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« J’ai tout perdu, sauf mon art », au Mucem une conférence sur la résilience palestinienne

Au Mucem, un colloque sur le sumud (« résilience ») des artistes palestiniens

Comment le monde artistique fait-il face à l’anéantissement de Gaza ? Le 21 mai, débutait au Mucem un colloque sur ce thème, organisé par le collectif Maan for Gaza Artists et le département de la recherche et de l’enseignement du musée. Pas sans remous, le Crif Marseille-Provence ayant appelé à un rassemblement pour protester et réclamer qu’un même type d’événement soit organisé pour Israël, par souci « d’équité ». Une conception de l’équité saumâtre, pour les militants pro-Palestine qui leur faisaient face devant le bâtiment.

Foin des cris et slogans, dans l’auditorium Germaine Tillon, l’ambiance était studieuse et concentrée, durant l’après-midi consacrée au rôle des artistes en temps de guerre. Autour de la modératrice Kahena Sanaâ, trois témoins rescapés de Gaza : Maisara Baroud, Maha Al-Daya et Mustafa Mohanna. Tous ont créé pour documenter l’horreur de ce génocide, mais aussi la résistance du peuple palestinien, le fameux « sumud », mot signifiant résilience, ténacité, persévérance.

« En tant qu’artiste, disait Maisara Baroud, on ressent exactement la même chose que n’importe quel autre citoyen. Simplement, en ce qui me concerne, j’ai tout perdu, sauf la passion pour mon art. » Ses dessins en noir et blanc, juxtaposés avec des photographies terrifiantes de quartiers rasés, corps sous linceul, mères en deuil, ont puissamment remué l’assistance, pourtant avertie. Sa consœur Maha Al-Daya a choisi l’art ancestral de la broderie pour réaliser des cartes de la bande de Gaza, commencées à même la toile de tente de son exil. Le sculpteur Mustafa Mohanna, lui, a travaillé aussi longtemps qu’il a pu avec les enfants gazaouis. Il a fini son allocution par un hommage terrible à ceux d’entre eux qui sont morts depuis.

Christine Cadot, politologue à Paris 8, a alors pris la parole avec beaucoup de pudeur, pour déplorer l’absence de réaction internationale : « Ce n’est pas par la force du droit que certains demeurent en vie, mais parce que les bombes ne sont pas encore tombées sur leur maison ».

GAËLLE CLOAREC

Conférence donnée le 21 mai au Mucem, Marseille.

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