Au départ il y a un essai. Celui de la journaliste Lauren Malka, intitulé Mangeuses, dans lequel elle s’intéresse aux injonctions et aux diktats que subissent les femmes sur leurs conduites alimentaires. Depuis la mode et les années 1970 ? Certainement pas, la journaliste remonte plus loin, peut-être même jusqu’à Ève et sa fameuse pomme.
Avec Les Femmes ont faim, sur les murs du Centre photo Marseille, Anna Leonte Loron a donc choisi de montrer en grand des femmes qui mangent à pleines dents. Une succession de clichés argentiques grands formats souvent réalisés à Marseille, aux couleurs saturées, et à la gourmandise assumée. « Des femmes qui mangent pour leur propre plaisir » explique la photographe.
Il y a des fesses aussi, sur une planche-contact tirée en très grand (1,60m du 2m). 36 poses, 36 culs, ou plutôt des « miches », des « figues », des « prunes », autant de mots pour désigner le sexe ou les formes féminines qui deviendraient d’appétissantes gourmandises – surtout si les femmes se privent de ces dernières – explique dans son cartel la photographe.
Une histoire de degré
Dans une scénographie à la teinte rose poudrée, l’artiste convoque aussi la publicité des années 1970 dans un vieux tube cathodique, ou des photos d’archives, et des anecdotes personnelles, mordantes. Un accrochage généreux, vibrant, fouillé, souvent éclatant. Mais en souhaitant représenter des femmes « qui mangent pour leur propre plaisir », l’accointance assumée avec les codes de la mode – qui n’est certainement pas irresponsable de l’imaginaire que souhaite déconstruire l’artiste – peut jeter un trouble. En photographie argentique couleur, un seul degré de plus ou de moins lors du développement peut altérer les couleurs du négatif. Un seul degré de plus ou de moins peut aussi altérer la lecture d’une exposition. Au visiteur de choisir la bonne température.
NICOLAS SANTUCCI
Les femmes ont faim
Jusqu’au 21 mars
Centre photo Marseille
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