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« Last Dance » ouvre Music & Cinema

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Last Dance © Box Production

Qu’est-ce qui fait un « bon » film d’ouverture ? C’est d’abord un bon film bien sûr mais c’est aussi une proposition qui rassemble le public, toutes générations et toutes sensibilités confondues, une luciole parmi d’autres dans ce printemps marseillais. Last Dance de Delphine Lehericey, qui malgré son titre ouvrait le bal du festival Music & Cinema Marseille (MCM) au cinéma Artplexe, était un choix parfait ! Le public ne s’y est pas trompé, qui a applaudi longuement la réalisatrice helvète installée en Belgique.

Last Dance est une comédie sur le deuil, la famille, l’amour, l’art qui ne se contente pas de consoler mais transforme et accomplit la vie. Le film commence d’ailleurs par une madeleine proustienne géante et une réflexion du grand écrivain sur le temps vécu et le temps réécrit.

Entrer dans la danse

À 75 ans, Germain, retraité casanier, perd brutalement Lise sa femme qui se préparait avec passion à un spectacle de danse contemporaine. Fidèle à la promesse mutuelle que les vieux amoureux s’étaient faite d’achever ce que l’autre avait entrepris si la mort l’en empêchait, voilà notre septuagénaire déterminé à remplacer Lise à pied (pas trop levé) dans la troupe de la Ribot. Adopté par le groupe des danseurs, il participe avec opiniâtreté aux répétitions quotidiennes, à l’insu de ses enfants qui le surprotègent jusqu’à l’infantilisation cocasse. Sa double vie génère un comique de situation réjouissant et l’apprentissage chorégraphique maladroit qui le libère corps et âme, est proprement bouleversant.

Le film, à la belle écriture, nous épargne les flashes back, joue sur les équilibres fragiles entre rire et larmes, vie et mort. Germain écrit à sa femme défunte comme tous deux le faisaient au début de leur histoire dans un jeu oulipien et romantique. Orphée allait chercher Eurydice aux enfers grâce à sa lyre, Germain par la danse prolonge les désirs de Lise, la conduit encore un peu dans la vie qu’elle aimait pour assumer un deuil commun.

La réalisatrice affirme que la danse contemporaine « permet une utilisation très démocratique du corps. Comme dans le film Ratatouille (2007), où l’on dit que tout le monde peut cuisiner, elle permet à tout le monde de monter sur scène. » On ne sait pas si tout le monde peut monter sur scène mais, dans le rôle de Germain, sous la houlette de la chorégraphe Maria Ribot (Lion d’Or à Venise en 2020 pour l’ensemble de sa carrière) qui joue ici, à merveille, son propre rôle et signe toutes les chorégraphies du film, la performance de François Berléand est remarquable.

Last Dance but not least… le festival MCM déploie sa programmation jusqu’à samedi.

ÉLISE PADOVANI

Le film sera sur les écrans en septembre.

Brut de campagne

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L'été des charognes © Emilie Heidsieck

Hubert Colas ne se souvient plus qui, de Thierry Raynaud ou de lui, a lu le premier L’été des charognes. Toujours est-il que l’ouvrage paru en 2017 a autant marqué le metteur en scène que celui qui deviendra l’acteur unique de l’adaptation au théâtre de ce premier roman de Simon Johannin. Ce dernier commencera par être invité au festival actoral pour une lecture de son livre, puis en résidence d’écriture à La cômerie avant de s’installer à Marseille. « J’ai trouvé une écriture forte et vive dont l’originalité et l’oralité sont extrêmement puissantes. Et surtout un rapport à la littérature assez brut, presque charnel, avec une espèce d’innocence et à la fois sans complaisance sur l’état d’une certaine jeunesse dans la ruralité. Un choc littéraire passionnant », résume Hubert Colas.

