vendredi 13 février 2026
No menu items!
Accueil Blog Page 233

Afflux d’émotions du monde

0
Robyn Orlin HOW IN SALT DESERT Valerian-Galy

Le public est là, le cœur serré, et l’angoisse est palpable dans les salles pleines. Que va t-il nous arriver demain ? La conversation politique est sur toutes les lèvres, et la programmation de cette première semaine y a apporté des réponses décalées, sensibles, pleines d’une humanité faite d’identités multiples et de réponses à l’oppression.

Au Nord de l’Afrique du Sud

À La Criée, Robyn Orlin. La chorégraphe Sud Africaine qui a commencé sa carrière alors que l’Apartheid régnait encore, sait fabriquer des images chocs, des rapports d’humanité queer qui renversent les dominations. Son spectacle How in salt deserts it is possible to blossom (Comment il est possible de fleurir/ s’épanouir dans un désert de sel) ne se pose pas comme une question mais comme une affirmation, forcenée, de la résilience et de la vie. De la guérison possible.

Les « coloured » d’Okiep, ancienne cité minière dont la population, pas assez blanche et pas assez noire, est laissée à sa pauvreté, voit chaque année le désert fleurir après les torrentielles pluies de juillet. La chorégraphe est allée à leur rencontre, et les cinq danseurs du Garage Dance Ensemble et les trois musiciens de uKhoiKhoi font véritablement fleurir la scène. Couverts d’épaisseurs de tissus ternes ils s’en dénudent peu à peu révélant leurs couches internes, colorées, leurs mouvements souples, puissants et tendres.

Des scènes se dessinent qui disent les dominations et les libérations. Celle d’un viol, brutal, sans regard complaisant, qui laisse la victime inerte dans les bras consolateurs de sa mère, est la plus violente ; mais tout aussi fortes sont celle de la transfiguration d’un homme qui se colore, s’assouplit et se féminise, ou l’épanouissement magique de la figure de la mère rendue belle, vivante, par ses enfants. La musique, à la fois joyeuse et grave, puissante et subtile, faite de loops et de samples vocaux, de souvenirs mélodiques et d’inventions, accompagne et précède souvent cette affirmation d’une confiance dans la force vitale, dans les paysages les plus arides, les histoires les plus sanglantes, les dénuements les plus extrêmes.

Destins jumeaux

À Klap, Hanin Tarek et Amina Abouelghar dansent en parallèle, ce qui est toujours fascinant. Les deux artistes égyptiennes, en un court duo, font la synthèse de gestuelles différentes, que les classements de la danse nommeraient orientale baladi, hip-hop waving, contemporaine slow motion… Exécutant la plupart du temps les mêmes mouvements, leurs corps pourtant assez similaires révèlent leurs différences, au creux d’un geste qui s’incurve différemment, d’une main qui s’ouvre davantage, d’un cou qui s’incline plus longtemps. Les deux femmes enchaînent dans des cercles de lumière, puis viennent saluer, un keffieh palestinien sur les épaules.

Au cœur de la tendresse

C’est à un voyage autrement émouvant que nous invite Malika Djardi. Si la relation des fils à leur mère est le sujet de la plupart des autobiographies, celle des filles est plus récente et s’inscrit rarement dans ces temps adultes où la mémoire s’éteint et où la disparition est proche. La mère de la danseuse chorégraphe était déjà au cœur de son spectacle précédent, qui alliait vidéo et performance : Marie-Bernadette, épouse d’un Algérien, convertie à l’Islam, est une mère courage attachante préservant ses enfants d’une famille raciste avec qui elle a coupé les ponts. On la retrouve ici en Ehpad, Martyre, malade d’Alzheimer, inventant des gestes, des danses, que sa fille attentive filme et reprend, comprend, et dont elle s’inspire pour sa danse. Les gestes échangés, mains qui s’étreignent, caresses sur une joue, rires et paroles, cœur qui se serre quand la mémoire disparaît trop vite, sont des moments d’une rare humanité. Le spectacle est trop long, la danseuse trop bavarde, mais Malika, enceinte, trace les lignes et les cercles, toujours au bord, d’une transmission de tendresse, de gentillesse, de bienveillance, d’amour, qui persiste au-delà de la maladie, comme une indélébile empreinte fondatrice. La musique joue aussi sur les souvenirs, de début de Schubert, d’un bout de Carmen, de chansons populaires. Une mémoire partagée qui reste, bribe sur bribe, la seule relation possible, encore et toujours désirée, d’une fille avec sa mère.

