vendredi 3 juillet 2026
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Une rentrée de promesses

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La fin de saison et sa succession d’élections aux résultats contradictoires nous avait laissés, avant la trêve estivale, abasourdis et perplexes. Prêts aussi, pour la première fois depuis longtemps, à relever la tête pour regarder l’horizon. Des signes d’espoir s’y dessinent. Une présidente progressiste et féministe au Mexique, un gouvernement travailliste au Royaume-Uni, l’espoir d’échapper à Trump avec Kamala Harris, la victoire du Nouveau Front Populaire en France, sont-ils les premiers signes d’un renversement qui pourrait s’opérer, et nous éviter l’accession aux pouvoirs des extrêmes droites bellicistes ? En Inde, en Israël, en Russie, en Iran… les nationalismes qui ostracisent ou exterminent les minorités ethniques et religieuses peuvent-ils suivre ce mouvement et, à l’heure où les épidémies sont globales, se laisser mondialement contaminer par l’empathie, la reconnaissance de l’autre, l’humanité, le pardon ? « Pour le bien de tous, les pauvres d’abord » proclame Claudia Sheinbaum, la présidente mexicaine. Le monde va-t-il comprendre que la solidarité, la conscience de l’autre, sont un puissant remède, le seul, contre les catastrophes sociales et climatiques qui surviennent ? 

L’arme de la joie

Au sud de la France tous les voyants politiques restent au rouge. Le Rassemblement national s’affirme comme la première force politique sur tout le littoral. Les communes, les départements, la région ont de grandes chances de basculer aux prochaines élections vers les forces politiques anti-immigrés et anti-cultures (sinon provençaliste). Mais contre toute attente, grâce à un metteur en scène de théâtre dont on se demandait ce qu’il allait faire dans cette galère, l’incroyable cérémonie d’ouverture des J.O. a imposé l’image d’une France multiculturelle, féministe et queer. Et indéniablement magnifique ! 

C’est en affirmant nos valeurs, culturelles, que nous brillons aux yeux du monde, que nous faisons taire les rancœurs. Par le rire, l’émotion, la surprise, le travail historique et de mémoire, la statue dorée de Louise Michel, le corps nu et bleu d’un Bacchus malicieux, une femme à belle barbe.

Alors, en cette rentrée qui commémore les 80 ans de la Libération de Provence, Zébuline rend hommage aux armées coloniales qui ont vaincu les nazis et à La Marseillaise, journal résistant. À une formidable rentrée littéraire où Gaël Faye nous plonge dans la mémoire vivante du génocide des Tutsi, et Alice Zeniter dans les combats anticoloniaux des Kanaks. Aux cultures cubaines, aux artistes handis, aux suffragettes de l’art contemporain, à la défense acharnée du vivant. Aux merveilleux et divers visages du monde. 

AGNÈS FRESCHEL

Nicolas Horvath : l’art de jouer juste

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« Chopin, dit-on, au piano, avait toujours l’air d’improviser : c’est-à-dire qu’il semblait sans cesse chercher, inventer, découvrir peu à peu sa pensée. » Et c’est bien ce goût de l’infinie variation, de l’ornementation en perpétuelle augmentation relevé par André Gide dans ses  Notes sur Chopin qui constitue aujourd’hui la marque de fabrique du plus pianistique des compositeurs. Si bien que, chose rare pour un musicien tant joué et célébré, la plupart de ses Nocturnes ne sont aujourd’hui pas interprétés dans leur version initiale ou finale. Étonné et intrigué par ce constat, Nicolas Horvath s’est adonné à un travail de recherche considérable pour trouver, d’une partition à l’autre, les traces de la toute dernière version des plus emblématiques de ses partitions.

