D’un petit poste de radio posé à même le sol, s’élève la voix de la metteuse en scène Katie Mitchells. Elle appelle à ce que Hamlet cesse d’être autant monté sur scène. « J’en ai marre de voir des pièces à propos d’hommes dépressifs, violents et misogynes », dit-elle. Ben Duke, harnaché à un mur de cartons, se contorsionne pour éteindre le poste. Il est Hamlet, monument de la culture britannique, ce qu’il prouve en récitant à froid le fameux « Être ou ne pas être »… « comme ça c’est fait », dit-il.
Il est, explique-t-il, dans une situation compliquée, car les institutions ont décidé de ne plus financer de mise en scène d’Hamlet, à l’exception de celle-ci, qui devra se monter avec un budget restreint. C’est donc sa dernière chance de prouver sa supposée « pertinence actuelle ».
Petit budget oblige, il ne partage pas la scène avec d’autres comédiens, mais avec des peluches qu’il sort une à une des cartons empilés derrière lui : une grosse oie pour Gertrude, un serpent pour Claudius, une loutre pour Ophélie. Il sera demandé à certain·es spectateurices de lire le texte à la place de ce casting peu loquace…
Il y a quelque chose
Duke se balade de version en adaptation, vêtu d’une grenouillère du Roi Lion (sans doute une des œuvres les plus célèbres inspirées d’Hamlet) auquel il fait de nombreuses références sous le rire du public. Plusieurs cadres spatio-temporels cohabitent ; la famille du Danemark est à la fois royauté et famille moderne qui dansent sur Only you et font des retraites spirituelles. Tout cela sans jamais briser la mise en abime initiale. La crédibilité de l’univers ainsi créé est plus que ténue, mais tient grâce à une écriture à l’humour pince-sans-rire qui embrasse l’absurde, et à la possible folie d’Hamlet.
The Last Hamlet est autant une lettre d’amour à Hamlet et à la beauté de la langue shakespearienne, qu’une concession aux critiques contemporaines faites à la pièce, un hommage à son caractère universel et une satire de celui-ci. Sans que cela ne soit réellement contradictoire… jusqu’à la fin alternative.
CHLOÉ MACAIRE
The Last Hamlet
Jusqu’au 24 juillet
Cloître des Célestins, Avignon
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