AGNÈS FRESCHEL

Tuba roi !

0
Thomas Leleu © Piergab, Camille Charlier

Son instrument ne fait pas partie de ceux dont on applaudit les performances solistes lors d’un concert classique ! Le tuba a été génialement sorti du fond de l’orchestre par Thomas Leleu qui par le titre Outsider souligne avec humour la place habituelle de l’instrument. En dix pièces, le jeune tubiste livre son approche des univers musicaux, abolissant les frontières entre les genres, les espaces, dessinant un itinéraire mêlant de manière fusionnelle les multiples sources qui nourrissent son art.

Commencer par la fin est déjà un clin d’œil : la première plage du CD est baptisée The final Round. Festive, colorée, insouciante, elle renvoie malicieusement à Rocky… il a fallu aussi au tubiste un moral de champion pour imposer son instrument !  On fait un détour par des tonalités qui rappellent la pop des Bee Gees avec American Dream et son orchestration qui invite à la danse.

Le morceau éponyme du titre du CD, Outsider, prend un ton épique en une construction ample soutenue par une irrésistible montée en puissance que vient colorer le saxophone de François Chambert tandis que la batterie de Francis Arnaud apporte une tension que viennent éclairer des passages d’un foisonnant lyrisme.

L’introduction du piano (Laurent Elbaz) pour Goodbye Childhood, toute de délicatesse installe une vision en épure sur laquelle les tons d’automne du tuba se livrent à une évocation nuancée et nostalgique qui se résout en tempi brésiliens de bossa nova délicieusement chaloupés…

Le passage d’un continent à un autre symbolise la fin de l’enfance dont la dimension onirique semble se condenser dans les dernières notes liquides du piano. Le voyage ouvre de nouveaux mondes, celui des îles des Caraïbes de Tobaco Cays en une salsa qu’illuminent les cuivres, comme celui de la légèreté d’une place au soleil (A place in the sun).

Et si l’on retourne à Bach, c’est avec le jeu de mots Bach Tubach dont les strates naviguent entre les amples et élégants phrasés, les éclats de rock-métal et les duels jubilatoires et virtuoses entre tuba et basse (Kevin Reveyrand sur une composition de Jérôme Buigues) tandis que Walking after midnight renvoie à un dandysme où le tuba fredonne une mélodie veloutée digne des clubs de jazz de la New Orleans. L’hommage au saxophoniste Wayne Shorter disparu le 2 mars 2023, Wayne’s world se teinte de jazz fusion, rêve avec ses sonorités chaudes. Une pépite !

MARYVONNE COLOMBANI

Outsider, Thomas Leleu, chez Tuba French Touch (2024)
à venir
30 juin, Châteauneuf-Grasse
19 juillet, Sanary-sur-Mer
20 juillet, Le Cannet
20 août, Hyères

Bonjour joliesse

0
Salut © Dan Warzy

Avant le Soir revient avec Salut

Voilà quatre ans que la mairie des 1er et 7e arrondissement décline l’Été Marseillais dans tous ses parcs sur un nombre accru de dates – plus de quarante cette année. Un rendez-vous toujours aussi prisé des habitués comme des curieux, célébré par le retour d’un duo théâtral créé en 2021 par deux comédiens revenus plusieurs fois sur les lieux : Joseph Lemarignier et Camille Dordoigne, alors à peine diplômés de l’ERACM.