Genre popularisé et figé dans sa forme par Chopin pour près d’un siècle, le nocturne édifie sur sa forme a priori simple un nuancier mélodique et thématique d’une virtuosité et d’une fébrilité certaines. Perfectionniste, aussi soucieux d’explorer tous les possibles d’une impulsion lyrique que de savamment doser l’émotion et préciser le trait, Chopin avait considérablement amendé ses partitions, et ce jusqu’à sa mort. Mais la postérité, sans surprise, a plus volontiers conservé les variantes élaborées pour Wilhelm von Lenz, Thomas Tellefsen et Karl Mikuli que celles de ses interprètes féminines ; Zofia Rosengardt, Camille Dubois ou encore Jane Stirling. Alors raillées par les musicologues, ces belles pianistes issues de la haute aristocratie se voyaient pourtant dédier des versions bien plus enfiévrées … et non moins ardues à exécuter ! En attendant d’entendre d’autres opus, on se précipitera volontiers sur ce premier volume particulièrement riche, auquel Nicolas Horvath insuffle un réel supplément d’âme.

SUZANNE CANESSA

Les Nocturnes secrets – premier volume, de Nicolas Horvath
7 € au format digital, 20 € en format numérique
Collection 1001 Notes

La Prisonnière de Bordeaux ou la lutte des classes est-elle soluble dans la sororité ?

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Le titre du dernier long métrage de Patricia Mazuy, La Prisonnière de Bordeaux, pourrait être celui d’un conte de fée ou d’un roman de gare. Le film en assumera le romanesque tout en déjouant les attentes par trop mélodramatiques. Car, si l’action se déroule bien à Bordeaux, de prisonnière il n’y en a pas. Ou plutôt, il y a en deux. Mina et Alma, épouses de taulards, purgeant leur peine dans le même établissement. « Codétenues » hors les murs, comme se plait à le répéter avec humour Alma. Enchaînées à leur milieu, à leur histoire, au rituel administratif : attente, identification, tampons, appel, entrevues chronométrées en box fermés.

C’est à l’occasion d’un parloir qu’Alma (Isabelle Huppert) grande bourgeoise, ex danseuse, femme bafouée, désabusée, rencontre Mina (Hafsia Herzi), blanchisseuse à Narbonne où elle réside en logement social avec ses deux enfants. Alma vit dans un hôtel particulier bordelais luxueux, regorgeant de meubles et de tableaux très chers. Son mari, neurochirurgien éminent, a été condamné pour homicide involontaire, conduite en état d’ivresse et délit de fuite. Celui de Mina est l’auteur du braquage d’une bijouterie durant lequel un de ses complices a trouvé la mort. Mina doit faire trois heures de train pour avoir ce rendez-vous régulier. Alma va l’accueillir dans sa grande maison vide, plus proche de la prison, lui trouver un job dans la clinique privée dont son conjoint reste actionnaire.  Aucune charité dans cet acte. Alma dans le néant sentimental de sa vie solitaire et sans but, ressent une vraie attraction pour la jeune mère des cités. Aucune reconnaissance servile chez Mina qui accepte ce qui vient, les bons et les mauvais coups de l’existence avec une dignité qu’incarne à la perfection Hafsia Herzi.  Les maris, les enfants, le frère menaçant et brutal du braqueur mort, resteront au second plan. Ce que filme la réalisatrice, c’est le clair-obscur de la relation entre ces deux femmes que tout oppose sauf ces maris incarcérés et les questions sur l’avenir de leur couple respectif. L’une éclaire l’autre et réciproquement, sans que jamais, malgré les moments partagés, il n’y ait fusion. La réalisatrice saisit la fracture sociale dans les gestes utiles de la prolétaire qui nettoie, range, cuisine et ceux maladroits ou contraints de la bourgeoise désœuvrée. Dans un plan à la Buñuel,  les amis d’Alma, saisis frontalement une coupe à la main, découvriront Mina, l’assimilant immédiatement à une femme de ménage.

Beau travail sur les couleurs dû à Simon Beaufils. Et ce, dès le prologue particulièrement réussi,  où le plafond en miroirs d’un fleuriste multiplie les bouquets parmi lesquels la chevelure blond-roux d’Isabelle Huppert semble flotter, jusqu’à ce que son visage dévasté se tourne vers nous. Le rouge et le bleu de la demeure d’Alma, l’explosion multicolore des peintures, le blanc des blouses propres qui tournent autour de Mina. Les portes aux teintes primaires des parloirs… Motifs visuels auxquels s’adjoint le motif musical de la chansonnette mélancolique écrite pour le film par Amine Bouhafa.

