mercredi 18 février 2026
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Automne en librairies : Rivages de la littérature de demain

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Joséphine Tassy à la librairie Mon Chat Pitre © S.C

Comme chaque année, le festival programmé par l’Association Libraires du Sud a permis à un public nombreux, divers et enthousiaste de rencontrer des œuvres et surtout des auteurs et autrices issus de différents horizons.

Un premier roman plein de promesses

À commencer par une primo-romancière peu commune : Joséphine Tassy, parisienne d’origine marseillaise et martiniquaise à peine âgée de 26 ans, venue lire parmi les huit félidés de la librairie aixoise bien nommée Mon Chat pitre un extrait de L’Indésir. Le temps d’échanges avec un lectorat curieux, elle évoque ce récit étrangement lumineux émis à la première personne par Nuria, jeune femme apprenant à faire le deuil d’une mère qu’elle n’a que peu connu. Récit entièrement fictif, témoignera la mère de Joséphine, venue applaudir cette jeune fille aujourd’hui chercheuse en économie du développement. Deux jours plus tard, d’autres extraits sont lus par le comédien Raphaël France-Kullmann à la librairie istréenne L’Arbre Monde, avant que ne soit projeté au Coluche Paterson, ode de Jim Jarmusch au pouvoir de la poésie. Le style de Joséphine Tassy puise lui aussi autant dans le langage poétique que dans l’oralité, et alterne dialogues, descriptions, vers et prose sans discontinuer. Autant dire qu’on risque d’entendre vite reparler de récit composite, déjà volontiers qualifié de générationnel par la critique, et de son enjouée autrice.

Célébrer la jeunesse

Autre temps fort du festival, la rencontre croisée entre les autrices Laurine Roux et Camille Monceau. Organisé à la librairie marseillaise Vauban puis aux Parleuses niçoise, ce double entretien permit à un public familial de réexaminer les enjeux de la littérature jeunesse, tout en constatant l’étendue considérable de ses possibles aujourd’hui. 

Autrice déjà acclamée en littérature générale, Laurine Roux signe avec Le Souffle du Puma son premier roman destiné aux adolescents, commandé par l’Ecole des Loisirs. Basé sur des faits réels, Le Souffle du Puma narre la découverte de momies d’enfants vieilles d’un demi-millénaire en Argentine. Trop déprimant ? Selon l’autrice, ce qui différencie foncièrement la littérature générale de la littérature jeunesse ne réside pas dans le choix du sujet, mais bien dans la nécessité de « maintenir l’attention, et donc la tension ». L’autrice, également enseignante, pense toujours à ses élèves avant de leur ménager une digression ou un recentrage du récit. 

Camille Monceaux s’est quant à elle toujours inscrite dans les marges, de la littérature jeunesse comme de la fantasy. Si  Laurine Roux évoque un « aller simple sur les lieux du crime », Camille Monceaux confronter son souvenir ou son fantasme dupays et de l’époque de son livre : elle a consacré les trois – et bientôt quatre – tomes de ses Chroniques de l’érable et du cerisier au Japon du XVIIe siècle. Le temps de nombreux voyages, elle a documenté, et même « sur-documenté » son récit. « Mon conjoint, spécialiste des cultures japonaises, et mon éditrice m’ont souvent fait remarquer que telle parenthèse sur une tradition culinaire ou une technique précise de peinture ne feraient plaisir qu’à moi … » Elle conclut, avec cette gourmandise qui aura caractérisé tout l’échange : « Mais quand je commence, j’ai du mal à m’arrêter ! » 

SUZANNE CANESSA

Automne en librairies, organisé par Libraires du Sud, s’est déroulé dans toute la Région Sud du 11 au 14 octobre

Brahms, le coeur battant

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© X-DR

Elitistes l’opéra, la musique classique, orchestrale, chorale ? Dans les faits ils le restent trop souvent, comme si cette musique ne s’écoutait pas sans le préalable d’une éducation bourgeoise. C’est clairement ce préjugé  que l’OONM s’applique à démonter, en particulier avec les sessions immersives proposées au lendemain des concerts symphoniques ou lyriques.  Le 14 octobre l’orchestre reprenait donc la 4e Symphonie de Brahms donnée la veille au Corum, remplaçant le mouvement lent, le deuxième, par le Chant du destin où le chœur national  rejoignait les instrumentistes sur scène. Et le public.