Rudesse des mots
L’été des charognes est l’histoire d’une famille rurale très modeste vivant à l’écart d’un village et dont le plus jeune des fils est le narrateur très cru. Le récit hyper-réaliste du quotidien d’une jeunesse où les rapports, qu’ils soient entre humains, avec les animaux ou la nature, s’expriment avec une brutalité naturelle et sans jugement. Derrière la rudesse des mots et des situations peut se dégager une certaine sensualité. Sans être un récit initiatique, l’ouvrage est traversé de premières expériences, de découvertes qui mèneront le personnage principal de l’enfance au début de l’âge adulte. Apparaît alors un regard sur le monde évolutif, à la maturité grandissante, qui confère au roman une portée intemporelle voire universelle.
Pour sa mise en scène, Hubert Colas a pu s’appuyer sur le langage « très paysager, presque cinématographique » du texte afin d’« inventer un espace qui permet de figurer l’imaginaire ». S’il travaille sur l’image en utilisant notamment la vidéo, il mise davantage sur « la capacité de l’interprète à créer une oralité et sur celle du spectateur à écouter une écriture » que sur un décor réaliste pour « traduire l’espace presque naturaliste qui est le paysage du roman ».

LUDOVIC TOMAS

L’été des charognes Mise en scène Hubert Colas
Du 23 au 26 mars
Théâtre des Calanques, Marseille

Un auteur dans l’actualité

Après avoir obtenu le prix littéraire de la Vocation en 2017, L’été des charognes (éditions Allia) fait l’objet d’une adaptation en bande dessinée par Sylvain Bordesoules à paraître prochainement. Simon Johannin publiera quant à lui son deuxième roman au mois de mai sous le titre Le dialogue. Le même mois, il sera également à la rédaction artistique d’If, la revue des arts et des écritures contemporaines dirigée par Hubert Colas.

« Rencontre, partage et création » : la règle de trois de Music & Cinema

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Ciné-concer, master class, clôture 2022 © Leila Macaire

Zébuline. En 2022, le festival Music & Cinema s’est déroulé au cinéma l’Artplexe, un unique lieu pour mieux accueillir invités et public. Qu’en est-il cette année ?

Gaëlle  Rodeville. C’est le même concept, on souhaite conserver cette proximité. Notre Q.G. sera là et le théâtre de l’Odéon, le Conservatoire et la brasserie Le Blum sont mis à notre disposition. Mais on a fait des partenariats avec d’autres salles comme le Gyptis et le Videodrome2. 

Music & Cinema, ce sont des rencontres, des invités d’honneur, les traditionnels programmes « Accords en duo », « Ostinato », des cartes blanches, des master class… Quels sont les rendez-vous exceptionnels de cette édition ?

On essaie de créer chaque année de nouvelles catégories, mais tout est important ! Ce qui est exceptionnel, depuis qu’on est à Marseille, c’est la venue d’équipes de films avec parfois plus de dix personnes. Par exemple, pour La Nuit du verre d’eau, présenté en avant première, [le 28 mars à 19 h], il y aura Nathalie Baye, Pierre Rochefort, le réalisateur Carlos Chahine, les deux productrices… On aura donc des rencontres plus importantes entre les équipes et le public.

Gaëlle Rodeville © A.G

Il y a aussi les compétitions. Combien avez-vous reçu de films cette année ? Comment se présente cette cuvée 2023 ? 

Ça a été plus compliqué que d’habitude. En terme de propositions artistiques, la cuvée des courts métrages a été moins bonne. D’habitude on travaille toujours à partir de la compétition courte pour fabriquer les programmations parallèles. Des Nuits du court, par exemple. Cette année, on n’a pas pu le faire parce qu’on n’avait pas suffisamment de films de qualité, selon nos critères. Ou plutôt on en avait, mais que des films français, et l’idée, pour un festival international, c’est plutôt de proposer une diversité culturelle. Pour les Ciné-gourmands, ces rendez-vous de 45 minutes entre midi et deux, destinés à ceux qui travaillent, j’avais espéré pouvoir les faire avec ce qu’on avait de nouveau. Mais cela n’a pas été possible. On a reçu entre 1600 et 1800 courts et pour les longs, on a doublé les candidatures spontanées avec 500 films. On en a retenu dix. 

Si vous aviez trois mots à associer à l’édition 2023 ?