 La lutte des classes est-elle soluble dans la sororité ? Il semblerait bien que non. Pour échapper aux liens toxiques, aux formatages sociaux, aux mauvais choix de vie, mieux vaut avoir les moyens comme Alma. Pour les autres, ainsi que le dit Mina, on fait comme on peut !

ELISE PADOVANI

En salles le 28 aout

Avant-première le 20 août à 20 h au cinéma Les Variétés en présence de la réalisatrice

L’histoire prend l’air 

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NIKI © Wild Bunch

En cette année 2024, le Festival du film historique en plein air de Salon-de-Provence consacre une importante partie de sa programmation à la libération de la Provence, survenue il y a 80 ans, ainsi qu’à la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale. L’association Ciné Salon 13, organisatrice de l’événement, ouvre ainsi une nouvelle sélection de films documentaires, dont Août 1944, l’autre débarquement de Christian Philibert, et Missak et Mélinée Manouchian réalisé par Katia Guiragossian, leur petite-nièce. Les deux conférences proposées durant le Festival sont également relative à ce sujet avec « La Résistance au cinéma » animée par Garance Fromont, et « Libéré(e)s », animée par les spécialistes d’histoire contemporaine Cédric Audibert et Loïc Bost, qui revient sur différents combat émancipateur au siècle dernier, notamment celui des femmes pour le droit de vote.

Vadrouille historique 

La programmation des projections gratuites de classiques du cinéma français s’empare également de ces sujets historiques, avec La Grande Vadrouille – qu’on ne présentera pas – et La Fille du Puisatier de Marcel Pagnol. Ce dernier, qui raconte les difficultés d’une fille-mère à se faire accepter par sa famille, a été tourné pendant les combat de 1940 et a intégré ces événements à l’intrigue du film en faisant du père de l’enfant un soldat. La projection de La Fille du puisatier restauré s’inscrit dans la lignée des différents événements proposés par la ville de Salon-de-Provence rendant hommage à l’artiste disparu il y a 50 ans cette année, au même titre que l’exposition qui lui est consacrée sur la durée du Festival. 

La programmation rend également hommage à d’autres éminents artistes avec deux films biographiques : Les Carnets de Siegfried, dernier long-métrage de Terence Davies avant son décès en octobre dernier, consacré au poète pacifiste Siegfried Sassoon, et Niki, premier film réalisé par l’actrice Céline Sallette dans lequel Charlotte Le Bon incarne une Niki de Saint Phalle en prise avec la dépression et les démons de l’inceste.

On trouve également au programme le documentaire 14-18, Coup de canon sur le cinéma français de Véronique Garcia, Une Affaire d’honneur de Vincent Pérez qui met en scène la tradition des duels à la fin du XIXe siècle avec pour personnage principal la journaliste féministe et socialiste Marie-Rose Astié de Valsayre, et une avant première de Louise Viollet d’Eric Besnard, dans lequel Alexandra Lamy incarne une institutrice chargé d’imposer l’école de la République dans une campagne.

CHLOÉ MACAIRE 

Festival du Film historique en plein air
Du 17 au 28 août 
Château de l’Empéri, Salon-de-Provence 

« La Mélancolie », de l’amant perdu

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La Mélancolie © 2023「Hotsureru」Film Partners & Comme Des Cinémas

« Bonjour, on pourrait peut-être sortir la couette d’hiver ? – T’as raison, je m’en occuperai – Merci ! »C’est par ces mots banals que commence la journée de Watako (Mugi Kadowaki) qu’on voit seule à l’écran, s’apprêtant à sortir d’une maison aux couleurs froides. Elle monte à bord du train express Hakone 60 où elle retrouve un homme. La caméra ne quitte pas la jeune femme durant cette journée qu’elle passe avec Kimura (Shōta Sometani), son amant depuis un an. Ils font du « glamping » (camping tout confort) à Yamanashi, des selfies, vont regarder s’envoler les avions tout en parlant de leurs familles respectives. Elle est mariée à Fuminori (Kentaro Tamura) qui s’occupe de son fils, revoyant souvent son ex, souvent sous le regard de sa mère. Ces escapades, légères, joyeuses, filmées dans la lumière, permettent à Watako d’échapper à ce qu’elle vit, la routine du couple, des journées sans fantaisie, un quotidien qui lui pèse. Mais au retour d’une de ces parenthèses enchantées, son amant Kimura se fait renverser par un véhicule et meurt. De cela, Watako ne parlera à personne : ni à ses proches, ni à sa meilleure amie, Eri (Haru Kuroki), ni à son mari. Elle ne pleure pas, cache sa peine et son sentiment de culpabilité à tous : elle n’a pas prévenu les secours au moment de l’accident. Comme absente, elle continue à vivre, face à la perte, terrible, définitive, de l’homme qu’elle aimait.