Salut incarne presque à lui seul l’esprit de ces rendez-vous que les plus assidus comparent volontiers au Off d’Avignon, « en plus accueillant et gratuit ». Le talent de ses comédiens et auteurs, tout d’abord, est tangible tout au long de la représentation, malgré leur apparente et bienvenue décontraction. L’alchimie entre ces deux jeunes narrant les possibles du rendez-vous amoureux à l’heure des applications de rencontre demeure intacte : elle s’est même enrichie au fil de ces quelques années qui ont vu ce spectacle voyager depuis sa création. Les interactions avec un public mettant peu à peu sa timidité de côté pour se prêter au jeu sont nombreuses, de même que les moments d’improvisation, d’évocation de l’actualité, dont une jolie interprétation du Temps de l’amour au ukulélé par Joseph Lemarignier. Mais elles ne font pas oublier les qualités d’écriture de ce spectacle enlevé, souvent désopilant et habilement construit. Une certaine angoisse semble toujours pointer son nez derrière les énumérations absurdes et virtuoses de possibles points d’accord et de mésentente. En préambule de cette charmante recréation, ce sont d’autres jeunes pousses que l’on rencontre avec Le Vrai Direct, interview fictive écrite et interprétée par Aurélien Baré, Marie Champion et César Caire. À qui l’on souhaite de tout coeur, après une  rencontre posthume avec Johnny Hallyday, une aussi belle trajectoire que les deux comédiens de Salut.

SUZANNE CANESSA

A venir
Salut sera rejoué les 20 et 22 août au Square Labadié
Avant le soir s’offre une respiration avant que ne commence son marathon effréné le week-end prochain. La respiration en question est une Bulle chorégraphique proposée par la compagnie Mouvimento au Kiosque Canebière. Un solo dansé, chorégraphié par Julie Alamelle, co-directrice de la compagnie, dans lequel l’interprète, comme une statue en éveil, déploie ses mouvements lents au cœur de la ville. Le corps se tire, se recroqueville, accélère ou demeure en équilibre, offrant aux spectateurs et aux curieux un moment contemplatif, calme, hypnotique. Une forme courte qui s’inscrit à merveille dans l’ADN du festival. C.M.
23 juin, 2 et 11 juillet
Kiosque Canebière, Marseille

OCCITANIE : L’art de l’amitié

0
Céleste Moneger, Toujours pas New-York, 2024, film, 28 minutes; stickers sur vitre et sublimation textile, dimensions variables. Crédits photographiques : Élise Ortiou Campion.

L’amour est une source intarissable de création et d’inspiration. Mais l’amitié, toute aussi essentielle, ne serait-elle pas reléguée à un rang secondaire ? Sous le commissariat de Morgane Baffier, l’exposition collective Amiex a choisi de donner une place artistique de premier plan à ce lien affectif, parfois totalitaire, qui nous unit à d’autres. Avec le désir de libérer l’amitié d’un imaginaire genré et bien trop caricatural. À la galerie Mécènes du Sud Montpellier-Sète-Béziers, en plein cœur de l’Écusson, Amiex se découvre comme un « après ». Que reste-t-il de nos amitiés ? De cette jeunesse partagée à deux avec intensité ? 

Traces et espaces

Ninon Hivert s’intéresse aux rituels célébrant l’amitié, entre sculptures et photographies, comme des indices que l’on essaierait d’interpréter et de remettre en contexte. Konstantinos Kyriakopoulos et Frank Zitzmann ont créé en duo créatif amical une architecture-mobilier qui, malgré sa froideur, apparaît comme une invitation à la rencontre. Flo*Souad Benaddi et Luna Petit ont eux choisi de mettre en lumière de manière ludique les traces de la solidarité (dessin, écriture) sur différents supports, dont la surface vitrée de la galerie. Morgane Baker utilise l’IA et un casque de VR pour s’amuser de l’amitié virtuelle à l’ère du métavers alors que Noémie Erb et Guillaume Tourscher déclinent une identité graphique thématisée. 