Ce serait rencontre, partage et création. Et ce dernier volet, il nous tient particulièrement à cœur. Comme avec Captures d’audace, qu’on va proposer le 29 mars et qui place le public au cœur d’une performance. Ce dispositif est né pendant le confinement sous l’impulsion du jazzman Charles Papasoff et de la cinéaste Marie-Hélène Panisset au Canada. D’abord, c’était très basique : des musiciens faisaient des captations en studio, puis des concerts sans la scène. Après le confinement, les artistes remontent sur scène et la capture d’audace évolue. La création dans les théâtres et salles de cinéma devient interactive avec le public. Il s’y agrège d’autres disciplines artistiques. Pour celle spécialement créée à l’occasion de ce festival, des musiciens venus du Canada rencontreront trois musiciens d’origine marseillaise. Ensemble ils vont créer ce concert-spectacle qui sera filmé, mis dans une capsule, puis diffusée dans un circuit télévisuel et cinématographique. Ce sont des moments magiques de création que seuls les festivals peuvent offrir en live.

Quel est le film d’ouverture ? 

Il s’agit de Last Dance de Delphine Lehericey, où un retraité interprété avec virtuosité par François Berléand perd sa femme et, parce qu’il le lui a promis, termine ce qu’elle avait entrepris. Un film qui part du deuil pour parler de la vie, et qui n’est pas du tout triste !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ÉLISE PADOVANI ET ANNIE GAVA 

Music & Cinema
Du 27 mars au 1er avril
Divers lieux, Marseille
music-cinema.com

L’ImpruDanse : Draguignan sous haute tension

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Batsheva - Momo © Ascaf

Pour le lancement de sa 7e édition, le festival L’ImpruDanse a choisi de voyager en compagnie de Guy Delahaye qui dévoile une série de travaux inédits en noir et blanc et, fait rarissime, en couleur. Celui qui se définit avant tout comme un « artisan de la photographie » a sélectionné quelques instants de rencontres magiques avec les figures internationales qu’il côtoie depuis plus de cinquante ans : Pina Bausch, Carolyn Carlson, Jean-Claude Gallotta… Un écrin de danse photographique pour une programmation volontairement ouverte aux expressions les plus diverses. 

Du mouvement
À commencer par celle poétique et engagée de Florence Bernard qui, dans Je suis tigre, plonge deux jeunes adolescents dans un univers textuel, acrobatique, théâtral et chorégraphique pour sensibiliser les plus jeunes à un sujet brûlant : l’exil. Celle éclectique et vibrionnante de Nacim Battou dont la partition collective Dividus a fait l’effet d’une tornade à Avignon l’été dernier en affirmant haut et fort la nécessité d’un art vivant même si tout disparaît… Celle acrobatique et ludique de Pierre Rigal qui, fidèle à son écriture millimétrée, entrechoque les performances de neuf interprètes pris au piège du Hasard et de ses failles dans un jeu de dés ambigu ! Celle pulsionnelle et explosive de Fouad Boussouf avec sa pièce Näss (Les Gens), exclusivement masculine, qui puise sa force dans l’expression individuelle et collective, dans l’énergie transcendée. Celle théâtrale et envoûtante de Rosalba Torres Guerrero et Koen Augustijnen issus des célèbres Ballets C de la B, inspirée des chants de lamentation grecs appelés « miroloï ». Dans leur Lamenta, ils associent chants traditionnels et danse contemporaine dans une écriture volontairement plus abstraite que de coutume pour évoquer le départ, la disparition, l’absence. Comme un nouveau rituel cathartique. 

Dividus – Nacim Battou © Thomas Bohl

Le clou du festival est sans conteste la création inédite de la Batsheva Dance Company, Momo, présentée à Draguignan avant La Villette à Paris dans le cadre du hors les murs de Chaillot ! Une soirée exceptionnelle qui affichait déjà complet avant que Théâtres en Dracénie ne propose la projection du film documentaire Mr Gaga, sur les pas de Ohad Naharin de Tomer Heymann qui a ouvert les festivités le 7 mars dernier.  