Corps à cors

Car c’est tous ensemble, assis en cercle autour de la cheffe Yi-Chen Li, que les spectateurs deviennent des auditeurs vibrants. S’asseoir à côté d’une contrebasse, regarder comment le percussionniste aiguise ses triangles et ses mailloches, plonger au cœur des pupitres de violonistes ou du souffle des vents et des cuivres, cela change la perception, cela parle aux corps qui reçoivent une vague physique d’émotions. Les enfants, nombreux, petits,  s’étonnent, et un lien se tisse entre les spectateurs et les musiciens. D’individu à individu, mais aussi, collectivement, avec cet instrument étrange qu’est un orchestre, polyphonique mais parlant aussi d’une même voix.

Ecoute augmentée

Les deux médiateurs vers cette expérience commune sont la cheffe, qui règle les volumes, donne les départs, sourit aussi lorsque des petits miracles surgissent… et rattrape très efficacement les légers décalages dus à l’inhabituelle, et peu pratique, disposition en cercle. L’autre médiateur, c’est  Tristan Labouret, qui en parfait musicologue pédagogue fait entendre les différents pupitres, les couches orchestrales qui se complètent, quelques petits repères pour guider l’écoute, ensuite, de chacun des mouvements de la 4e Symphonie. Dont la passion éclate comme jamais, avec ses volumes nuancés, son âme romantique et sa forme classique, ses cors lyriques et ses cordes puissantes. 

 AGNES FRESCHEL

Au cœur de l'orchestre, sessions immersives de l'Orchestre National de Montpellier soir la direction de la cheffe YI-Chen Li se sont jouées le 14 octobre au Corum, Montpellier 
À venir
Le 27 octobre, Philippe Jaroussky  dirige pour la première fois l’OONM pour un programme consacré à Mozart, enfant prodige. Des oeuvres de jeunesse, écrites lors de son voyage en Italie, alors qu’il avait entre 14 et 16 ans.
opera-orchestre-montpellier.fr

CINEMED : Films de Méditerranée 

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Eté 93 de Carla Simon © Pyramide distribution

À l’honneur du Festival Cinéma Méditerranéen Montpellier, comme le suggère l’affiche dont la photo est empruntée à Eté 93 de Carla Simón, la nouvelle vague catalane : six films et une rencontre avec les réalisatrices Carla Simón (Nos Soleils) Clara Roquet (Libertad) Neus Ballus (La Plaga) Elena Martín Gimeno, des productrices María Zamora, Valérie Delpierre, de la directrice de la photo Gris Jordana et de la monteuse Ariadna Ribas.

Et ça commence !

Grande nouveauté : c’est un film d’animation qui sera présenté en ouverture le 20 octobre à l’Opéra Berlioz, They Shot the Piano Player, en présence de Fernando Trueba et Javier Mariscal : une enquête sur la disparition inexpliquée du pianiste brésilien Francisco Tenório.Jr, une ode au Brésil et à ses musiques, un film contre les dictatures. Puis, tout au long de la semaine, le public n’aura que l’embarras du choix : entre hommages, rétrospectives, cinéastes invité.es, tables rondes, rencontres, longs et courts métrages, fictions et documentaires en compétition ou en panorama. 

Une rétrospective

Splendor dEttore Scola

Une grande rétrospective sera consacrée à Ettore Scola, un des maitres de la comédie italienne. 24 films. Si tout le monde connait Nous nous sommes tant aimés, Une Journée particulière, Affreux, sales et méchants, on pourra découvrir des films moins connus comme Splendor (1989) avec Mastroianni sur la fermeture d’un petit cinéma de province ou Nos héros réussirontils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? avec Alberto Sordi, Bernard Blier. Une table ronde lui sera consacrée ainsi qu’une exposition au Corum 