Gossip girl

Quant à Céleste Moneger, elle présente un court-métrage intitulé Toujours pas New-York. C’est le récit vidéo, en plusieurs chapitres, d’amitiés féminines nourries par la pop culture, notamment les séries pour ados, Gossip girl en tête, mais aussi la musique et les mangas. Exclusives et fusionnelles, ces relations amicales s’avèrent dévastatrices quand elles s’achèvent, souvent brutalement. Et bourrées de stéréotypes, survalorisant la société de consommation comme lieu d’épanouissement féminin. 

ALICE ROLLAND

Amiex
Jusqu’au 14 septembre
Mécènes du Sud, Montpellier

Au Mo.Co, une Méditerranée contemporaine

0
Andreas Angelidakis, Post Ruin Bentivoglio, 2021, Palazzo Bentivoglio, Bologna ph Carlo Favero

Cet été, le Mo.Co et La Panacée proposent deux expositions qui ont de quoi attirer les férus d’art contemporain comme les passionnés de voyage. D’abord avec Être Méditerranée, une exposition qui regroupe les œuvres de 22 artistes (ou duo d’artistes) originaires ou habitants du pourtour méditerranéen. Les céramiques de la Turque Elif Uras côtoient ainsi les grandes peintures inspirées par la culture palestinienne de Aysha E Arar, les œuvres du duo Tarwuk, originaire de l’ex-Yougoslavie, ou encore celles de l’italienne Chiara Camoni. Les arts textiles, qui revêtent une importance particulière dans nombre de cultures méditerranéennes, ont naturellement une place importante dans l’exposition, avec des artistes comme Nour Jaouda, Teresa Lanceta ou Adrien Vescovi. Il en va de même avec les sculptures d’inspirations archéologique ou architecturale de Andreas Angelidakis ou de Diana Al-Hadid. Un foisonnement artistique organisé autour d’axes thématiques ayant attrait au patrimoine, aux mémoires et aux identités, qui vise à construire des ponts culturels sans ignorer la violence du contexte politique. 

Et pluie aussi 

En parallèle, le Mo.Co accueille Descente au Paradis, exposition dédiée à l’œuvre de Kader Attia, dont le vif engagement décolonial peut entrer en résonance avec les axes d’Être Méditerranée. Inspirée par l’architecture même du Mo.Co ainsi que par le ruissellement de la pluie, l’exposition entend interroger les dynamiques de verticalités. Ce questionnement est notamment illustré par deux œuvres inédites, l’une est composée de bâton de pluie, l’autre est une installation immersive organisée autour d’un film tourné en Thaïlande.

CHLOÉ MACAIRE

Être Méditerranée 
Mo.Co. Panacée, Montpellier 

Descente au Paradis 
Du 22 juin au 22 septembre
Mo.Co., Montpellier

Toutes les bonnes choses ont une fin

0
La Boum Contemporaine de Nîmes 2024 © Marie Génin

Ouverte le 5 avril dernier, la première édition de la triennale d’art contemporain La Contemporaine de Nîmes, LE projet culturel de la municipalité de cette ville au fort patrimoine historique, mais souhaitant démontrer et faire savoir qu’elle est également branchée sur les temps présents, se clôture ce week-end, du 21 au 23 juin.

Nocturne

La grande veillée est organisée ce samedi 22 juin de 20 h à minuit pour (re)découvrir les expositions de la Contemporaine en version nocturne, autour de surprises imaginées par les galeries d’art et les musées nîmois, tous exceptionnellement ouverts gratuitement. Notamment au musée du Vieux Nîmes, dans l’exposition Avant de voir le jour, dialogue entre les œuvres de Jeanne Vicérial et Pierre Soulages, une expérience sonore pilotée par le Triptyk-Théâtre, avec une lecture déambulatoire déclamée par deux comédiens dans les salles du musée. Au musée de la Romanité, danse contemporaine à 20h30 et à 22h par la compagnie Zéline Zonzon, où la chorégraphe est entourée de danseurs de tous âges, qui explorent des questions comme celles de l’héritage, de la transmission, de la trace… Au Carré d’Art se déroule un escape-game, au cœur des coulisses du musée. 