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

L’ImpruDanse
Jusqu’au 1er avril
Théâtres en Dracénie, Draguignan
04 94 50 59 59
theatresendracenie.com

La sourde oreille

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La musique classique n’a décidément pas le public qu’elle mérite … Et les huées récoltées par l’orchestre national de Lyon le 17 mars dernier ont de quoi en scandaliser plus d’un. Bien plus fréquente chez les fanatiques d’opéra que dans toute autre discipline artistique, cette pratique d’un autre âge, mobilisée quasi-exclusivement à l’égard de cet art pourtant si exigeant a de quoi étonner. Ces cris de rage et autres interpellations ne succédaient pourtant pas, ce soir-là, à une prestation jugée insuffisante ou, comme c’est malheureusement trop souvent l’usage, à des choix radicaux de mise en scène. Non : elles n’avaient pour but que de sanctionner un communiqué pourtant très mesuré lu par le bassoniste François Apap, rappelant la difficulté et la pénibilité d’un parcours de musicien, et la nécessité de ne pas renverser un système de retraites déjà fragile pour ces métiers. 

« Ferme ta gueule et joue »

La première de Carmen à l’Opéra de Marseille s’était ouverte le mois dernier sur des invectives similaires. « Ferme ta gueule et joue », et autres « on est ici pour la musique, rien d’autre ! » émanaient d’un parterre mécontent de devoir attendre quelques minutes de plus avant d’assister au spectacle. Maintenir ces représentations coûteuses et ambitieuses, à l’heure où les journées de mobilisation aboutissent à de nombreuses annulations, ne suffit pas à calmer la rage de ce public-là. Oublie-t-il, ou méconnaît-il, la réalité et la pénibilité de ces métiers ? Que sait-il des difficultés économiques sans précédent rencontrés par le secteur culturel ? Peut-être s’en moque-t-il, lui qui, dans sa grande majorité, touche déjà une retraite à laquelle la génération suivante n’aura peut-être pas accès. Peut-être ne sait-il pas que l’inflation et surtout les coupes budgétaires opérées par les institutions fragilisent plus que jamais les arts et le spectacle vivant. Ou peut-être choisit-il, pour son bon plaisir qui n’honore pas les œuvres qu’il prétend aimer, de faire une fois de plus la sourde oreille.

SUZANNE CANESSA

« Le Capitaine Volkonogov s’est échappé », les fautes de nos pairs

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Il en aura fallu, du temps, pour que Le Capitaine Volkonogov s’est échappé trouve le chemin des salles. Écrit et achevé bien avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce troisième long-métrage co-réalisé par Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov en semble pourtant, d’une certaine façon, annonciateur. Tourné en pleine épidémie de Covid-19 avec le soutien du ministère de la Culture, salué à la Mostra de Venise en 2021, il n’est cependant jamais sorti en Russie depuis. Il a même valu à ses deux réalisateurs un exil prolongé en Azerbaïdjan.

Récit des grandes purges staliniennes, Le Capitaine Volkonogov s’est échappé ne se présente cependant pas comme un documentaire à charge sur cette année sombre où près de 750 000 citoyens soviétiques furent assassinés par le NKVD. Sans rien occulter de la violence à l’œuvre, le couple Merkoulova-Tchoupov recourt cependant à une esthétique et à un ton empruntés au conte et à la satire, dans la droite lignée de leur précédent long-métrage, L’Homme qui a surpris tout le monde, sorti en 2018. D’aucuns leur ont reproché ce goût de l’onirisme, qui sait faire cohabiter le grotesque et le tragique pour mieux dire le réel. D’autres verront dans cette réalisation au cordeau, maîtrisée de bout en bout, des emprunts au meilleur du thriller télévisuel, où le couple a déjà fait ses preuves – sur les acclamés Call-Center et Anna K. Mais il faudrait bien de la mauvaise foi pour accuser Le Capitaine Volkonogov s’est échappé d’esthétiser sa violence, ou de céder à des facilités de mise en scène.

