Zébuline :Votre parabole se situe sur les toits de Seine-Saint Denis, qui abritent des antennes paraboliques pointées vers un lieu lointain. Quelles sont les personnes qui ont participé à cette création ?
Rébecca Chaillon : C’est un spectacle en co-création avec Céline Champinot, la metteuse en scène. On compose aussi beaucoup les choses avec Élisa Monteil la créatrice son et Camille Riquier qui est la scénographe Elles travaillent avec moi depuis longtemps.
Les acteurices sont des personnes que j’ai auditionnées, pro et non professionnelles, qui avaient l’urgence de parler sur un plateau. Qui avaient un vécu autour de la survie, de par leur racisation, leur genre, leur orientation sexuelle, leur corps gros, ou bien marqué par la traversée de cancers, de transidentités… Je voulais que ces expériences vécues dans leur quotidien les désignent aussi comme de potentielles expertes de la survie à venir. Contre le fascisme qui vient.
Un des critères, c’était d’avoir un vécu dans le 93. Un territoire hyper criminalisé, hyper stigmatisé, dans lequel les gens projettent toutes sortes d’idées violentes, ont su y développer des stratégies.
On sent que la Parabole du semeur est au cœur de cette création…
La Parabole du semeur d’Octavia Butler est effectivement un point moteur, mais ce n’est pas du tout une adaptation. Elle est la première à m’avoir mis dans le corps le fait qu’on allait devoir se préparer. La personnage qui prend conscience qu’elle va devoir faire un sac de survie à 14 ans m’a fortement marquée. Je me suis dit : « Y’a quoi dans mon sac à moi ? » Ce qu’il y a dans ce sac, c’est le cœur du spectacle. Puis comme le fait Butler dans son livre, j’avais envie de questionner la croyance, de me demander sur quelle foi m’appuyer pour créer une utopie politique ou poétique. Où créer du désir.
Je pense à Meg Elison, qui est une meuf grosse, pas noire, ou Roxanne Gay, qui mettent en jeu des histoires de corps gros, dans des situations de survie, qui arrivent à creuser dans ce qui fait peur, ce qui est violent et y mettre du désir.
Quelle place avez-vous choisi de donner au corps gros dans cette création du désir, cette utopie politique ?
C’est nouveau pour moi, pas de me nommer grosse, mais de vouloir en faire quelque chose. Loulie Houmed qui est une des interprètes, qui est activiste anti-grossophobie, dit que le corps gros est toujours considéré comme un corps éphémère. Comme une responsabilité.
Dans le groupe tout le monde ne se définissait pas encore comme gros. Mais il y a un truc avec leur identité, du fait qu’ils ont déjà dû développer des stratégies autour de ça, par le rire, la séduction. Et ceux qui sont vus comme gros de toute façon ont dû se battre, individuellement et inter-personnellement avec cette culpabilité qu’on leur fait porter.
En termes de soins et d’adaptation, Loulie a animé des ateliers autour de la grossophobie pour l’équipe. Et notamment grâce à Róise Goan, la dramaturge, directrice du festival de Dublin, avec qui j’ai eu la chance de travailler et qui est concernée, on a pu mettre en place entre 5 à 10% de sièges adaptés pour les personnes grosses, et s’assurer que les lieux qui nous accueillent préviennent aussi en cas d’impossibilité d’accès.
Comment avez-vous vécu la création de ce spectacle ?
Rébecca Chaillon : C’est le seum, c’est un spectacle un peu triste [rire] par rapport à d’habitude ! Mais j’’espère que les gens vont pouvoir y voir de la lumière et, j’espère réussir à ajouter un peu de sassiness, de piquant. C’était une création douloureuse pour moi. Je ne me suis pas autant amusée que d’habitude et je pense qu’il faut que je retrouve un peu de mordant !
Entretien réalisé par NEMO TURBANT
La Parabole du Seum
Du 4 au 12 juillet
Cloître des Célestins
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