Des avant-premières

On pourra découvrir, près d’une vingtaine de films accompagnés par les cinéastes, comme Le Temps d’aimer de Katell Quillévéré  qui nous rappelle qu’on peut s’aimer au-delà des modèles imposés par la société ou La Passion de Dodin Bouffant de Tran Anh Hung qui va représenter la France aux Oscars. Ou encore Orlando, ma biographie politique de  Paul B. Preciado, un témoignage créatif de toutes les possibilités d’être au monde. La nouvelle femme de Léa Todorov, raconte la rencontre d’une célèbre courtisane parisienne et de Maria Montessori. Des documentaires aussi : celui de Pierre-Henri Gibert, Viva Varda qui évoque le destin vraiment exceptionnel de cette cinéaste ou encore Madame Hofmann  de Sébastien Lifshitz,  qui nous fait connaitre Sylvie, cadre infirmière depuis 40 ans à l’hôpital Nord de Marseille.

Des compétitions

Mais sans ses compétitions de longs, de courts, de documentaires, de films en région soumis à des jurys, dont celui de l’Antigone d’Or présidé par Pascal Elbé, CINEMED ne serait pas CINEMED ! Neuf films venus de Bosnie-Herzégovine,  Espagne, France, Kosovo, Israël, Italie, Maroc/Tunisie, Turquie sont en lice. Excursion d’Una Gunjak, un film sur l’adolescence ; Creatura d’Elena Martín Gimeno qui était à la Quinzaine des cinéastes à Cannes ; Six pieds sur terre le premier long métrage de  Karim Bensalah. Notre monde de Luàna Bajrami raconte l’histoire de deux cousines qui, se sentant coincées dans leur village au Kosovo, décident de voler un tas de ferraille, puis de se rendre à Pristina pour s’inscrire à l’université. Présentés au festival de Locarno, Le Déserteur de Dani Rosenberg qui nous fait partager 24 heures d’un jeune déserteur israélien et La belle Estate de l’Italienne Laura Lucchetti. Autre film italien, Anna de Marco Amenta nous emmène en Sardaigne où une femme lutte contre un pouvoir plus fort qu’elle. Il y aura aussi le nouveau long métrage tuniso-marocain, Backstage d’Afef Ben Mahmoud et Khalil Benkirane ainsi que un thriller d’ Özcan Alper,  Nuit noire en Anatolie

La Belle Estate de Laura Lucchetti

Pour ceux qui veulent passer une nuit blanche et aiment frissonner, le 27 octobre, La Nuit en enfer avec cinq films dont Inferno de Dario Argento.

Et pour finir en beauté, samedi 28 octobre, après la cérémonie de palmarès, le dernier film de François Truffaut, Vivement dimanche en copie restaurée.

Comme chaque année, à CINEMED, chacun pourra trouver son bonheur parmi tous ces films et rencontrer tous ceux qui les font. Et La fête continue ! (comme le titre du dernier Guédiguian, présenté en avant-première)

ANNIE GAVA

Un hommage

Trente ans que le cinéaste libanais Maroun Bagdadi est mort accidentellement à 43 ans. On pourra voir plusieurs de ses films dont le documentaire Beyrouth ô Beyrouth (1975) ainsi que les fictions  Hors la vie (1990) et La Fille de l’air que présentera Hippolyte Girardot.
Des invité.e.s

Yolande Zauberman,  initiée au cinéma auprès d’Amos Gitaï. signe en 1987 un premier documentaire, sur l’apartheid en Afrique du Sud, Classified People, présenté en copie restaurée. On pourra voir aussi Would You Have Sex With An Arab? qui avait été sélectionné à la Mostra de Venise ainsi que sa première fiction, Moi Ivan, toi Abraham en présence de la cinéaste bien sûr  sans oublier une rencontre publique le 22 octobre à 17h.

Mohammad et Saleh Bakri, père et fils, dignes représentants du cinéma et du théâtre palestiniens seront présents en compagnie de Costa Gavras. Ainsi on pourra voir Hanna K. de Costa Gavras où Mohammad incarne Sélim Bakri, un réfugié palestinien. Son fils, Saleh révélé en 2007 par La Visite de la fanfare d’Eran Kolirin, joue avec son père dans le film d’Annemarie Jacir, Wajib, tourné à Nazareth, qui permet de voir la société palestinienne à travers un regard à la fois intérieur et extérieur. Regards  croisés.
CINEMED
Montpellier
20 au 28 octobre
cinemed.tm.fr

Comment devient-on écrivain ?

