samedi 14 février 2026
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Un soir au Blues Roots Festival 

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Thornetta Davis © Patrick Martineau

Chaque soir, deux artistes principaux sont invités au Blues Roots Festival. Et ce 13 septembre, le rendez vous de Meyreuil accueillait Stephen Hull et Thornetta Davis. Le premier, guitariste-chanteur, est à la tête d’un power-trio comprenant le bassiste Cresenciano Cruz et le batteur Victor Reed, et s’inscrit dans la lignée d’un Albert King – sans pour autant jouer sur une guitare Gibson Flying V –, avec ce qu’il faut de riffs pentatoniques et de bends sulfureux (cette technique de légère torsion de l’instrument), contrastant avec une voix faussement enfantine.

En seconde partie de soirée, Thornetta Davis livre un set aux profonds effluves soul. Venant de la ville qui vit naître le label Motown, la « Queen of Detroit Blues » s’empare de la scène avec un immense sens du métier, marqué par un respect infini pour l’héritage de la musique qu’elle joue. Avec ses cinq musiciens et ses deux choristes (qui se verront chacune gratifiée d’un morceau en leadeuse), elle dirige son gang vers le rock’n’roll et le rythm’n’blues. Distillant des ondes d’émotion, notamment lors d’une livraison a capella de Ain’t no sunshine aux forts échos gospel, elle s’impose en matriarche aux inflexions vocales nourries des meilleures sources – Bessie Smith, notamment, dont la découverte l’a orienté vers le blues il y a une trentaine d’années. Elle pourrait figurer dans une suite à l’essai Blues et féminisme noir d’Angela Davis quand elle chante I’d rather be alone. Le « mojo » qu’elle jette au public fonctionne ce soir-là au-delà de toute espérance.

LAURENT DUSSUTOUR

Concerts donnés le 13 septembre dans le cadre du Blues Roots Festival, Meyreuil.

Bonds et rebonds à La Criée

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© j2mc-photo

Des enfants installés aux Grandes Tables pour dessiner, les comédiens de l’Eracm qui disent des textes dans les escaliers… Parmi les nombreuses propositions, le public s’est rué à la rencontre d’Abraham Poincheval dans le cadre de la 5èe édition du festival Jeu de l’Oie proposé par Aix-Marseille Université (AMU) sur le thème du corps. L’artiste performeur utilise son corps, le soumet à des expériences d’immobilité prolongée et parle de son expérience.

La soirée offerte par Carole Errante et la bande déjantée de sa compagnie La CriAtura a constitué l’événement de la journée. Artistique et populaire, la troupe mélange les genres, les styles et les sexes, les artistes et les amateurs, dans un joyeux fouillis ébouriffé, pour le plus grand plaisir des spectateurs qui deviennent très vite participants sans se faire prier très longtemps, et entrent dans la danse avec une joie allant jusqu’à la frénésie ! Si au début le public était en cercle autour des danseurs-chanteurs, il a très vite investi le plateau : trois heures après il n’y avait plus qu’une dizaine de personnes assises… Carole Errante propose des danses traditionnelles, contemporaines, dégenrées, s’inspirant du music-hall ou du hip-hop. Au cours de la soirée, sont proposées des initiations à la salsa ou au madison, la danse africaine ou orientale. Mais il y a aussi des moments de spectacle pur avec Carole Errante en meneuse de revue, Loïc Basille, alias la drag queen Don Giovanna, l’étonnante danseuse Emma Guftafsson et tant d’autres créatures pailletées… Un rendez-vous fédérateur, populaire et réjouissant qui réconforte !

CHRIS BOURGUE

Le lancement de saison de La Criée, Scène dramatique nationale de Marseille, s’est tenu le 20 septembre  

Vaincre l’alarme

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© Biennale d'Aix

Lorsque l’art prend place dans l’espace public, les conversations bruissent, politiques souvent, au cœur des inquiétudes. Le 21 septembre à 20 heures, les spectateurs attendaient Les Planètes en guettant l’annonce d’un nouveau gouvernement. Inquiets, comme quelques heures auparavant des enseignants venus assister à By Heart de Tiago Rodriguez. Ou en colère, comme certains, plus jeunes, très nombreux, embarqués à la soirée DJ mémorable en haut du cours Mirabeau. 

Vivants

Dominique Bluzet, ouvrant la soirée, déclarait : « Le bonheur c’est ici et maintenant, à Aix-en-Provence ». La vertu des événements proposés par la Ville d’Aix est bien d’avoir permis ce temps, hédoniste, de partage et de plaisir, où chacun se sent vivant. 