On plonge donc tête la première dans une Russie de 1938 cauchemardesque, quelque peu altérée dans son imaginaire : costumes plus proches des années 1980, grain de l’image évoquant les années 2000… Le climat, paranoïaque à souhait, évoque bien d’autres époques, et bien d’autres grands films. Il est surtout propice à une résonnance entre ces différents chapitres sombres de l’Histoire de la Russie, et d’ailleurs. Le magistral Yuriy Borisov, déjà aperçu, entre autres, chez Kirill Serebrennikov, prête ses traits anguleux et sa présence monstre à Fedor Volkonogov. Ce bourreau qui, après avoir dispensé ses services au NKVD, se voit à son tour poursuivi pour des faits de trahison fantaisistes, et contraint à une fuite vers sa possible rédemption. Mais la faute semble, ici comme ailleurs, décidément insoluble.

SUZANNE CANESSA

Le Capitaine Volkonogov s’est échappé de Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov

En salle le 29 mars

« Je verrai toujours vos visages », le pouvoir des liens

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« Je ne suis pas très douée pour montrer du doigt tout ce qui ne va pas. Ce qui m’anime, c’est de montrer ce qui marche. » Cette confidence, lâchée au fil d’une rencontre avec la réalisatrice Jeanne Herry, résume à elle seule l’originalité et la force de ce cinéma décidément singulier. Héritier d’un certain cinéma social, soucieux de montrer les marges, leurs rouages et les petits miracles qui s’y nichent, il emprunte également ses intrigues, sa force narrative et son sens du symbole au genre policier.

Porté par une direction d’acteurs millimétrée, Je verrai toujours vos visages se révèle tout aussi efficace et puissant que Pupille, son précédent long-métrage, sorti il y a cinq ans. On retrouve d’ailleursplusieurs acteurs et actrices déjà présents dans Pupille : Élodie Bouchez, de moins en moins rare (et c’est tant mieux !) ; Gilles Lellouche, de nouveau sollicité pour mettre à mal sa virilité naturelle ; et évidemment Miou-Miou, mère de la scénariste et réalisatrice, sur une partition plus délicate. La distribution est ici carrément superlative : Adèle Exarchopoulos, Jean-Pierre Darroussin, Leïla Bekhti, Denis Podalydès et Fred Testot complètent ce casting cinq étoiles, en compagnie de nouveaux venus plus que prometteurs. Soit Suliane Brahim, Dali Benssalah ou encore Birane Ba, tous plus talentueux les uns que les autres.

Le tout pourrait cependant sonner bien faux. Après s’être, avec Pupille, intéressée aux mécanismes de l’adoption en y scrutant chaque étape (accouchement sous X, aide sociale à l’enfance …) c’est aux rouages de la justice restaurative que Je verrai toujours vos visages s’intéresse. On y croise des victimes de violences et des auteurs d’infractions, confrontés les uns aux autres par des dispositifs propices à de beaux échanges. Délinquants, criminels, victimes se rencontrent sous le regard et la supervision d’interlocuteurs attentifs pour comprendre, apprendre et grandir. Casse-gueule, le dispositif fonctionne cependant à pleins tubes. Il faut dire que la réalisatrice est, de son propre aveu, « passionnée avant tout par le lien : par ceux qui les nouent, les défont … Par leur effritement mais aussi par leur renforcement. C’est vraiment tout ce qui m’intéresse. »Et cela se voit.

SUZANNE CANESSA

Je verrai toujours vos visages, de Jeanne Herry

En salle le 29 mars

Le film a été présenté en avant-première au cinéma Le Cézanne à Aix-en-Provence, et suivi d’une rencontre avec son équipe.

Un melting-pot musical à Correns

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MBURU concert donné au Chantier
Concert MBURU © DR

« Buru », c’est le pain en wolof mais aussi la tête, le sommet en basque… La multiplicité des traductions possibles contribue à la richesse du terme dont aucune signification n’est vraiment choisie par le quartet formé autour de Pape Amath N’diaye, alias Paamath, en résidence d’enregistrement au Chantier de Correns. Chacun des musiciens vient d’un univers différent : Paamath (guitare, chant, compositions) s’inspire de ses racines sénégalaises, Jean-Paul Raffit (guitares électriques, compositions), fondateur de l’Orchestre de Chambre d’Hôte développe un son original venu principalement du jazz, Isabelle Bagur (flûte traversière) est une musicienne classique qui a été soliste à la Kamerata d’Athènes, enfin, Eliot Saour est comédien, mais se livre avec brio à l’art de la Beat Box. 