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Le texte de l’écrivain belge d’Antoine Wauters se lit comme une bio-graphie, au sens littéral, en ce que l’auteur associe à son existence les vices et vertus des mots, leur rôle vital pour un enfant qui se sent fondamentalement étranger au monde et à lui-même. Dans Le plus court chemin, la prose entremêle événements, grandes pliures d’une vie d’enfant, et saisie éprouvante par les mots, dans la campagne wallonne et ses figures familiales, toujours brossées avec tendresse.

L’auteur cherche, de pages en pages, à capter la racine de son destin d’écrivain et à y rapporter l’ambivalence de l’acte d’écriture : « L’écriture m’a beaucoup donné et elle m’a beaucoup pris. Ce qu’elle m’a donné de meilleur ? Une voie parallèle. Ce qu’elle m’a pris de plus précieux ? La voie principale, celle qui menait aux autres. » De fait, l’état qui précède l’entrée en écriture est un paradis perdu, la source du souffle et de l’inspiration, d’où naissent des mots plus vrais que nature. 

L’écriture ou le musée du plus grand que soi

L’une des clés récurrentes avancées par l’auteur est la conscience vive de ne pas être « un », définitif et saisissable, mais « plusieurs », à la faveur des diverses bifurcations de l’expérience.

Une nostalgie constante attache à la succession des décennies (de 1980 à 1990 surtout) une critique des nouveaux fétiches sociaux : high-tech, grosses voitures, consommation, anonymat, etc., à rebours du monde de l’enfance, authentique, que l’écrivain essaye de retenir par les mots.

Sur le plan formel, des paragraphes sont couchés sur des pages aérées, aux grandes marges, exprimant le silence de l’écriture. À la manière d’un journal intime, d’un carnet de bord, le propos retrace le travail du souvenir, celui de la trace écrite sur le papier, à même de pallier l’épreuve de la dissociation identitaire. Ces courtes séquences, autant d’historiettes, saisissent l’être essentiel de l’auteur, réglé étroitement sur le flux de l’écriture : « Le lieu de l’écriture est ce qui m’est le plus propre. Il arbitre tout ce que je suis, c’est-à-dire aussi tout ce que je ne suis pas et tout ce que je voudrais être. C’est le musée du plus grand que soi. » 

FLORENCE LETHURGEZ

Le plus court chemin, d’Antoine Wauters
Éditions Verdier (Collection jaune) - 19,50 €

Pour que vive Claude McKay

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Kay, lettres à un poète disparu © R.Arnaud

Près d’un siècle après le séjour de Claude McKay dans la cité phocéenne, Marseille continue de célébrer cet auteur touche-à-tout. De son passage à Marseille de 1924 et 1928, entre ses séjours successifs à Harlem, Londres, Moscou, Berlin ou Tanger, Claude McKay avait tiré un récit récemment republié aux Éditions Héliotropismes : Romance in Marseille, écrit en 1933 à Tanger, se déployait dans le quartier de la Fosse. 

« Ce fut un soulagement que d’aller vivre à Marseille parmi des gens à la peau noire ou brune, qui venaient des États-Unis, des Antilles, d’Afrique du Nord et d’Afrique occidentale, et se trouvaient tous rassemblés pour former un groupe chaleureux», écrivait-il au sujet de ce séjour marseillais aujourd’hui immortalisé par un passage jouxtant le Vieux Port. 

Création plurielle

Le poète, musicien et conteur Lamine Diagne s’est déjà adonné à des lectures de Claude McKay lors de la republication de cet opus rare et précieux. Il s’est depuis attelé à la conception d’un spectacle musical intitulé « Kay ! Lettres à un poète disparu ».

Proposée par Les Voies du Chant, cette création s’articule autour de textes de Claude McKay et de Lamine Diagne lui-même, également à l’écriture de la partition musicale. Sur scène, la création visuelle de Matthieu Verdeil, soutenue par la scénographie et l’installation vidéo d’Eric Massua, accueillera ce récit pensé comme une adresse à cet auteur encore méconnu. La contrebasse de Christophe Lincontang, les claviers de Ben Rando, la batterie de Jérémi Martinez et la guitare de Wim Welker s’érigeront comme autant de voix auteur de cette poésie singulière. À ne manquer sous aucun prétexte !