« Ça ne nous regarde pas »

À partir de cette trame narrative, simple, somme toute assez banale, le jeune cinéaste et dramaturge, Takuya Kato, réalise avec La Mélancolie un film délicat, dans une mise en scène très soignée où le choix du cadre et de la palette chromatique soulignent finement les émotions. Certes, il aborde les thèmes universels de l’usure de l’amour dans le mariage, de l’adultère, du deuil, des choix à faire dans la vie mais il fait aussi le portrait d’une société japonaise où respecter excessivement les codes de bienséance peut fermer les cœurs. « La question que j’avais envie de traiter à travers ce film est la question de la responsabilité, le fait de se sentir concerné ou non par les événements que l’on vit. Je crois qu’au Japon il y a une grande tendance à penser qu’on n’est pas concerné, que ça ne nous regarde pas, que ça se passe en dehors de nous. Les gens ont tendance à ne pas s’impliquer dans ce qu’ils estiment être en dehors d’eux.»Mugi Kadowakiincarne à la perfection cette femme frappée au cœur, qui commence à sombrer dans la mélancolie. En sortira-t-elle ?

ANNIE GAVA

La Mélancolie, de Takuya Kato
En salles le 14 août

Histoires de cordes 

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Le Festival international de Piano de La Roque d’Anthéron joue du paradoxe en baptisant « Nuit du piano » une soirée où brille un quatuor, pas n’importe lequel, sans doute l’un des meilleurs au monde, le Quatuor Modigliani. Deux pianistes sont tour à tour à l’honneur, Rémi Geniet et Jean-Frédéric Neuburger. La soirée conçue en deux temps s’attachait d’abord aux Valses nobles et sentimentales de Ravel, sous les doigts de Rémi Geniet dont les attaques franches et la nervosité du style se glissent avec aisance dans la partition dont le titre est un hommage aux deux volumes de valses de Schubert. Si le terme de « valse » a désorienté le public à la création tant les dissonances et les accents de ces pièces leur donnaient une apparence « aventureuse ». Pourtant, en exergue de la partition pour piano on peut lire la citation d’Henri de Régnier « le plaisir délicieux et toujours nouveau d’une occupation inutile »… Entre le côté percussif de certaines phrases et les nuances qui se coulent dans le velouté du Fazioli, le pianiste a une manière bien à lui d’habiter le silence tandis que les dernières notes appréhendent l’infime et se perdent dans la cymbalisation des cigales. Rejoint par le Quatuor Modigliani, Rémi Geniet s’attachait à une pièce historique du répertoire français, le Quintette pour piano et cordes en fa mineur de César Franck. Les accents passionnés de l’œuvre étaient rendus par un tempo sans faille. Le ton dramatique de la première partie, Molto moderato quasi lento, prenait un tour romantique soutenu par la virtuosité des cordes, violon aérien d’Amaury Coeytaux, celui subtilement incarné de Loïc Rio, alto profond de Laurent Marfaing, violoncelle inspiré de François Kieffer. La sublime aria du deuxième mouvement, Lento, con molto sentimento, est d’une intensité prenante, tissés dans ses harmonies complexes. Enfin, le troisième mouvement, Allegro non troppo, ma non fuoco, offre des unissons de rêve, mâtinant son lyrisme d’un sentiment d’urgence où s’emporte l’âme. 

