compréhension de son usage.

S’inscrire pour le futur

L’Unesco compte aujourd’hui 194 États membres, certains anciens comme la France, l’Égypte, le Maroc (1946), et d’autres plus récents comme ou l’Algérie qui a adhéré en 1963, après la décolonisation, ou les États-Unis, réadmis en juillet 2023. Les États membres doivent collaborer pour promouvoir la paix et la coopération internationale à travers l’éducation, les sciences et la culture. 

L’inscription au patrimoine de l’Unesco est un processus qui implique plusieurs étapes clés. C’est également une source de concurrence entre pays : agir sur l’attractivité culturelle renforce la position d’un pays sur la scène internationale et en matière de tourisme les enjeux sont colossaux. 

C’est notamment le cas lorsque certains usages embrassant plusieurs nations transcendent les frontières établies. À l’instar des langues, certains objets sont partagés sur des aires géographiques étendues et doivent être portés par plusieurs États, sans exclusivité.  

SAMIA CHABANI

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« Le vieux monde derrière nous », l’odyssée familiale d’Olivier Kemeid

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Printemps 68. À Montréal, Gil Kemeid, jeune étudiant de 22 ans, n’a qu’une idée en tête : faire le tour de l’Europe en Vespa jusqu’au Moyen Orient, à la recherche de ses origines. Avant son grand départ le jeune homme fils d’immigrés chrétiens maronites tombe follement amoureux de Carole, une étudiante qui deviendra son épouse et la mère d’Olivier. Lors de son périple, il lui écrira plus d’une centaine de cartes postales pour qu’elle partage son aventure et ne l’oublie pas. Cinquante ans plus tard, après avoir découvert cette correspondance, Olivier Kemeid, figure majeure de la scène littéraire québécoise, s’empare de de cette odyssée familiale : « grâce aux cartes postales, j’ai passé douze mois à rouler avec mon père, le vieux monde derrière nous ». Tendre, touchant, le récit de ce Don Quichotte levantin lancé sur sa « rossinante » à moteur, qui se retrouve bien malgré lui confronté aux bouleversements de la grande histoire, est surtout follement drôle. Lui, pour qui le général de Gaulle est encore un héros, se retrouve à Paris en Mai 68 bien désappointé « Les Français sont parmi les gens les plus stupides de la Terre. Tout est bloqué. Il n’y a ni train, ni autobus, ni bateau, ni banque, ni lettres. Bientôt il pourrait n’y avoir ni (il souligne) nourriture ».

On le retrouve dans une auberge de jeunesse dans la cité phocéenne « Marseille est très sympa » écrit-il laconique sur une carte postale légendée Marseille Carrefour du monde. Et puis ce sera Monaco, Cannes « où les gens sont snobs », Briançon, Chamonix, puis Gstaad, Strasbourg, Liège, Brest, Biarritz, l’Espagne, le Portugal « où les conducteurs de voiture s’évertuent à jouer du klaxon pour tout et rien », Gênes, Venise, Rimini, la Yougoslavie, la Turquie, la Macédoine, la Transylvanie. Autant de destinations, autant de mésaventures. Mais il n’arrivera jamais à Beyrouth, destination première de son voyage

Olivier Kemeid entrelace les multiples événements politiques internationaux de l’époque avec une érudition exceptionnelle et les péripéties rocambolesques de son « sarrazin de père », enthousiaste, naïf et sacrément conservateur, « qui voit des communistes partout et des “rouges” cachés sous les canapés ». En illustration quelques-une de ces fameuses cartes postales exhumées de ce vieux monde laissé derrière lui.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le vieux monde derrière nous, Olivier Kemeid 
Arthaud - 19,90 €

Liquid Jane + Fred Nevché

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FRED NEVCHÉ © Célia Sachet • Celia Seven Photography

Un plateau tout à fait marseillais que celui proposé par l’Espace Julien, ce mercredi 11. Tout d’abord, l’on pourra entendre la jeune et talentueuse Jeanne Carrion – Liquid Jane à la scène, qui se réinvente dans un projet plus français dans le texte et pop dans la compo qu’auparavant. La jeune femme, que l’on découvrait il y a quelques années dans le très bon duo rock Claude Fernand, péregrine avec succès dans un projet solo déjà bien repéré. Elle fera la première partie de Fred Nevché, artiste phocéen qui sortait il y a quelques mois l’album Emotional Data, voyage intime entre chanson, poésie et musique électronique signée Simon Henner (French 79). On y trouve aussi bien une collaboration au texte avec Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 qu’avec son fils Jim, en studio. Un album qu’on devine d’avance très agréable à entendre en live. 

LUCIE PON THIEUX BETHAM

11 décembre
Espace Julien, Marseille 

Theatre of dreams

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Theatre of Dreams © Ulrich GeischeÌ

Hofesh Shechter impose son univers chorégraphique habité et d’une formidable maîtrise. Le chorégraphe britannique nous fait entrer dans une sorte d’inconscient collectif, derrière un rideau ouvert où les images, virtuoses, s’enchaînent. Arrêtées par des noirs en pleine action. Reprises en plein vol par des éclairages tout aussi soudain. Dans ce défilé d’images on reconnaît quelques massacres, des abandons, des bribes de raves, de combats, de danses traditionnelles juive ou brésilienne. Les treize danseurs sont accompagnés par trois musiciens vêtus de blancs ou de rouge, d’électro live ou de pseudo samba. Les corps se déhanchent, des sourires naissent, le public  partage la danse… puis on replonge dans un mouvement collectif, assénant ses images noires, violentes, révoltées, jusqu’à l’épuisement.