SUZANNE CANESSA

Kay, Lettres à un poète disparu
dans le cadre du festival De Vives Voix 
Le 21 octobre 
Cité de la Musique, Marseille 
festivaldevivesvoix.fr

L’Après M : Get up, stand up

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Le McDonald’s de Saint-Barthélémy, dans les quartiers Nord de Marseille, a été réquisitionné par ses salariés au printemps 2020. S’en est suivi un long conflit avec la multinationale, une intense mobilisation populaire, avec une multitude d’énergies fédérées autour de Kamel Guemari, ancien sous-directeur du restaurant. Son désir : en faire un projet de développement du territoire par et pour les habitants, avec la solidarité pour mot d’ordre. Durant la crise sanitaire, les lieux ont servi de plaque tournante pour un réseau de distribution alimentaire impressionnant, évitant la famine à d’innombrables bénéficiaires. Depuis, L’Après M, racheté par la Ville de Marseille pour permettre  la pérennité du projet,  s’est mué en un « fast social food », avec l’ambition de former et employer ceux qui peinent à trouver du travail, dans un contexte post-pandémie où la précarité explose.

Du burger au gratin

Le proje a mûri. Pour asseoir financièrement l’entreprise, sous forme de SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif), l’équipe n’a jamais hésité à faire appel à de grands noms : L’Ovni, burger gastronomique conçu par le chef étoilé Gérald Passedat, figure au menu, et la crème du hip-hop marseillais y empoigne régulièrement le micro. 

L’ancien temple de la malbouffe fricote aussi avec le gratin culturel de la région ! Mi-octobre, dans le cadre du temps fort Un musée dans la ville, L’Après M « faisait son show » au Mucem : le musée proposait de déguster les fameux Ovnis, en écoutant DJ la Mèche et Bouga, les bénéfices lui étant reversés. 

Le Théâtre Gymnase-Bernardines initie quant à lui  un partenariat autour du stand up. Des dîners-spectacles se tiendront régulièrement dans l’ancien McDo, en entrée libre et sans réservation, pour assister à ces formats comiques très en vogue qui prennent l’auditoire à témoin.

Le 20 octobre, c’est un pro de l’impro, Malik Fares, qui donnera le coup d’envoi. Autour de lui, les humoristes marseillais Moustazon, Clément Dufour, Slimane Kaisa, Alisson et Lila So alterneront les vannes. En parallèle, le partenariat implique une série d’ateliers qui initieront un groupe de personnes à l’écriture et la pratique du stand up.

Coopérer, développer

Nul doute que les habitants du quartier ou les spectateurs venus d’ailleurs se presseront à L’Après M, qui compte sur ces soirées et sur une programmation événementielle de plus en plus dense pour s’assurer une trésorerie et pérenniser les emplois créés depuis sa renaissance sous forme coopérative. Car tout autour, continue de se développer le projet dit « V.I.E », pour Village des Initiatives d’Entraide : un groupement de collectifs en tous genres visant à soulager les plus précaires.

GAËLLE CLOAREC

L'Après M Comedy Club
20 octobre
L'Après M, Marseille
04 91 24 35 24
lestheatres.net

Vrrraimant crayonne encore

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© Luis Almeida

C’est un rendez-vous atypique de l’automne toulonnais, à l’image de Metaxu, la galerie qui l’organise, habituée aux propositions originales. Avec le festival Vrrraimant, c’est à une rencontre entre artistes dessinateurs, musiciens et performeurs que le rendez-vous invite. Du 20 au 22 octobre, la douzième édition prend place dans plusieurs de la ville : dans la galerie hôte, mais aussi sur la place et le passage du Globe. Au programme, neuf dessinateurs et douze musiciens venus de toute l’Europe se rencontrent autour d’un thème : « le papier déchiré », pour une quinzaine de spectacles tout public pendant trois jours. 

« Décoller, morceler, rassembler, […] l’univers artistique développé est celui du papier déchiré. Celui de la découverte des sous-couches, de la rencontre fortuite entre les graphismes, de la pluralité et de la déconstruction incontrôlée. » Voilà comment l’organisation présente le thème de l’édition, que l’on retrouve déjà sur l’affiche – très inspirée – de l’événement signée Frédéric Fleury (présent en 2022 au festival) et Simon de la Porte. 