Boom 

Comme il l’a déjà fait à Gennevilliers l’été dernier, l’artiste franco-algérien Mohamed Bourouissa organise une grande kermesse artistique à Pissevin, sur le parvis du CACN, samedi 22 juin, de 12 h à 19 h. Plusieurs jeunes artistes du sud de la France ont été associés aux habitants du quartier et aux associations locales pour revisiter les stands et les activités traditionnels d’une kermesse. Des œuvres-jeux qu’ils animent en binômes artiste-habitant le temps d’une après-midi. La « Boom de Fin » elle aura lieu au Spot, où se clôture l’exposition participative Ascendant Végétal proposée par Green Resistance. Aux platines SamSam, de 21h à 23h, entré libre.

MARC VOIRY

La Contemporaine de Nîmes
Week-end de clôture
21, 22 et 23 juin

Dans le sillon de Manivette Records

0
Emmanuelle Tirmarche © N.S.

C’est la foule devant le disquaire Galette Records ce 13 juin à Marseille. Un joyeux bordel comme les aime le Massilia Sound System qui fête ici l’album de son 40e anniversaire. Un double album avec des classiques du groupe réenregistrés, et un bonus de quatre titres originaux – ainsi que plusieurs de leurs albums réédités pour l’occasion. Le tout a été orchestré par le label Manivette Records, qui s’occupe du groupe depuis 2014, mais dont l’histoire a commencé 10 ans plus tôt, à l’initiative d’Emmanuelle Tirmarche.

On rembobine

L’histoire commence en 1991. Jeune attachée de presse chez le label Bondage Records, c’est à l’occasion de la sortie du premier album de Massilia (Parla Patois, 1992) qu’elle découvre pour la première fois l’équipe marseillaise. « On avait l’habitude des groupes de rock, du punk, et là on a pris une claque. » Une rencontre qui la marque, et après un quinquennat passé à Bondage, la Picarde descend s’installer à Marseille. Emmanuelle lance alors avec quelques amis l’association MicMac, qui aidait alors les groupes marseillais et occitans à se professionnaliser.

« Je me remonte les manches et je crée un label. » Quelques années plus tard, quand Moussu T e lei Jovents veulent sortir leur premier disque, Emmanuelle les aide à chercher un label, mais les refus s’enchaînent, et elle décide de se lancer : Manivette Records est créé en 2004. Elle suit ce projet, puis s’occupe de Gigi de Nissa en 2010, et enfin propose à Massilia de faire une sortie pour les trente ans du groupe « avec [s]es moyens, ce ne sera pas une grosse prod », prévient-elle, mais ils acceptent. Depuis, dans la maison jaune aux volets bleus de La Ciotat où le label est installé, Manivette peut se targuer d’avoir 24 sorties à son actif, dont douze albums studio.

NICOLAS SANTUCI

Des fronts populaires et de l’exercice démocratique

0
Léon Blum © X-DR

« La marche de l’histoire est parfois facétieuse. Le contexte donne un parfum particulier à cet évènement participatif  » confirmait le producteur Philippe Collin, lors de sa présentation au public.  Né de l’enregistrement d’un podcast original de France Inter, écrit et raconté par le producteur avec Charles Berling dans le rôle de Léon Blum, le spectacle met en scène la production radio et son ballet de signes (Violaine Ballet) commentée par les dessins effectués en direct par Sébastien Goethals. Après Toulon et avant Marseille la saison prochaine,Aix a invité lecteurs, danseurs et choristes de chaque territoire à participer à  une expérience,  où le public est impliqué activement : dans des discussions avec l’historien Nicolas Rousselier, lors d’un bal et d’un banquet républicain partagés dans les grandes tablées installées à l’extérieur du théâtre.

Bref, la conception même de l’évènement qui dure de 14 à 23 heures fait vivre intensément les aspirations démocratiques et populaires, rappelant l’effervescence des « grèves joyeuses » qui ont suivi l’élection de la coalition du Front Populaire de 1936. À 23 heures, on restera encore à discuter, lire dans un coin la tribune d’Ariane Mnouchkine tout juste parue dans Libération… Le théâtre est une agora, un mouvement choral vivant, puissant, et jamais populiste.