Complicité de longue date

Après l’entracte, c’est le Quatuor Modigliani qui débutait, écho à la première partie en reprenant une œuvre de Ravel, le Quatuor à cordes en fa majeur. On est subjugués par l’art infini des nuances, la virtuosité inventive des pizzicati, la fougue du scherzo, la musicalité du premier violon, le Stradivarius « Prince Léopold » de 1715, la poésie fiévreuse des phrasés qui équilibre les couleurs et réenchantent le monde. Comme en clin d’œil, puisque le quatuor de Ravel est dédié à Gabriel Fauré qui était au moment de son écriture professeur de composition de l’auteur du Boléro, les quatre instrumentistes retrouvaient le pianiste Jean-Frédéric Neuburger, complice depuis plus de vingt ans pour une interprétation magistrale du Quintette pour piano et cordes n° 2 en ut mineur opus 115 de Fauré. La beauté d’une journée d’été se voit condensée dans cette pièce qui fut utilisée au cinéma dans le film de Bertrand Tavernier, Un dimanche à la campagne. Fluidité, frémissements, paysages rêvés, été impressionniste où les strates de lumière vibrent avec une éloquente élégance… L’osmose entre les musiciens fait le reste. 

En bis, le Scherzo du Quintette pour piano en la majeur de Dvořák apportait le tourbillon de sa danse. Un rêve éveillé !

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 29 juillet, Parc de Florans, La Roque d’Anthéron

Uzès électrique 

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Acid Arab © Xi WEG

Certains ont connu le feu festival du Pont du Gard et avec lui tout ce qu’il comportait de têtes d’affiche et d’anecdotes shootées à la légèreté des chaudes soirées d’été. Il faut dire que la région, coincée entre les Cévennes voisines, les champs et la fraîcheur du gardon, offre à un décor idéal à tout raccourci vers la détente et la douceur festive. À Uzès, l’été rime avec saison des spectacles, concerts et autres festivités culturelles, dans un arrière-pays qui en manque souvent cruellement hors saison. Îlot de pierres posé dans la campagne, la ville est un joyau historique datant du IIe siècle avant notre ère. Architecture et monuments sont les témoins de siècles d’histoire, la dotant évidemment d’un fort capital touristique. 

Gard, à vous

Depuis un quart de siècle maintenant, la Ville d’Uzèspropose une programmation grand public et, son nom l’indique, dansante, deux soirs durant. Avec un tarif des plus accessibles, il est inscrit sur la liste des initiatives culturelles indispensables. En plein air, en tenue légère, les soirées allient grands noms et découvertes, à l’instar de cette édition. En effet, l’on pourra savourer un DJ set des superstars Acid Arab, quintet électro parisien pionnier du l’électrorientale, le tout aussi pionnier français de la rave Popof mais aussi des artistes plus locaux ou émergents. Il n’y aura malheureusement qu’un seul nom féminin sur l’affiche, en celui d’Audrey Danza, DJ suisse très portée sur la transe ou l’indus. Plutôt disco avec Pablo Bonzi ou soul funk pour LK aka Labat, la musique électronique semble avoir été traitée avec pluralité. Les Montpelliérains Gotis et Dylan Dylan, rejoints par les Nîmois de Black Accord, défendent notre chère scène électro sudiste.

LUCIE PONTHIEUX BERTRAM 

Les Électros d’Uzès
Les 2 et 3 août 
Promenade des Marronniers, Uzès (Gard)

Le cap des 27

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Massilia Sounds Gospel © Sebanado

On peut sourire à l’accumulation des « apéros » déclinés tout au long de ce festival incontournable des étés du Luberon et du haut pays axois : « apéroConcert », « apérOpéra », « apérOpérette », « apéroJazz », quand il ne s’agit pas, de manière plus ambitieuse dans cette série d’agapes, d’un « dîner concert ».

Le monde en Provence

Nouveau venu dans ce florilège chaleureux, « l’apéroBrasil », grâce à Claire Luzi qui, sur la terrasse du château de Peyrolles-en-Provence partagera sa gourmandise des mélodies du Brésil et des mots qu’elle assemble avec bonheur avec ses complices, Karine Huet (accordéon), Raquel Freitas (piano), Didier Huot (cor) et Icao Kai (pandeiro et percussions) (3 août). Autre continent et autre mer grâce à « l’apéroMéditerranée » (17 août) : réunis en quartet, le FadoRebetiko project, à l’initiative de la chanteuse, pianiste et compositrice Kalliroï Raouzeou, Jean-Marc Gibert (bouzouki), Jérémie Schacre (guitare) et Nicolas Koedinger (contrebasse) se glissent dans les univers du fado et du rebetiko, les « blues » du Portugal et de la Grèce. 