AGNÈS FRESCHEL

Du 11 au 13 décembre
Les Salins, scène nationale de Martigues

Demain c’est loin

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Demain c'est loin © Leo Ballani

Explosif ! Grenade n’avait sans doute jamais mieux porté son nom. Pour ses 30 ans le groupe de Josette Baïz, composé de 25 adolescents, a conçu un programme de trois pièces : How can we live together ? de la chorégraphe australienne Lucy Guerin, qui repose sur des propositions individuelles reprises par le collectif  ; 25e parallèle, une pièce que Josette Baïz a créé il y a plus de 20 ans et qui n’a rien perdu de sa finesse d’écriture, confiée aujourd’hui à cinq très jeunes interprètes qui s’échappent d’un trajet linéaire imposé ; et Room with a view, du collectif (La)Horde, dont la révolte semble habiter chacun des danseurs comme si elle était la sienne. Un programme au présent, parce que la jeunesse n’est pas que notre avenir.

AGNÈS FRESCHEL

12 et 13 décembre
Pavillon noir, Aix-en-Provence

Askip

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Askip © Jean de Pena

Depuis bientôt 30 ans, le Begat Théâtre ne joue jamais ses spectacles sur des scènes de théâtre, mais dans l’espace public, qu’il soit urbain, naturel ou entre les deux. Et Askip (« À ce qu’il paraît ») [Lire ici], crée en 2018, ne se joue que dans les collèges. Du 11 au 13 décembre le Théâtre de la Joliette le programme au Collège du Vieux-Port, pour plusieurs séances scolaires et deux tout public (le 11 à 17h et le 12 à 18h). Une expérience immersive dans laquelle il s’agit de rejoindre les trajectoires de trois personnages : la collégienne rebelle Eliza, l’agent de maintenance en pré-retraite Bruno, et le professeur de français pas si sûr de lui M. Maran. Une immersion dans des bulles d’intimité nourries des dialogues et monologues intérieurs écrits par l’auteur jeunesse Patrick Goujon.

MARC VOIRY

Du 11 au 13 décembre
Théâtre de la Joliette, Marseille

Un Pasteur, en balade avec un berger poète

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C’est par un poème de Fernando Pessoa que se clôt le documentaire de Louis Hanquet

« Mon âme est semblable à un pasteur. Elle connaît le vent et le soleil. Elle va la main dans la main avec les saisons. Je suis un gardien de troupeau. Le troupeau, ce sont mes pensées et mes pensées sont toutes des sensations. Je pense avec les yeux et avec les oreilles, et avec les mains, et avec les pieds, et avec le nez, et avec la bouche… » Félix, éloigné des villes et villages pendant des semaines, lit beaucoup et se reconnaît dans les mots du grand poète portugais qui pourtant n’a jamais été berger. « Je crois qu’il parle de nous », écrit-il à son père.

Félix est un jeune homme secret, mélancolique, mal à l’aise dans la prise de parole, mais expert dans son travail de pasteur qu’il aime profondément. Avec quelques autres, il pratique l’élevage traditionnel des brebis qui paissent dans la montagne et ne redescendent en étable que l’hiver. Là-haut, il est seul avec elles et ses chiens. L’orage gronde, le feu crépite dans le poêle à bois ; les bêlements et le tintement des clochettes écrivent la partition de sa vie solitaire. Félix arpente les crêtes surplombant les vallées alpines. La photo magnifie les paysages gris et bruns. Jours et nuits se succèdent. Les saisons passent. La caméra suit dans une plongée vertigineuse, la coulée du troupeau comme dans un western, ou s’approche en très gros plans des bêtes. Une tentative de réanimation par bouche à bouche d’un agneau mort-né, ou le dépeçage de son cadavre atteste qu’on n’est pas dans une idéalisation pastorale.

Le film documente au quotidien des gestes techniques, professionnels. Fendre le bois, placer les clôtures, nourrir, soigner… À travers quelques rares conversations entre les bergers, Louis Hanquet évoque les problèmes d’exploitation des ressources de la montagne et les pertes de brebis dévorées par les loups, le dilemme entre les principes et la réalité du travail, les menaces écocides qui planent sur cette ruralité. Mais plus qu’au métier de pasteur, et aux discours, c’est un rapport au monde et au temps que le réalisateur nous montre ici. Poésie et prosaïsme intimement liées : la beauté sidérante de la montagne et les plaies des brebis. La quasi abstraction des loups repérés en caméra (ou jumelles) thermique·s, blancs et lumineux dans les ténèbres et le corps sanguinolent à moitié dévoré de leurs proies. Les nuits étoilées et le récurage d’un sabot terreux. Louis Hanquet, assistant de Sébastien Lifshitz sur – les tournages de Adolescentes et Petite Fille, signe ici un premier long-métrage très réussi.

ÉLISE PADOVANI

Présenté le 4 décembre à l’Alcazar, ce film a obtenu le prix Art, patrimoine et cultures de la Méditerranée