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LITTLE TROUBLE GIRLS : De voix et de chair

Présenté en 2025 à la Berlinale Section Perpectives, Little Trouble Girls, premier long métrage de la réalisatrice slovène Urs ̌ka Djukic ́, est un film d’apprentissage et d’émancipation féminine

C’est d’abord, avant toute image, un écran noir et une respiration off qui connecte une voix à des corps. Ceux des jeunes filles de la chorale d’un lycée catholique. Puis la représentation stylisée en gros plan d’une blessure du Christ, tirée d’un livre de prières du XIVè siècle, semblable à une vulve géante, comme une origine du monde anticipée et involontaire. Avant de glisser sur des lèvres des choristes et une prière chuchotée. Le film annonce d’emblée ses thèmes et sa grammaire : le chant comme une élévation spirituelle venue du plus profond du corps, l’opposition et la continuité, la métaphore à filer, le resserrement du cadre qui dirige notre regard de spectateur et celui de la protagoniste.

Elle, c’est Lucia (Jara Sofija Ostan) aussi lumineuse que son prénom, visage de Madone qui ne laisse guère exulter les émotions Issue d’une famille religieuse dont deux scènes suffiront à faire comprendre l’étroitesse de vue. Réservée, introvertie, taciturne, 16 ans, pas encore réglée, Julia vient d’intégrer la chorale scolaire dirigée par un homme. Elle se lie avec Ana Maria (Mina Svager) extravertie, effrontée, facétieuse, populaire. Un double inversé de Julia. Un stage intensif de préparation à un concert isolera le groupe pour trois jours et trois nuits dans un couvent loin de la ville. Dans ce lieu circonscrit, en ce temps limité, peut s’opérer le basculement initiatique de Julia vers une prise de conscience de son corps et de ses désirs.

Depuis les fenêtres, dans l’entrebâillement d’une porte, du haut d’un pont, cachée derrière les arbres. Julia regarde. Le corps d’Ana Maria, le grain de beauté près de son nombril, le visage de pierre de la Vierge, un chat, un olivier, les maçons, le corps nu de l’un d’eux sortant de la rivière -un virgin gaze qui fleure le péché et génère la honte.

Un travail choral

Le cloître est en chantier, une échelle a cassé la main de la statue de la Vierge, il fait chaud et les instincts naturels de Julia contredisent la morale apprise. Les fleurs géantes envahissent les plans, tels des tableaux de Georgia O’Keeffe. Entre filles, on parle « librement » de sexe mais en riant et en chuchotant ? On fanfaronne un peu, on joue au jeu vérité/action et plus profondément au jeu trouble des désirs inconscients, inavoués. Julia est toujours un peu absente. Trouver sa voix-voie dans le groupe. Écrire sa propre partition intérieure. Contre les tabous et les injonctions. La jeune fille n’est pas une rebelle mais il ne faut pas se fier à sa douceur : elle ne mangera plus de raisins verts amers pour expier ses « péchés » : la dernière séquence nous la montrera dégustant des grains bien rouges qu’on devine bien doux.

Si la réalisatrice suit les règles du genre du film d’apprentissage, elle y apporte une touche originale et beaucoup de « tendresse » dira-t-elle. Son chef opérateur Lev Predan Kowarski excelle à enluminer les plans, et le travail choral est parfaitement restitué. Peu à peu, on partage le vertige de Lucia au bord des parapets de sa jeune vie. Les symboles peuvent paraître parfois un peu appuyés, mais ils sont l’occasion de scènes très belles à l’instar de celle où les Religieuses chantent une ancienne prière italienne dans une grotte et sous une cascade.

Après La Vie sexuelle de Mamie, un court-métrage très remarqué, Urška Djukićlivre avec Little Trouble Girl – dont le titre est celui d’un morceau de Sonic Youth, un premier film très prometteur.

ELISE PADOVANI

Little Trouble Girls de Urška Djukić

Prix FIPRESCI Berlin 2025

En salle le 11 mars

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