Vivant comme Candida, la grand mère de Tiago Rodrigues, qui sait qu’elle tient au monde « par cœur », comme la vieille dame de Fahrenheit 451, comme tous les poètes résistants, Pasternak, Mandelstam, qui ont récité et appris pour combattre la censure. By heart, magnifique spectacle d’une simplicité chaleureuse et humaine, rappelle que les ressources de la résistance sont en nous. 

Vivant comme tous ces corps de tous âges qui dansent, professionnels du GUID du Ballet Preljocaj, danseuses de Josette Baïz qui entrainent le public dans leurs phrases chorégraphiques, jeunes qui dansent jusqu’au bout de la nuit sur les sons de Synapson ou Yuksek, et tous les autres qui rockent et chantent sur les reprises endiablées des Beatles, au bas du cours.

Doux feu

Plus confidentiel, sur inscription, la compagnie bien nommée La Ville en Feu a fait battre le Sacré Cœur en sa Chapelle. Les dix artistes, aussi bien chanteurs que danseurs, ont fait vivre dans leurs corps tout près des nôtres une partition échevelée qui a un siècle, mais regarde davantage vers le baroque que vers la modernité. Les Planètes de Gustav Holst, psalmodiées comme on chantonne une mélodie instrumentale, rythmées par des percussions vocales, prenaient corps dans leurs mouvements souples, simples, communs, souriants. Une alarme sonne dans la cour du couvent ? Les interprètes haussent la voix, passent l’alarme, triomphent, déclenchant des applaudissements complices. Le bonheur est ici et maintenant, pour peu qu’on le vive ensemble. 

AGNÈS FRESCHEL

Les Planètes, programmées par Lieux Publics, Centre national des Arts de la rue ont été chantées-dansées les 17 septembre à Marseille et les 21 et 22 septembre à Aix-en-Provence.

Du mouvement au Théâtre Joliette

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@ Alexandra Polina

Sur le plateau un corps allongé qui se redresse. La jeune femme androgyne se déplace sur la scène comme une poupée mécanique, empruntant des diagonales rigides comme un petit robot téléguidé ou l’avatar d’un jeu vidéo japonais. Elle parvient après plusieurs tentatives infructueuses à ouvrir une porte dont s’échappe une épaisse fumée. Lorsque celle-ci se dissipe, apparaît un second danseur, sorte de petit Playmobil en T-shirt rouge qui à son tour se meut dans l’espace comme un automate dans une maitrise parfaite du corps. Puis surgit, un troisième, un quatrième et enfin les vingt danseurs de la Horde tout entière, chacun affichant une identité bien marquée. Ils convergent, s’affrontent dans des gestes martiaux, utilisent certains d’entre eux comme destriers et semblent peu à peu se libérer de leurs carcans pour s’humaniser dans des gestes plus amples mais qui les entraînent dans un combat hallucinant et halluciné. La guerre, prix de la liberté ? 

Virtuoses du corps

À la fin de la prestation, les danseurs sont ovationnés tandis que les trois codirecteurs du BNM Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel rejoignent la scène. « Nous sommes heureux de vous présenter cet extrait de notre dernière création Age of Content pour l’ouverture de la saison du Théâtre Joliette que le public marseillais pourra voir à l’Opéra de Marseille en décembre avec chœur et orchestre sur une musique du Marseillais Pierre Aviat » se réjouit Arthur. « Le sujet de cette pièce, comme toutes nos chorégraphies, c’est le corps, le corps en mouvement », explique Marine avec de poursuivre : « Nous avons voulons explorer notre rapport corporel et émotionnel à l’abondance de contenus et de réalités simultanées, de plus en plus virtuels, ce multivers qui caractérise le monde contemporain ». Le public a ensuite pu aller à la rencontre des danseurs : Elena, Nahimana, Nonoka et tous les autres, 20 danseurs et des 10 apprentis issus de 17 nationalités ; une communauté internationale éphémère de penseurs et explorateurs virtuoses du corps. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Performance réalisée le 21 septembre au Théâtre Joliette, Marseille

Tendre est la nuit

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© Gaëlle Cloarec

Ils sont jeunes, étudiants, pour certains c’est leur première rentrée à Aix-Marseille Université, et ils assistent médusés, troublés ou amusés au spectacle Jouir, qui porte bien son nom. Sur scène (enfin, un parvis de la faculté de Lettres), d’autres jeunes, mais déjà très expérimentés. Les comédiens de la Cie Notre insouciance sont chevronnés, ils ont creusé collectivement leur sujet, avec la metteuse en scène Juliette Hecquet, et leur spectacle tourne bien. Cette représentation, dans le cadre du Jeu de l’Oie, festival arts & sciences d’AMU, est particulièrement émouvante parce que leur propos – parler de sexualité – vient cueillir l’assistance à l’orée de sa vie adulte. En appelant une chatte une chatte, un lapin un lapin, mais avec beaucoup d’humour et d’empathie pour les difficultés que rencontre chaque être humain dans l’articulation de sa vie sentimentale et de sa libido.