Un détour par le jazz

Auparavant le festival aura démarré en force avec le chœur de vingt chanteurs et chanteuses du Massilia Sounds Gospel qui dansent leur musique, puisant la joie dans la résilience et la lutte entre soul, blues et jazz (2 août). Le Malcom Potter Septet (9 août) fait pencher le jazz vers la pop et un chant qui rappelle celui de Sting. Les références aux Beatles à Stevie Wonder ou Chet Baker fusent ! Connu déjà par le public du festival car il a accompagné au piano les films muets de la soirée d’ouverture 2022, Robert Rossignol revient avec le Trio Sudameris, un ensemble phare de l’agglomération marseillaise qui rassemble autour du pianiste, arrangeur et compositeur les percussions de Farid Boukhalfa et la contrebasse de Jean-Christophe Gautier pour une musique vivante qui fait se rencontrer Satie et Nirvana, Brahms et l’Orient, l’Occident et les musiques de l’Inde, tout un voyage (15 août) !  

Du classique !

Bien sûr, le directeur artistique du festival, le pianiste Vladik Polionov n’abandonne pas la veine classique ; en solo il consacrera une soirée de récital à Rachmaninov (4 août) au cours de laquelle on pourra écouter Sept Préludes, Deux Études-Tableaux et Six Moments musicaux. Le chant lyrique n’est pas oublié avec le « dînerOpéra » dédié à Mozart, Rossini et Verdi sur le thème inusable des conflits de générations avec Armelle Khourdoïan (soprano), Héloïse Mas (mezzo-soprano), Florent Leroux-Roche (baryton) accompagnés par Vladik Polionov (10 août). Après l’opéra, l’opérette aussi en forme apéritive s’en donnera à cœur joie avec des extraits d’Offenbach, « folie » partagée par Héloïse Mas et Valentin Thill (ténor) (11 août). Enfin, fidèle à l’ADN du festival, Vladik Polionov propose un « Opéra de Poche », adapté par ses soins en version de concert avec piano, Don Giovanni de Mozart (16 août).

MARYVONNE COLOMBANI

Festival Durance Luberon
Du 2 au 17 août
Divers lieux du Luberon 

Quand une langue redevient vraiment vivante

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Si le personnage, qui lui ressemble beaucoup, a des problèmes avec ses pieds qu’elle ne sait plus comment chausser, Valérie Paüs n’a pas froid aux yeux et assure avec brio l’écriture, le jeu et la mise en scène de son spectacle. D’origine réunionnaise, venue sur le continent pour poursuivre ses études, elle imagine un spectacle dont le sous-titre, « physiologie d’une langue encombrée », renseigne sur l’éducation qu’elle a reçue avec les entraves des apprentissages. l’école lui a appris qu’elle devait parler la belle langue, le français de la littérature et de Racine, qu’elle adore, dont elle dit un extrait. Réminiscence aussi des exercices de diction, les « exquises excuses » … Et quand elle voulait parler créole son père déclarait que ça ne lui allait pas ! Comment alors trouver chaussure à son pied, être bien dans son corps et dans sa langue ? Valérie confie son histoire durant un vol qu’elle effectue vers son île natale (mais le fait-elle vraiment ?), elle joue alors les hôtesses de l’air, utilise leur diction désincarnée.

