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« Tous les spectacles sont de la création contextuelle » : entretien avec Fabienne Aulagnier, directrice des Rencontres à l’Échelle

Les Rencontres à l’Échelle proposent une édition exceptionnelle qui met en lumière la création méditerranéenne et les artistes en exil. Entretien avec leur nouvelle directrice Fabienne Aulagnier

Zébuline. Vous avez pris la direction des Rencontres à l’échelle l’an dernier, une manifestation créé par Julie Kretzschmar il y a 22 ans, et avez programmé cette 21e édition…
Fabienne Aulagnier
. Oui, quand Julie Kretzschmar a été nommée commissaire de la Saison Méditerranée, elle m’a demandé de reprendre la direction jusqu’à la fin de sa mission, fin 2027.

Votre direction est donc provisoire ?
Nous en discutons ! Nous nous connaissons depuis longtemps, j’ai été directrice de production à Lieux Publics pendant 15 ans, jusqu’en 2017. Mais j’ai commencé ma carrière dans l’humanitaire, au Mali et en Palestine, et j’ai un lien très personnel avec l’Afrique, une attention particulière aux artistes qui viennent de pays en guerre, ou y vivent. Aux populations déplacées, où la question de l’art se pose différemment.

Les Rencontres à l’échelle cette année sont associées à la Saison Méditerranée. Elles sont plus étoffées, et se concentrent sur cet espace…
Oui. La Saison Méditerranée soutient cette édition, ce qui nous permet de présenter 11 spectacles, performances ou lectures, pour 25 rendez-vous. Dont 4 créations 2026. Quant à l’espace méditerranéen, il n’est pas exclusif, nous allons continuer à travailler avec l’Afrique, les pays du Sud… La spécificité de cette édition tient aussi à l’association avec Dream City Tunis, qui est co-programmateur de cette édition, avec des spectacles qui sont aussi programmés pour leur biennale à Tunis. C’est un tournant fort dans l’histoire des Rencontres à l’échelle, et un changement appelé à durer.

Cette année les artistes viennent de Tunisie, du Liban, d’Égypte, d’Afghanistan, de Palestine… et de Marseille ! Avec une attention particulière aux artistes nouvellement arrivés dans la ville et qui tentent de s’y installer. Comme Abdul Haq Haqjoo, un artiste qui travaillait sur les marionnettes afghanes, et qui est arrivé avec un programme Pause [Programme national d’accueil en urgence des scientifiques et artistes en exil, ndlr] à Marseille, et présente sa création Une larme échappée des fleuves afghans, nourrie de ce trajet. Ou Nadim Bahsoun, qui est libanais mais a surtout travaillé en Belgique comme danseur, et qui propose ici sa première mise en scène Cis-tem error, sur la transmission familiale en contexte post-colonial.

Vous proposez des spectacles mais aussi des lectures, des sorties de résidences… Les Bancs publics, qui organisent ce festival, restent-ils une structure de production et d’accompagnement d’artistes ? `
Oui, et c’est important. Le fait qu’on soit basés à la Friche nous permet d’organiser des résidences d’artistes, souvent dans leurs premières phases de création.

Et de les programmer durant les Rencontres ?
Oui, des rencontres à diverses échelles.

D’où le titre du festival…
Tout à fait ! Ainsi Christelle Saez et Mohamed Hatem n’ont pas encore de production et présentent une première rencontre avec l’œuvre. Peut-être que I can’t tell you everything deviendra un documentaire, peut-être un spectacle, ils ne savent pas encore. Pour Waël Ali, Prova est déjà en production, mais il ressent le besoin à ce stade, avant de figer son spectacle, fondé sur des entretiens avec des prisonniers Syriens dans les années 1980, de le tester en public.

Quelle est l’orientation des créations que vous présentez cette année ? L’essentiel des formes est théâtral, est-ce volontaire ?
Je dirais que c’est le fait du hasard, mais je n’en suis pas sûre ! Nous programmons des arts de la scène en général, mais cette prépondérance du théâtre vient sans doute de l’intérêt actuel des créateurs méditerranéens à travailler sur la question de la langue, du plurilinguisme, de l’hétérolinguisme, de la traduction au plateau.

En fait, tous les spectacles sont de la création contextuelle. Avec Sofiane Ouissi, le directeur de Dream City Tunis, nous avons à cœur de travailler cela, la création contextuelle. C’est-à-dire pas seulement la création en espace public, mais des œuvres liées au contexte du lieu où elles apparaissent.

Elles sont donc différentes à Tunis et à Marseille ?
Parfois, oui. Pour Dignity, Chokri Ben Chikha a travaillé à Tunis sur les conséquences du pacte migratoire franco-tunisien dans la société tunisienne. Il l’a créé à Tunis, mais à Marseille il le recrée à partir des expositions coloniales à Marseille de 1906 et 1922, des corps exposés dans les zoos humains. Une re-création contextuelle, donc.

Aujourd’hui, en Méditerranée, la question des archives coloniales, souvent invisibilisées, se pose dans les œuvres de nombreux artistes contextuels. Dans Prova, Waël Ali voulait parler de la Syrie, reléguée en arrière-plan de l’actualité. Il est parti de la musique, des cassettes, des traces, des archives d’il y a 40 ans. En se posant la question de la sauvegarde de la création et des mémoires.

Et le spectacle d’ouverture ?

Adeline Rosenstein est une artiste belge qui travaille sur la question de la Palestine depuis toujours. Aujourd’hui elle est passée en mode urgence, elle décrit la réalité palestinienne et distribue un mode d’emploi aux spectateurs. Une feuille de salle, pour qu’eux aussi puissent être actifs et parler de ce Ravage tout court palestinien. C’est à LaMAM [ex-Théâtre Toursky, ndlr], le 2 juin, suivi d’une soirée sur la Palestine.

ENTRETIEN REALISE PAR AGNÈS FRESCHEL

Rencontres à l’Échelle
Du 2 au 13 juin
La Friche, Théâtre Joliette, LaMAM, Musée d’Histoire de Marseille

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