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Revoir l’Avare

Jérôme Deschamps s’empare de Molière avec justesse et mélancolie

En juin 2019, le public de l’Opéra de Montpellier découvrait, lors du Printemps des comédiens, un Bourgeois Gentilhomme onirique et opulent créé à l’Opéra Comédie. Revenu sur ce plateau pour y camper un autre archétype made in Molière, Jérôme Deschamps valivrer cependant une lecture bien moins lumineuse de L’Avare. On retrouve certes les motifs et obsessions chères au metteur en scène : les rôles travestis ou très bouffes d’Yves Robin, ou encore improvisations joliment boulevardières de Lorella Cravotta en Frosine ou de Bénédicte Choisnet, fringante Élise ; la bonhommie de Vincent Debost en Maître Jacques ou de Fred Epaud dans les rôles d’Anselme et de Brindavoine. Le goût pour le mélange des tons est à nouveau ce qui fonctionne le mieux dans cette distribution unissant le tragique excessif, et donc hilarant, d’Aurore Lévy dans le rôle de Marianne ou même de l’outré Cléante de Stanislas Roquette.
Sans oublier la méchanceté et la folie qui semblent guetter Valère, qui devient, sous les traits de l’impressionnant Geert Van Herwijnen, l’un des personnages les plus fascinants de la pièce, là où tant d’autres l’auront simplement dépeint comme un pleutre, ou un arriviste. 

Désamour familial
Ce joyeux mélange de tons laisse tout le loisir à Jérôme Deschamps camper, sur un mode de jeu qui ne semble appartenir qu’à lui, cet Harpagon plus décalé que réellement cruel. Pourtant Harpagon n’a ici plus rien de l’émerveillé Monsieur Jourdain ; les costumes de Macha Makeïeff sont élégamment outrés et colorés, mais le décor demeure vide, au grand dam de comédiens heureusement aptes à faire entendre leur voix sur les larges plateaux d’opéra. Un certain malaise s’installe dans cette chronique de désamour et de petites trahisons familiales, que la gaieté de la scène finale ne balayera jamais complètement. L’austérité demeure, sous les oripeaux de la comédie, un bien triste programme, et Harpagon un bien triste sire.

SUZANNE CANESSA

L’Avare
Du 14 au 16 mars
Opéra Comédie, Montpellier,
dans le cadre de la saison du Domaine d’O
Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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