Sur un tempo rapide, avec une énergie très inspirée du stand up, garçons et filles se succèdent pour témoigner. Le sexe n’est pas l’activité préférée de Florie, qui s’intéresse plutôt à la permaculture. Lilith revient des enfers pour raconter sa découverte de la masturbation, qui lui a valu d’être virée du paradis terrestre. Joseph chante l’amour comme personne, avec beaucoup d’ironie. Session vocabulaire : on apprend les mots « spectatorisme » (se sentir extérieur à une situation, par exemple préparer mentalement une liste de courses en plein coït), ou « circlusion » (fait d’englober, tendrement ou pas, quelque chose). Décomplexant, très drôle, Jouir invite à oser formuler les questions qu’on n’a jamais dites à haute voix, à dialoguer un maximum avec ses partenaires, à se réconcilier avec son sexe, splendide organe de désir. Mais sans remplacer les diktats des pères-la-morale par d’autres injonctions à pratiquer. La pudeur, l’asexualité, c’est très bien aussi !

GAËLLE CLOAREC

Le spectacle Jouir s'est joué le 19 septembre à la faculté de Lettres d'Aix-en-Provence, dans le cadre du festival Jeu de l'Oie.

Maison et intérieurs 

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La parole d’Anna est recueillie par une garde-malade, la narratrice qui tient un rôle de premier plan. Anna Freud revient sur les étapes significatives de sa vie, avec ses passions et ses réalisations. La maison, en sept déclinaisons, constitue le principe organisateur, dans le temps et l’espace, de ce récit d’une vie quotidienne marquée par l’Histoire et son émigration de Vienne à Londres avec la montée du nazisme. La maison est une matrice, point d’arrivée et de départ, qui unifie et protège, permet de lutter contre l’éparpillement et le chaos. Elle révèle l’âme de bâtisseuse d’Anna, à qui elle apporte la certitude d’exister, en gardienne du temple de la psychanalyse, après la mort de Freud.

Une écriture de l’écoute

L’autre thème principal du roman, en filigrane, est l’écriture, sous ses multiples supports et genres : lettres, carnets, essais, travail psychanalytique, confidence, acte existentiel : « Elle avait soudain la sensation physique de voir tous ces mots – les siens – éparpillés, soumis à toutes les tempêtes et aux opportunistes. » La prose d’Isabelle Pandazopoulos s’y enroule, « longue écharpe de mots », restituant de manière vive les états intérieurs d’Anna. L’écriture du roman parvient à restituer la place d’Anna auprès d’un père ramené à sa toute-puissance en même temps qu’à son humanité. Elle cerne la dimension intime et d’exception d’autres grandes figures de l’époque comme Lou Andreas-Salomé ou encore Marie Bonaparte, sans chercher à mobiliser un savoir théorique précis sur la psychanalyse naissante.

FLORENCE LETHURGEZ

Les sept maisons d’Anna Freud, 
d’Isabelle Pandazopoulos
Actes Sud - 22,50 €

Lumières sur l’étang de Berre

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Remi Larrousse-Nuages © Ulysse-Thevenon

Pour cette rentrée, la régie culturelle Scènes & Cinés propose à son public de s’interroger sur son rapport à l’art et plus particulièrement au spectacle vivant, à travers une exploration scientifique, artistique et même ésotérique de la question. Un évènement intitulé le Rendez-vous des Lumières, organisé du 25 au 29 septembre sur son territoire de l’ouest de l’étang de Berre. 

Fidèle à sa fibre circassienne, la structure invite dans un premier temps ses spectateur·ice·s à se glisser directement dans la peau d’un acrobate aérien grâce à des lunettes de réalité virtuelle dans Hold On, réalisé par Corinne Linder. Cette forme courte et innovante sera présentée gratuitement cinq fois le 25 septembre à Miramas et sept fois le 28 à Istres. 