© marine luszpinski

Pendant trois jours, les artistes sont invités à remplir les murs, notamment ceux de Metaxu qui se transforment en toile géante, avec pour seule consigne la liberté créatrice. Les coups de crayon se mêlent, les couleurs, les fusains, le figuratif, l’abstrait, pour un résultat que l’on découvre chaque année foisonnant de propositions artistiques lointaines, mais enrichies les unes des autres. 

Les invités 2023

Parmi les dessinateurs·ices présent·e·s cette année, on peut citer la Marseillaise Anaïs Michel, qui alterne crayon rouge et bleu, pour un rendu toujours emplit de lumière et de matière. De Toulouse nous vient Aira Maillot, qui enrichit sa pratique artistique de son passé de cuisinière. On citera aussi le dessin sculptural de Julien Fargetton (Lisbonne), ou le trait toujours engagé de Marine Luszpinski. Côté musique, on attend l’électro du Bruxellois AM·AZ, la très loufoque et bien sentie synth-punk-wave d’Arc-en-ciel (Toulouse), ou la folk africaine des locaux du Kamélé Project.  

NICOLAS SANTUCCI

Vrrraimant
Du 20 au 22 octobre
Galerie Metaxu, place et passage du Globe, Toulon
metaxu.fr

Les Héroïnes, c’est nous !

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Nos héroïnes © Lisa Regis

Zebuline: Qu’est-ce que cette notion de participatif, dans le théâtre, pour vous ?

Wilma Lévy : Le mot ne me convient pas particulièrement, c’est un mot « institutionnel » disons. Je préfère dire que je fais du théâtre avec des gens, qui ne sont ni acteurs professionnels, ni amateurs. Pour moi, la création participative c’est proposer à des personnes d’un territoire, habitantes, habitants, de partager une question. Et par le biais du théâtre et de la danse, de discussions, de lectures et de recherches, d’essayer d’en traduire quelque chose sur scène. 

Quelle est la question qui a été partagée pour « Nos Héroïnes » ?

C’est, en partant du postulat que l’Histoire et la société effacent globalement les femmes des scènes de l’Histoire et de la société, la question de savoir avec quels modèles les femmes peuvent se construire en tant que femme. Et corrélée : peut-on essayer de définir ce qu’est une héroïne ?

Qui sont les personnes qui partagent cette question avec vous ?

Une partie habite les quartiers nord de Marseille, parce que le projet est né autour du centre social du Grand Saint-Antoine. Mais on a aussi invité d’autres femmes, à travers les réseaux sociaux, le bouche à oreille, des affichages, à venir avec nous. Donc sur la scène de La Criée, il y a 23 femmes, habitantes du tout Marseille.

Quelles ont été les différentes étapes de travail ?

C’est forcément un processus long. Pour synthétiser, on peut dire qu’il y a eu un temps de rencontre, un temps de recherche et un temps d’écriture. C’est un projet qui a débuté il y a deux ans : la première étape a été de se rencontrer et d’essayer de faire groupe, tout en faisant des exercices pour rentrer dans la « matière » du théâtre et de la danse. Ensuite la question est arrivée, des thématiques ont émergé, il y a eu de l’écriture, des allers-retours, des improvisations. Pour arriver à ce qu’on a là aujourd’hui, c’est-à-dire une écriture plus construite et un spectacle. Toutes les thématiques que le public va entendre sur scène partent des femmes présentes.  

Quelles sont les difficultés particulières liées à ce type de démarche pour vous ?

Essayer de tenir, justement, la « vraie » participation : que chacune ait, à toutes les étapes du projet, le sentiment d’avoir toute sa place, pour elle et pour sa parole. Je pense qu’on n’a pas trop mal réussi, mais c’est une des difficultés de ces projets-là. L’autre, c’est l’absentéisme constant.

Qu’est ce qui va se passer sur scène ?

Vous allez voir ce chœur de femmes qui essaye de répondre à la question de : qu’est-ce qu’une héroïne ? en passant par des portraits d’héroïnes connues, et des récits plus intimes.

