Ce week-end, la Friche la Belle de Mai était en fête. Et pour cause, « La Smala de Marseille » prenait ses quartiers pour deux soirées de musique, de danse, mais surtout de partage. Initié par la compagnie Accrorap en collaboration avec La Society, le rendez-vous a débuté vendredi soir avec une conversation dansée, avant de se poursuivre samedi avec des concerts, un bal méditerranéen et, surtout, une performance chorégraphique, temps fort de la programmation. Une création née de trois années de travail menées par Kader Attou et sa compagnie Accrorap. De la Tunisie au Maroc, en passant par la Grèce, l’Égypte, Chypre ou encore l’Algérie, des ateliers chorégraphiques ont été menés. De ces laboratoires sont nées des pastilles chorégraphiques. Mais ce n’était pas suffisant. Il fallait faire se rencontrer ces jeunes artistes de différentes « constellations », ces femmes et ces hommes qui, chacun à leur endroit, dansaient. Alors, accompagné par Sophie Bulbuyan, Kader Attou les a réunis pendant une semaine à Marseille. À la Friche la Belle de Mai, ces quelques jours de travail collectif ont provoqué de nouveaux points de rencontre et fait naître une performance inédite…
« Ce n’est pas un spectacle »
Sur le Petit Plateau, la performance commence, et des sonorités graves s’élèvent. Apparaît alors un corps difficile à percevoir. Les jeux de lumières ne permettent pas de distinguer de visage. Seulement un corps qui se meut dans l’espace. Seul. S’ensuivent des gestes saccadés, comme une urgence à dire, à danser, à partager. Kader Attou l’avait précisé en introduction : « ce n’est pas simplement un spectacle, ni une performance artistique, c’est une rencontre, une expérience collective et un moment de partage ». Si le premier tableau laisse place à un solo dansé, le groupe n’est jamais très loin. Tout au long de la performance, les gestes et les pas des danseur·euses se répondent, comme si les uns avaient besoin des autres. Pourtant, dans le même temps les singularités de chacun·e rayonnent. Sur le rythme des percussions, les corps réagissent instantanément ensemble, portés par la musique live, véritable moteur du mouvement. Les ambiances musicales sont changeantes. À certains moments, on pourrait presque croire être dans un club de techno berlinois, tandis qu’à d’autres comme égarés dans une forêt. Autant d’ambiances que d’histoires, de pays, et de singularités…
Un langage commun
Puis la danse s’arrête, pour laisser place à une pastille vidéo. L’occasion pour les artistes de partager quelques mots sur le projet : « Nous venons de différentes rives, des villes, des pays séparés par la Méditerranée. Depuis toujours, la Méditerranée fait circuler les savoirs, les langues, les histoires, les cultures. Un geste n’a pas de passeport. Il n’a pas de rives… » Dans un monde qui construit de plus en plus de frontières, La Smala de Marseille fait le choix de les dépasser et de créer un langage commun.
CARLA LORANG
Le spectacle a été joué le 19 septembre
Friche la Belle de Mai, Marseille