Place aussi aux spectacles, conférences et autres tables rondes, avec notamment une matinée dédiée à la question « Qu’est-ce qu’une émotion ? ». Après une première intervention de la neuroscientifique Julie Grèze, deux doctorant·e·s de l’École Normale Supérieure discuteront de la question en relation avec le théâtre et le cinéma. Pour un format de conférence plus décalé, Emma La Clown se lancera dans une Causerie avec Sébastien Bohler, journaliste scientifique, rédacteur en chef de Cerveau et Psycho.

Côté spectacles, trois illusionnistes et mentalistes sont invités. Scorpène, qui modère par ailleurs plusieurs des rencontres organisées, s’interroge sur l’art de la manipulation dans Petit spectacle entre amis ; Rémi Larousse se livre dans Confidences d’un illusionniste ; et Thierry Collet explore la façon dont nous percevons le monde dans Le Réel manipulé. Et comme aparté humoristique, on note la venue de Guillaume Meurice, qui vient accompagné de l’astrophysicien Eric Lagadec pour présenter Vers l’infini (mais pas au-delà), un spectacle qui allie exploration de la bêtise humaine et de l’Univers, leurs domaines de spécialité respective (autoproclamée ou avérée). 

Spectacle et mystique 

Le dimanche, le rendez-vous prend une tournure plus spirituelle avec d’abord un dialogue entre Laurent-Jacques Costa, archéologue, et le journaliste et YouTuber spécialiste d’ésotérisme Philippe Ferrer, afin d’aborder le rapport des sciences aux « mondes invisibles ». Pour rebondir sur cette rencontre, la cheffe du service de neurologie de l’hôpital Saint-Joseph (Marseille), Françoise Bille-Turc, donnera une conférence sur les bienfaits de l’hypnose. Dans l’après-midi, le public pourra assister au spectacle-performance Métamorphoses de Céline Joyce Douay, médium qui dit sur son site se donner pour mission  de « transmettre à lhumanité un nouveau mode de fonctionnement en se connectant au corps, à l’âme et aux multidimensionnelles [sic]» à travers notamment la vente de programmes de coaching. 

CHLOÉ MACAIRE 

Le Rendez-vous des Lumières
Du 25 au 29 septembre 
Miramas, Istres, Fos-sur-Mer, 
Port-Saint-Louis-du-Rhône, Grans 

Roman d’immigré

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Rien, dans le roman de Kaveh Akbar, ne se déroule comme prévu. Cela commence comme un Bukowski (pas machiste) qui aurait surajouté à l’addiction alcoolique celle de toutes les drogues chimiques les plus récentes. La plume, brillante, d’une autodérision constamment drôle, impose d’entrée un rythme d’enfer… que l’on quitte très vite, sans regrets, pourtant, tant ce qui suit est passionnant. 

Cyrus Shams, jeune drogué alcoolique américain est, comme les personnages plus ou moins autofictionnels de Fante le Rital, Bukowski le Teuton ou Miller le Polack, un écrivain en devenir, marqué par une immigration récente et un exil intérieur. Pour l’Irano-Américain, né comme son auteur à Téhéran et fuyant à New York la Révolution islamique, cela se traduit par la même inadaptation fondamentale à la société américaine, qui le traite avec condescendance ou bienveillance, mais aussi comme un terroriste potentiel après le 11 septembre. Il a aussi des raisons d’en vouloir à l’US Army… mais est tout à fait étranger à l’Iran, où sa seule attache est un oncle mutique.

Burlesque, poétique, intime

Peu à peu pourtant des bribes d’Iran surviennent, une histoire se reconstitue, touchante, surprenante, balayant les constructions du personnage, son histoire familiale, celle du père victime, de la mère disparue, de la guerre héroïque, du féminisme iranien. Kaveh Akbar livre au lecteur quelques éléments que son personnage ignore, entretenant ainsi un suspense savamment dosé. Qui est donc ce Martyr, de qui, pour qui, avec quel degré d’ironie ? Le roman, à chaque instant, se transforme, passant de scènes burlesques à une apologétique poétique, puis à l’intimité profonde, pudique, d’une révélation filiale, et d’une histoire d’amour. Impossible en Iran, mais que le personnage acceptera lorsqu’il aura compris d’où il vient.