Un peu d’histoire

En cinq temps de récit, entrecoupés par des chants et des bals populaires, est retracée la vie de Léon Blum et tout un panorama de son époque, de la fin du XIXe aux années 50. On le suit, brillant, lettré, nourri de l’esprit de justice par son éducation, ayant pour modèles les héros de Stendhal, auxquels il sera souvent comparé, ses amitiés, son essai Du mariage… À son Panthéon brille aussi l’étoile de Barrès avec lequel il rompra au moment de l’affaire Dreyfus C’est alors qu’il prend vraiment conscience de ce qu’est l’injustice. Ce qui compte pour lui c’est la résistance, que ce soit pour Dreyfus ou plus tard dans l’après-Vichy. Sa rencontre avec Jean Jaurès sera déterminante. Homme de l’union et du consensus,  il se présente pourtant au congrès de Tours comme le « gardien de la vieille maison »,  refusant en bloc les 21 mesures de la 3e internationale bolchévique, ce qui amène à la scission SFIO (socialiste), SFIC (communiste), alors majoritaire .

Des parallèles glaçants

Bien sûr, le public est particulièrement attentif à l’élection du Front Populaire : ce gouvernement d’union qui n’a duré qu’un an et a pourtant apporté les congés payés, les 40 heures… plaçant l’État comme arbitre du contrat social. « La réforme est révolutionnaire, la révolution est réformatrice » affirme celui qui scande : « Il y a quelque chose qui ne me manquera jamais c’est la résolution, c’est le courage, c’est la fidélité ».

Des analogies s’instaurent avec notre temps présent : aujourd’hui, les forces de gauche se rassemblent sous le nom de Nouveau Front Populaire. Mais en 36 les droites étaient divisées, ce qui n’est plus le cas en 2024 soupire l’historien qui précise la différence entre la démocratie présidentielle actuelle, concentrée autour d’un chef suprême et celle parlementaire de 36 où les assemblées contrôlent l’essentiel du pouvoir législatif et dominent l’action du gouvernement…

Aux lendemains de la guerre de 39-45, selon Blum, le programme du CNR n’allait pas assez loin. C’était pour lui le moment d’installer un socialisme humaniste permettant à chacun d’oser l’aventure d’être soi-même. Quel écho aujourd’hui ?

MARYVONNE COLOMBANI

Léon Blum, une vie héroïque s’est donné le 15 juin au Bois de l’Aune, Aix-en-Provence

Le Conservatoire fait son Grand Boucan

0
L’Orchestre des Colibris © X-DR

Avec Le Grand Boucan, c’est une semaine de folie qui s’annonce. Dès le 23 juin, rendez-vous à 19 heures sur la place Jean Jaurès. Les instrumentistes du Conservatoire se frottent à l’emblématique Boléro de Ravel avec l’orchestre symphonique Vivaldi dirigé par Frédéric Isoletta. Le lendemain à 18h30, la Cour d’honneur du Conservatoire accueillera l’orchestre des Colibris qui réunit des enfants sourds, entendants et des musiciens professionnels. Le même jour à 20 h, trente professeurs feront résonner les notes de Bach, Mozart, Schumann et Prokofiev lors d’un concert qui viendra clore la deuxième saison des Carlissimo, les rendez-vous musicaux du lundi soir,qui ont attiré cette année des centaines de spectateurs. Le mardi 25 juin à 18 heures, toujours dans la Cour d’honneur on pourra applaudir les Voix en herbe, les Graines de voix et le Chœur de jeunes dirigés par Anne Périssé dit Préchacq ainsi que la chorale de premier cycle de Jean-Emmanuel Jacquet. A 20h30 la soirée, jouez jeunesse en partenariat avec Marseille Concerts et parrainée par deux musiciens exceptionnels Florian Caroubi et Bernard d’Ascoli fera découvrir de jeunes musiciens et chanteurs, grands talents de demain.

