En 2018, Kegham Djeghalian Junior découvre trois boîtes de négatifs oubliées dans un placard de la maison familiale, au Caire. À l’intérieur, les archives de son grand-père, le photographe Kegham Djeghalian Senior. Un héritage qui devient Photo Kegham de Gaza, une archive inachevablemais aussi matière à raconter Gaza autrement. Après une première présentation en 2021, l’exposition est accueillie jusqu’au 12 septembre au Centre photographique de Marseille, dans le cadre de la Saison Méditerranée. Labellisée par les Rencontres d’Arles et le Printemps de l’Art contemporain, elle retrace quatre décennies d’histoire palestinienne, des années 1940 aux années 1970. À travers ces archives, Kegham Jr compose une historiographie alternative de Gaza et ses habitant·es.
Raconter Gaza
Les murs blancs du Centre photographique laissent place à une grande mosaïque d’images en noir et blanc. Portraits, mariages, scènes de baignade, fêtes de famille, camps de réfugiés ou encore visites officielles composent une large fresque de la ville et de ses habitant·es. Toutes ces photographies ont un point commun : elles sont issues du studio Photo Kegham. Rescapé du génocide arménien, son fondateur, Kegham Djeghalian Sr, s’installe à Gaza, où il fonde en 1944 Photo Kegham, le premier studio photographique professionnel de la ville.
Rapidement, l’homme devient une figure incontournable de la photographie locale. Derrière son objectif défilent des milliers de Gazaouis, mais aussi le quotidien d’une ville marquée par les transformations. Ses photographies traversent une période ponctuée par le mandat britannique, l’administration égyptienne, la Nakba de 1948 puis l’occupation israélienne. Pas de légende, ni de mention de dates. Son petit-fils, Kegham Jr, défend l’idée d’une unmade archive, une archive ouverte, inachevée, qui laisse une place aux récits et aux mémoires individuelles.
Un héritage fragile
En laissant transparaître des fragments de Gaza et des Gazaoui·es, chaque photographie raconte une histoire. Force est de constater que l’héritage laissé est aujourd’hui lacunaire, tant de nombreuses images ont en grande partie disparu. En octobre 2023, lors des bombardements sur Gaza, près de 90 % des archives conservées sur place ont été détruites. Parmi les victimes figure également Marwan Al-Tarazi, qui avait jusque-là préservé une grande partie des clichés de Kegham. Au sein de l’exposition, l’installation Zoom Call rassemble des captures d’écran réalisées lors d’un échange entre Le Caire et Gaza en janvier 2021. Devenues les seuls vestiges, elles témoignent d’une mémoire incomplète et profondément fragile.
CARLA LORANG
Photo Kegham de Gaza, une archive inachevable
Jusqu’au 12 septembre
Centre Photographique de Marseille
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