AGNÈS FRESCHEL

Martyr !, de Kaveh Akbar
Gallimard – 24 € 
Sorti le 19 septembre
Traduit de l’américain par Stéphane Roque

Retour au bled

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© Yohanne Lamoulère / Tendance floue

Ce sont les trois facettes d’une même proposition. Le film 504, l’exposition Renault 12 et les soirées performatives, produites par le Mucem dans le cadre d’actoral, parlent de ce trajet qu’ont emprunté des millions d’immigrés à partir des années 1970 entre la France et le Maroc, l’Algérie ou la Tunisie. Selon la destination, les étapes traversent l’Espagne ou par les grands ports méditerranéens, comme Marseille.

Les voitures « cathédrales » chargées à bloc de cadeaux pour la famille, à la récupération d’objets destinés à une seconde vie, laissent une petite place, aux enfants entassés. 

Le film, documentaire, s’attarde sur les visages et les récits. Le chargement du coffre, de la galerie, de l’habitacle. Les sorties d’autoroutes espagnoles, les accidents, les bakchichs aux frontières, les marques constantes du racisme, tout au long des différents trajets. Mais aussi les musiques ressassées sur l’autoradio, celles qu’on reprend ensemble, les conversations, et l’accueil des cadeaux, enfin, l’arrivée. Toute une époque, dont on n’a pas fini d’exhumer la mémoire particulière, nécessaire pourtant à la construction des générations présentes et futures ! 

Grâce à l’art, au surgissement des objets, des visages, des musiques, Mohamed El Khatib impose, sensible, l’histoire des diasporas dans la réalité française, et sa part considérable dans l’industrie automobile. Fabriquée majoritairement, à l’époque déjà, par une main d’œuvre immigrée. 

AGNÈS FRESCHEL

Renault 12
Du 27 septembre au 19 octobre

504
Les 27 et 28 octobre
Couvent des Prêcheurs, Aix-en-Provence
Dans le cadre de la programmation du Bois de l’Aune
boisdelaune.fr

Terres de gauche, de droite, ou de fantasmes ? 

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Depuis Charles Maurras et Maurice Barrès, le terroir est le symbole de bastions à défendre face à ce qui vient du « dehors ». Aujourd’hui encore le terroir est instrumentalisé ; d’un côté par l’extrême droite qui véhicule l’imaginaire d’une France qui n’a jamais vraiment existé, et de l’autre par le capitalisme. Les industriels ont bien compris que les produits dits du « terroir », gages de qualité, faisaient vendre. Or le terroir, ce n’est pas la lessive à la lavande ou au savon de Marseille, c’est d’abord le circuit court, le respect de la vie, l’écoute des climats, la communauté solidaire. L’actualité du terroir, c’est sa dimension écologique et sociale. 

S’appuyant sur des recherches de sociologues, d’historiens, de géographes, Samuel Grzybowski, enseignant à Sciences-Po, cofondateur de Coexister, mouvement d’éducation populaire pour la laïcité et directeur d’une coopérative de tiers-lieux écologiques et solidaires (CitéCoop), revient sur l’histoire du terroir, la vraie, pas celle idéologisée pour en faire un lieu de repli identitaire. Un espace « commun » qui a toujours mobilisé les luttes sociales : celles des mineurs du Nord issus de l’immigration, des sardinières de Douarnenez, des ouvriers de Sochaux auxquels nous pourrions rajouter les ouvriers des chantiers navals de La Ciotat ou les mineurs de Gardanne ; un terroir qui aujourd’hui crée des communautés de résistance face au surtourisme, et aux airbnb. 

L’auteur définit quatre branches au terroir : un lieu, des gens, une production liée à une terre ou un climat et la transmission de traditions et de pratiques. En cela il peut aussi bien s’incarner dans le sel de Camargue que dans les fest-noz de Bretagne ou le rap en Seine-Saint-Denis. Cet ancrage dans une terre à partir de laquelle on peut lutter est liée au droit du sol à l’origine de la conception de gauche de la nation. C’est la vie dans un lieu qui légitime son lien à celui-ci, non pas la filiation raciale et biologique d’anciens propriétaires déconnectés du terrain. L’auteur nous parle de ces tiers lieux paysans qui impliquent les communautés locales, des parcs naturels qui soutiennent les activités compatibles avec l’environnement comme celui de Camargue qui favorise l’élevage extensive de taureaux et de chevaux, la riziculture biologique et le tourisme ornithologique ou le parc national de Port Cros qui soutient la pêche artisanale et l’écotourisme. Un livre salutaire.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Les Terroirs et la gauche, de Samuel Grzybowski
Éditions du Faubourg – 19 €
Sorti le 13 septembre