Lors de la présentation/entretien qui précède rituellement les concerts proposés par le Chantier, Frank Tenaille, directeur artistique de cette structure, centre de création des nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde, insistait sur le métissage inhérent à cette formation. « L’important, c’est l’émotion produite, sourit Paamath, le langage que j’emploie dans mes chansons est assez intraduisible, il est forgé à partir des sonorités du wolof et de la langue des Pyrénées. Ce dialecte imaginaire laisse parfois naître des bribes de sens, mais l’essentiel est de transmettre l’informulé, ce qui nous touche au-delà des mots. Cette langue inventée distille des sentiments qui la plupart du temps ne sont pas habillés de mots significatifs et ici ils sont enveloppés dans un orbe poétique de sens. » 

Conteur fantastique

La voix du chanteur peint des paysages tandis que la musique de Jean-Paul Raffit invite les mots à une « valse du fond des temps », incandescente. Les musiques traditionnelles, le jazz, le blues, un brin de choro, le classique et le beatbox, offrent un écrin subtil à cette performance sensible. Ces musiques se tissent, s’écoutent, trouvent de nouvelles et poignantes harmonies sans jamais se perdre, ni se dévoyer. Un hymne à la richesse de l’humanité profondément émouvant car il nous dit que s’entendre et s’écouter est possible, sans se renier. Le superbe Chant de la Terre se pose sur l’amples nappes sonores, on se retrouve au fil de l’eau, on danse sur les crètes des notes, on rit avec la démonstration cocasse d’Eliot Saour et son irrépressible beat box. Un texte est cependant formulé en wolof et en français, le poème de Birago Diop, Le chant des rameurs, (« J’ai demandé souvent / Écoutant la Clameur / D’où venait l’âpre Chant / Le doux chant des Rameurs »). Paamath, outre son recours au chant, est un conteur fantastique, que ce soit en une langue compréhensible ou pas, ses attitudes, ses poses sont celles d’un narrateur éloquent que l’on se plaît à écouter, dans ses élans, ses arrêts, ses accélérations, ses murmures. Une pépite ! 

Le CD qui portera le nom MBURU sortira en décembre, une très belle idée de cadeau !

MARYVONNE COLOMBANI

Mburu a donné son concert le 17 mars au Chantier, à Correns. 

+ de genres, c’est aussi pour les ados 

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Anima © Nicolas Martinez Châteauvallon-Libetré

Zébuline. Votre dernière création Anima aborde la question de l’identité de genre avec une adresse particulière au public préadolescent. Quels messages, quel propos voulez-vous transmettre à travers cette pièce ?

Christian Ubl. Le cheminement de l’identité est confus quand on est adolescent. On essaie plein de choses, on se cherche, on est tenté par différents styles vestimentaires… Une partie de la jeune génération se revendique genderfluid (la fluidité du genre, ndlr), c’est-à-dire ni d’un genre ni de l’autre. Un désaccord peut exister entre son corps, ses désirs, son image, ses sentiments profonds. Anima propose de communiquer ensemble autour de ces questions, pour trouver sa place dans les questionnements identitaires quand on n’est pas toujours à l’aise dans ses baskets. La pièce prône la confiance en soi pour transcender la tolérance. Elle défend l’idée qu’il faut être ouvert et curieux même si l’apparence est différente de ce à quoi on est habitués. Elle montre aussi que le regard de l’autre est plutôt bienveillant. Qu’il faut favoriser la rencontre et ne pas agir de manière catégorique ou en fonction de la famille dans lequel on a grandi ou de ses fréquentations. 

Ces questions étant beaucoup plus abordées aujourd’hui, on sait qu’elles peuvent provoquer des drames. Est-ce une des raisons qui vous a conduit à aborder cette thématique ?
Beaucoup de choses se passent, se révèlent sur la toile et les réseaux sociaux. Elles sont donc plus visibles aujourd’hui qu’il y a quinze ans mais cela reste un sujet délicat. Les transformations qui s’engagent pendant l’adolescence, les situations excluantes ou les drames qui existent m’ont convaincu qu’il fallait que cela remonte à la surface et essayer de créer un terrain de jeu pour en parler, pour poser des mots et non pas évacuer le sujet. Dans le spectacle, on entend des messages audios inspirés de témoignages en ligne. C’est un spectacle festif, joyeux et encourageant.