Qu’avez-vous envie de transmettre au public à travers ce spectacle ?

Je ne peux pas le dire, le public verra bien ce qu’il veut voir. La seule chose qu’on peut se dire c’est qu’on est parti de la question de « qu’est-ce qu’une héroïne ? », et qu’on en est arrivé au fait que les héroïnes, c’est nous ! 

Entretien réalisé par MARC VOIRY

Nos Héroïnes
écrit et joué par 23 marseillaises
chorégraphie Elisabetta Guttuso 
dramaturgue Jenny Lauro-Mariani 
mise en scène Wilma Lévy
les 20 et 21 octobre
La Criée, Marseille
théâtre-lacriée.com

En Ribambelle ! dixième édition

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Antichambre © Stereoptik

L’année dernière, la 9e édition du festival jeunesse En Ribambelle ! avait failli être l’ultime, faute de financements suffisants. In extremis, les collectivités locales et l’État ont mis la main à la poche pour permettre à cet événement unique en son genre de perdurer. Mais la  période post-Covid n’en finit pas d’être difficile pour les structures culturelles, l’inflation de leurs charges aggravant les choses, « et la situation budgétaire ne va pas s’améliorer », déplore Émilie Robert, directrice du Théâtre Massalia, à l’origine avec La Criée de la seule manifestation rassemblant autant d’acteurs de premier plan sur le territoire des Bouches-du-Rhône, depuis le Mucem à Marseille jusqu’au Comœdia d’Aubagne et La Colonne à Miramas, en passant par le Forum des jeunes et de la culture à Berre-L’Étang. 

Rassurez-vous, la 10e édition aura bien lieu cette année, du 18 octobre au 18 novembre, avec toujours autant de soin accordé à la programmation par quatorze lieux fédérés, et une centaine de représentations proposées au jeune public. « Nous aurions voulu en faire un peu plus pour marquer cette date, mais les difficultés budgétaires et la complexité de coordonner un calendrier commun ne l’ont pas permis. » Ce sera donc un anniversaire à célébrer l’an prochain, si les perspectives s’éclaircissent. La présence de deux nouveaux partenaires parmi les structures accueillantes, l’Office Municipal de la Culture à La Fare-les-Oliviers et Les Bernardines à Marseille, est encourageante !

Une ribambelle de disciplines artistiques

Six mois, c’est vraiment très petit, mais on n’est jamais trop jeune pour apprécier la beauté. Stella Maris, conçu pour les tout-petits par la Cie Digital Samovar, les plongera dans un univers aquatique tout doux et poétique : du théâtre d’objets à savourer le 18 octobre au Théâtre de Fontblanche à Vitrolles. Un chouïa plus matures, ils seront sensibles au jeu de construction visuel et ludique de Tout est chamboulé, par la Cie En attendant (dès 1 an, au Mucem les 22 et 23 octobre et au Massalia les 26 et 27). Ou encore aux arts du geste : Direction le Nord, création 2023 de la Cie Piccola Velocità, leur propose un voyage sur la banquise, la danse permettant d’aborder avec subtilité la régression des glaces sous l’effet du changement climatique (à partir de 18 mois, le 21 octobre au Théâtre de Fos).  

En grandissant, vers quatre ou cinq ans, le théâtre d’ombres produit tout son effet de fascination. Dans L’ombre des choses, du collectif Tangram, elles prennent carrément leur indépendance, se multiplient, jouent les insolentes avec la lumière (29 et 30 octobre au Massalia). Une discipline pratiquée aussi par Moquette Production, tout en humour et délicatesse (le 18 novembre au Théâtre de Fos) : La méthode du Dr Sponjiak vise à assagir une fillette douée pour les sottises. Un succès ? Suspens ! 

Plus grands encore, les enfants de sept ans et plus auront le choix des propositions. Ils se régaleront par exemple avec  Antichambre, un film d’animation construit quasiment en direct par le tandem Stereoptik (à La Criée les 3 et 4 novembre). Gomme à la main, Romain Bermond et Jean-Baptiste Maille dessinent progressivement tout un paysage, support d’une belle histoire d’amour, sur une musique électronique également composée par eux : de quoi donner envie aux artistes en herbe de se lancer à leur tour dans le champ infini de la créativité !