Rock et baroque

Les Petits violons des calanques se produiront dans des œuvres de Bach, Schumann, Weber, Mozart, l’orchestre Démos dans l’incroyable épopée de Ferdinand le Gabian et l’orchestre Rameau dans un programme éclectique. Ce sera le 26 juin à 16 h juste avant le Goûter en fanfare à18 hsur le parvis du Conservatoire avec l’école « Jouons ensemble ». À 19 heures 30, place aux cordes, rock et baroque avec un programme bouillonnant et varié : boléro, danse Macabre, chansons rock, concertos pour altos de Telemann et pour 2 mandolines de Vivaldi avec l’orchestre des Minots de Marseille (direction Catherine Arquez et Vincent Beer-Demander), les Petites cordes du Conservatoire (direction Violaine Sultan) et les orchestres Vivaldi et baroque du Conservatoire.

L’orchestre de mandoline des minots de Marseille © X-DR

Le 27 juin, Le grand boucan investit la Friche La Belle de Mai. A 19 h, embarquez avec l’orchestre d’harmonie du Conservatoirepour un voyage qui démarrera avec Cassiopée de Carlos Marqueset finira avec une Bamba latino endiablée. Changement d’ambiance à 20h30 sur le Grand plateau où sera donné Le Messie de Haendel monument choral et sacré avec l’orchestre Baroque et le Chœur Philharmonique de Marseille. Et ce sera déjà le week-end. Le moment idéal pour suivre le 29 juin à 18 heures une déambulation musicale de la fanfare Pompier Poney Club qui partira de la Plaine pour rejoindre le Palais Carli. Leur répertoire de reprises alliant rock, rap et variétés et leurs chorégraphies endiablées devraient faire danser même les plus récalcitrants. Une fois de retour au Conservatoire, l’orchestre d’harmonie dirigé par Sylvain Gargalian proposera des poèmes symphoniques américains : de Gershwin à James Barnes et les Philharmonistes du pays de Vaucluse, des œuvres originales de José Alberto Pina, Naoya Wada et Jan van der Roost. Ils concluront ensemble dans un final festif avec 80 musiciens sur scène.

Et comme tout finit toujours en musique, c’est à 21h30 avec le Big Band O’jazz Amu and Co, composé d’étudiants, de personnels d’Aix-Marseille Université et d’élèves de la classe de jazz du Conservatoire que s’achèvera cette incroyable semaine.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le Grand Boucan
Du 23 au 30 juin 
Conservatoire Pierre Barbizet, place Jean Jaurès,
Friche Belle de mai
Marseille

Palimpsestes urbains

0
© G.C

David Poullard est un plasticien, photographe ; il s’intéresse particulièrement aux forêts de signes écrits jalonnant nos déplacements quotidiens. « Les lettres de l’espace urbain sont des indices de nos sociétés », expliquait-il à la vingtaine de personnes qui le suivaient, le 13 juin, dans le centre-ville de Marseille, sur un parcours organisé par le Bureau des Guides dans le cadre du festival Art Explora. Aux murs de la ville, si l’on y est attentif, figurent souvent des inscriptions presque effacées, comme un palimpseste, ces parchemins médiévaux grattés de frais, où les anciennes écritures affleurent. « Ah, ici un lettrage Art nouveau : il date probablement du début XXe  », s’exclame le passionné, pointant tour à tour divers fantômes d’enseignes. Une librairie, un coiffeur, une pâtisserie… autant d’activités disparues qui ont laissé des traces, parfois à hauteur de calèche, lorsqu’elles ont été conçues au temps de la traction animale. Strate après strate, elles composent un décor désuet, tellement plus évocateur que les abominables écrans géants, énergivores, qui focalisent aujourd’hui notre attention sur leurs publicités.

GAËLLE CLOAREC

La balade urbaine du Bureau des Guides a eu lieu le 14 juin dans le cadre de Art explora