La dimension musicale et vocale est aussi importante. Que vient-elle apporter à l’expression chorégraphique ?

La voix fait partie de l’expression du corps. A l’adolescence, la tonalité change. C’est aussi un médium pour témoigner ou pour brouiller les pistes. Quant à l’utilisation de chants anciens avec des musiques plus pop, cela permet un grand écart. 

Quand on s’adresse à un public jeune sur un tel sujet, se fixe-t-on des limites, des interdits ?

L’enjeu était de pousser la thématique et à la fois de ne pas aller trop loin. Si le sujet n’est pas lié à la sexualité mais à l’identité, on voulait tout de même montrer des corps tels qu’ils sont. C’est pour cela que les danseurs portent des combinaisons chair intégrales qui montre la différence des formes et en même temps des corps asexués. Cela s’adresse aux préadolescents donc ce n’est pas non plus tout lisse. Plus ces thématiques sont cloisonnées, plus elles restent « communautaires ».

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS

Anima, de Christian Ubl
22 mars
Klap Maison de la danse, Marseille

Aflam souffle ses dix bougies  

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Voilà déjà dix ans que le festival Aflam célèbre le cinéma des pays arabes, de toutes les régions et de tous les genres imaginables. À commencer par la Syrie et un de ses plus illustres représentants dans le domaine du documentaire : Omar Amiralay, décédé peu avant l’avènement du Printemps arabe. La plupart de ses œuvres sont projetées les 21 et 22 mars au Videodrome 2, dont Il y a tant de choses à raconter et Pas un jour de violence ordinaire, mon ami. Ce dernier étant dédié à son ami Michel Seurat, mort sur la route de Beyrouth après neuf mois de séquestration.

Les réalisatrices Rania Stephan et Hala Alabdalla célèbrent elles aussi ce cinéaste le temps d’une table ronde donnée au Mucem. L’écrivaine Samar Yazbek, également contrainte à quitter la Syrie après s’être prononcée contre Bachar el-Assad, sera aussi évoquée. Leurs films respectifs Le champ des mots. Conversation avec Samar Yazbeket Omar Amiralay la douleur, le temps, le silencey sont projetés les 19 et 20 mars.

Une reine et un pirate
De nombreuses avant-premières vont permettre aux spectateurs de rencontrer les nouvelles voix de ce cinéma foisonnant. Damien Ounouri et Adila Bendimerad présentent notamment La dernière reine, coproduction française, saoudienne, qatarie et taïwanaise dédiée à Zaphira, reine d’Alger confrontée au marin Barberousse. On retrouve au casting, hormis Bendimerad elle-même dans le rôle-titre, Nadia Terezkiewicz et Dali Benssalah. Le 24 mars, place au franco-tunisio-palestinien Alam, en présence une fois de plus de son réalisateur Firas Khoury au cinéma La Baleine. Fiction qui promet, sous ses faux-airs de chronique amoureuse adolescente, de soulever des questions éminemment politiques.

Rendez-vous ensuite au Gyptis, le 25 mars, pour découvrir Soula, fille-mère abandonnée de tous à laquelle le réalisateur Salah Issaad prête sa voix et son regard. En clôture du festival, Dirty, Difficult, Dangerous de Wissam Charaf,chronique amoureuse entre un réfugié syrien et une femme de ménage éthiopienne en plein Beyrouth, est projetée le 26 mars aux Variétés.

Outre ces avant-premières engageantes, le festival propose également une sélection destinée à la jeunesse : onze films projetés au Mucem du 17 au 23 mars, dont de nombreux courts-métrages, mais aussi une double séance à 10 heures, le 24 mars au Videodrome 2, consacrée aux LGBTQIA+ au Liban. 

SUZANNE CANESSA

Aflam
Du 17 au 26 mars 
Divers lieux, Marseille
aflam.fr