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Forêts endormies et portes ouvertes

À LUMA Arles, un nouveau cycle d’expositions transforme le site des Ateliers en un parcours immersif entre art, mémoires et métamorphoses du monde

Un vent brûlant traverse les rues d’Arles en ce début juillet. C’est avec un véritable bonheur, teinté d’éco-anxiété, que l’on rejoint LUMA, refuge de fraîcheur installé sur l’ancienne friche industrielle du Parc des Ateliers pour le deuxième volet de son nouveau cycle d’expositions.

Première halte avec Amanat, La Forêt sacrée, de l’artiste ouzbèke Saodat Ismailova, dont le travail explore les mémoires enfouies d’Asie centrale. Le film qui donne son titre à l’exposition suit trois générations d’hommes dans une forêt. Lorsqu’ils s’endorment, leurs songes se confondent, abolissant les frontières du temps. Des matelas sont disposés dans la salle afin que chacun puisse s’allonger et se laisser porter par cette lente dérive. Le mot amanat, issu de l’arabe amanah, signifie « confiance », mais renvoie aussi à l’idée d’un héritage confié aux générations futures.

La forêt traverse plusieurs œuvres de l’exposition. Dans Seven Sleepers, Saodat Ismailova revisite la légende des Sept Dormants, ces jeunes croyants réfugiés dans une grotte pour fuir les persécutions avant de se réveiller plusieurs siècles plus tard. Avec Sharshar, elle filme une cascade sacrée à différents moments de l’année, révélant un paysage où le temps semble suspendu. L’artiste célèbre une nature que le pouvoir soviétique a longtemps tenté de domestiquer, à l’image du tigre de Turan, aujourd’hui disparu, mais dont la mémoire persiste.

En immersion avec Patti

La visite se poursuit vers l’un des temps forts de ce nouveau cycle : Correspondences, installation monumentale conçue par le Soundwalk Collective avec Patti Smith, qui investit la Grande Halle.

Patti Smith elle-même était présente pour accompagner les premiers visiteurs. Présentée pour la première fois en Europe, son œuvre immersive réunit huit films réalisés entre 2023 et 2026, auxquels s’ajoutent plusieurs créations produites par LUMA Arles et tournées sur le territoire camarguais.

Il s’agit, explique l’artiste, de constituer l’archive sensible d’un monde en train de disparaître, peuplé de traces fragiles. Une œuvre hantée par l’absence autant que par la présence, rythmée par la scansion envoûtante de la poétesse.

Rimbaud et Artaud traversaient déjà une précédente exposition du collectif au Centre Pompidou en 2022. A l’instar de ses modèles, l’artiste se pose elle-même en voyante capable d’ouvrir d’autres perceptions du monde. À l’issue de la visite, quelques mots sont échangés autour de la place des femmes dans la création. Patti Smith s’en réjouit : les artistes femmes occupent aujourd’hui une visibilité nouvelle. Malgré les tentatives de retour en arrière portées par les courants conservateurs américains, elle reste confiante. « Les femmes ont désormais mis un pied dans la porte », sourit-elle. Et cette porte, assure-t-elle, ne se refermera plus.

À voir également Bodies Never Lie de Stan Douglas à la Mécanique Générale, Offprint Arles au Magasin Electrique et Diane Arbus : Constellation/ Redux à l’auditorium de la Tour.

ISABELLE RAINALDI

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