Deux adolescents jouent à se poursuivre dans les rues dune ville et se retrouvent dans une manifestation. On est en Cisjordanie occupée, en 1988. Affrontements, tirs. L’un des deux, Noor (Muhammad Abed Elrahman) est à terre. En gros plan, regard caméra, une femme, visage ravagé : « Vous devez vous demander ce qu’on fait là. Vous ne savez pas grand-chose de nous. Ce n’est pas grave ! Je ne vous fis pas de reproches. Je voudrais vous raconter qui est mon fils. Mais pour bien comprendre, vous devez savoir ce qui est arrivé à son grand –père. » C’est ainsi que commence Ce qu’il reste de nous, le nouveau film de Cherien Dabis, inspiré par son histoire familiale qui est aussi celle du peuple palestinien
En 1948, Salim, une dizaine d’années, vit à Jaffa, Palestine, avec sa famille dans une maison cossue où il fait bon vivre. Salim adore jouer avec son père qui lui apprend des poèmes. Mais des bombardements se rapprochent et le nord de Jaffa est évacué. Rester ou partir ? La décision est prise : la mère, Munira, (Maria Zreik ) partira avec les enfants, comme des milliers d’autres Palestiniens. Un exode massif. L’état d’Israël est fondé et Jaffa est sous contrôle du nouvel état. L’orangeraie est confisquée, le père arrêté, frappé, envoyé dans un camp de travaux forcés.
1978 : la famille vit dans un camp de réfugiés, en Cisjordanie occupée. Salim est instituteur ; son père fait des crises de somnambulisme, a des problèmes cardiaques, et son fils Noor, lui reproche d’être lâche. Car lors d’un contrôle, braqué par des soldats israéliens qui l’ont mis à terre, insulté, il n’a pas réagi, craignant qu’ils ne s’en prennent à son fils. Une scène d’humiliation bouleversante où Noor se rend compte que son père, son héros, ne peut pas le protéger.
1988, on se retrouve en pleine intifada : Noor est gravement blessé…et des choix vont s’imposer à Salim et sa femme, Hanan…
C’est à travers cette saga en trois époques auxquelles s’ajoute un épilogue en 2022, que Cherien Dabis nous raconte, au-delà de l’histoire de cette famille , le drame de tout un peuple. « Je voulais faire un film qui soit une lettre d’amour à mon peuple. Pour la première fois, on voit une famille palestinienne endurer ce qui nous est arrivé depuis 1948. ».
C’est Mohammad Bakri, acteur et cinéaste palestinien, disparu fin 2025, qui incarne Sharif en 1978. son fils Adam Bakri interprète Sharif en 1948. Un autre fils, Saleh Bakri joue le rôle de Salim : quant à Cherien Dabis, elle incarne Hanan, la mère de Noor. Un casting familial qui renforce le côté personnel et intime de ce film qui interroge aussi la relation entre le grand-père, le père et le fils.
Dans une mise en scène classique, ce film qui évoque 70 ans d’Histoire, à travers un regard palestinien est un film nécessaire, que beaucoup devraient voir.
Annie Gava
Ce qu’il reste de nous sort en salles le 11 mars