Tenir sa langue…ou la donner au chat

La scénographie est épurée. Des plantes vertes et six panneaux de miroirs flexibles facilement transportables permettent de créer les différents espaces, réfléchissant la lumière et déformant l’image, métaphores de la recherche de son identité. De nombreuses paires de chaussures occupent le plateau et sont alternativement utilisées. La jeune femme dialogue avec elle-même en utilisant la deuxième personne, nous mettant ainsi au sein de ses interrogations. Qui est-elle, finalement ? Quel est son vrai moi ? Comment peut-elle être en accord avec son passé ? Sa langue empêchée réussit à se frayer un passage en même temps que les souvenirs, ceux de sa maîtresse chargée de lui enseigner le beau langage et ceux de Télé Freedom qui utilise enfin le créole. Peu à peu elle retrouve une légitimité à parler sa langue natale, à vivre librement, après avoir réalisé que « quand tu te tais, tu te tues. »

CHRIS BOURGUE

Crache ! écrit, joué et mis en scène par Valérie Paüs – Cie Rhyzome – Avignon s’est joué à L’entrepôt pendant le Festival Off

De l’art de transcrire

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« Quel dommage de débuter le concert à vingt heures, les cigales couvrent le piano, déplorait l’artiste venu écouter le concert de Lucas Debargue la veille : plus tard, les insectes se taisent et le plein air est plus propice à l’écoute de l’instrument ». Repoussé d’une demi-heure, le début du concert se posait sur la toile de fond des stridulations des cigales. Pourtant, l’écoute n’en était pas moins belle. Les six pièces extraites de quatre des volumes des Romances sans paroles de Mendelssohn ouvraient la soirée. On a du mal à songer que le compositeur écrivait que « les pièces pour piano ne sont certainement pas ce que j’écris avec le plus de plaisir », tant ces camées délicatement ciselés offrent une impression de liberté. Chaque saynète construit l’appréhension d’un sentiment d’une émotion, installe ici un dialogue aux développements mutins ou semble préfigurer des moments du cinéma muet, là, met en évidence les remuements d’une âme, tristesse, passion, nostalgie, brosse des paysages, précédant les poèmes de Verlaine qui s’inspira du titre de Mendelssohn pour le recueil qu’il rédigea en prison. On y lit « Le piano que baise une main frêle / Luit dans le soir rose et gris, vaguement »…
Rien de frêle dans l’approche pianistique de l’artiste ! La légèreté de la main aborde parfois le clavier comme une harpe, sait approfondir les phrasés, leur donner une épaisseur à la lumineuse densité. Tout est contrôlé, dosé, mesuré afin d’atteindre l’idéal. Le piano sait se faire aérien dans la si preste Fileuse (opus 67 n° 4), se recentre, tourbillonne, ironise, songe…
La Ballade n° 3 en la bémol majeur opus 47 de Chopin apporte ses ruptures de ton : la douceur de l’introduction est balayée par les élans furieux des accords en fa mineur, les passages chromatiques s’exacerbent sous les amples accords, les octaves rompus, les séries de doubles croches se conjuguent en un foisonnement sensible. Lui répond le chant continu du Nocturne en ré bémol majeur opus 27 n° 2, et son indicible harmonie. La Ballade n°4 en fa mineur opus 52 conclut la première partie et ses clair-obscur, ses danses lentes qui empruntent à la valse et la mazurka, médaillon aux contre-points et contre-mélodies entrelaçant deux thèmes jusqu’à l’exubérance de la coda. 

À quatre mains ?

Préparée par le caractère épique de la fin du programme de la première partie, la seconde était dédiée à Wagner « vu par », d’abord Lugansky dans Quatre scènes de Götterdämmerung (Le Crépuscule des Dieux) puis Liszt, Mort d’Isolde, extrait de Tristan et Isolde dans sa transcription pour piano. L’élégance du jeu convie à une lecture personnelle des thèmes wagnériens. Plus qu’une transcription pour piano, il s’agit d’un dialogue par-delà les siècles entre deux musiciens. L’un expose son propos, l’autre le commente, l’orne de ses réflexions, de ses émotions, offre échos, lyrisme, emportements, songes, recompose les récits, nous bouleverse. L’assistance est suspendue à la magie qui se déploie là. Un orchestre entier vibre dans l’ossature du Steinway. Extases !

En bis, le pianiste revenait à Rachmaninov avec La Romance Opus 21 n° 5, Lilas et son Prélude opus 23 n° 7 en ut mineur avant de faire dialoguer Tchaïkovski et Rachmaninov dans la sublime Berceuse opus 16, n° 1… histoire de réconcilier la nuit et ses enchantements.

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné au Parc de Florans, La Roque d’Anthéron, le 28 juillet 2024