GAËLLE CLOAREC

En Ribambelle !
Du 18 octobre au 18 novembre
Aubagne, Berre-l'Étang, Fos-sur-mer, Istres, La Fare-les-Oliviers, Marseille, Miramas, Port-de-Bouc, Vitrolles
festivalenribambelle.com

Soutenir la création

Cette année, les différents partenaires du festival ont eu à cœur de soutenir plus particulièrement un spectacle, Marjan, le dernier lion d’Afghanistan. Durant l’été 2021, qui a vu le retour des talibans dans leur pays, deux artistes afghans ont été exfiltrés et accueillis dans le sud de la France, où ils ont repris études et vie professionnelle. Abdul Haq Haqjoo et Farhad Yaqubi, tous deux comédiens-marionnettistes, ont élaboré avec la compagnie HdH – Hasards d’Hasards une pièce inspirée d’une histoire vraie, telle qu’elle leur a été racontée par Sher Agha, vieux gardien du zoo de Kaboul. Marjan, le lion, en est le héros, tout autant que la culture afghane, toujours debout malgré les soubresauts de l’Histoire avec un grand « H ».

G.C.

À voir dès 8 ans au Massalia, les 29 et 30 octobre.

Affirmer la culture de paix

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Il est des moments où il faut choisir. Ce que l’on va mettre en Une (rugby ou gazaoui?), quelles manifestations on va soutenir ou interdire, comment on va commenter les événements qui se déroulent et nous bouleversent. Mais choisir de simplifier le réel risque de dénaturer l’avenir. Le Hamas, organisation terroriste longtemps soutenue par Netanyahou pour faire taire l’entreprise de paix portée par l’OLP et la gauche israélienne, terrorise aussi les Gazaouis. Doivent-ils payer les atrocités commises par leur gouvernement terroriste ?  

Pour choisir, en conscience, il faut échapper aux polices de la pensée. En France on interdit les manifestations de soutien aux Palestiniens. La gauche se déchire autour de mots prononcés, de condamnations pas assez fermes, d’un populisme qui établit des parallèles et des oppositions manichéennes, quand il faudrait un peu d’esprit de finesse hérité non des Lumières, mais de Pascal. Une finesse non binaire, qui permettrait de cesser d’opposer le Hamas et la droite extrême israélienne, en omettant de dire qu’ensemble ils ont assassiné toute chance de paix, toute « solution à deux états » défendue par le couple Arafat-Rabin, la gauche israélienne, le Fatah, l’OLP, l’ONU, la France. 

Qui dira qu’on ne peut pas impunément souffler sur les braises et s’offusquer qu’elles flamboient ? 

Le peuple palestinien a besoin de soutien. Les intellectuels et les artistes se taisent, terrorisés d’être soupçonnés d’antisémitisme, d’antisionisme, de naïveté. Mais comment appelle-t-on un gouvernement qui enferme plus de deux millions d’habitants dans quelques kilomètres carrés et coupe tout accès, prive d’eau, de nourriture et d’électricité, puis bombarde, déplace la moitié de la population, et s’apprête à envahir ?  Les enfants de Gaza n’ont-ils pas droit à notre intérêt et à notre compassion comme les enfants d’Israël ? De quoi sont-ils coupables ?

Aujourd’hui, il n’est pas d’autre choix que de sortir des oppositions manichéennes, de cultiver la nuance, de rectifier les oppositions racialistes, nationales ou religieuses. Il n’y a pas le camp des Palestiniens et des Israéliens (dont un cinquième est musulman) mais deux forces qui veulent anéantir leur ennemi, et d’autres qui cherchent à construire la paix. 

La position du gouvernement français à cet égard peut fracturer durablement la cohérence sociale de notre pays, mise à mal en même temps par le meurtre d’un enseignant au nom d’Allah, les amalgames délirants du RN entre tout ce qui consonne arabe et le Hamas. Les extrêmes droites islamistes, israéliennes et françaises ont la même vision de l’avenir : un champ de ruine dont ils seraient les uniques survivants, sans place pour l’autre. La seule alternative réside dans le dialogue, et un soutien acharné à la Culture de Paix.

 Agnès Freschel