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Dans les chambres du Château

Château populaire, programme du festival donné le 4 août au Château de l’Emperi, a déployé des trésors de musicalité et de partage

Le Festival de musique de chambre de Salon de Provence existe depuis 34 ans. Il a été fondé par de très grands virtuoses, Éric le Sage, Paul Meyer et Emmanuel Pahud, qui aiment à jouer ensemble, à inviter des musiciens complices, de jeunes virtuoses, de jeunes ensembles, à se joindre à eux, pour partager, entre eux et avec le public les plus belles pages du répertoire chambriste. En toute simplicité et générosité, les concerts au Château de l’Empéri et de l’Abbaye de Sainte Croix permettent de ressentir l’exceptionnel partage que nécessite la musique de chambre. À quelques mètres du public, sur une scène triangulaire d’où le son direct se déploie à merveille, les solistes sont à vue, à découvert, offerts. Leurs regards, les départs, le souffle qu’ils prennent ensemble avant d’aborder les mouvements les plus virtuoses, la concentration, toute différente, qu’ils partagent avant d’entamer les plus intimes et douloureux, tout cela se voit et s’éprouve, comme une vibration qui envahit le public et faire taire jusqu’aux cigales de la cour d’honneur du château médiéval. Ajoutez à cela des feuilles de salle détaillées, qui permettent à chacun·e de comprendre le programme et donne d’excellents repères d’écoute, et vous aurez posé le cadre d’un festival qui a enchainé trois concerts exceptionnels par jour, du 1e au 9 aout.

Le programme proposé le 4 août, Château populaire, commençait par De Falla et se concluait par l’octuor du jeune Mendelsson. Avec pour fil rouge l’inspiration puisée par les compositeurs dans les chansons populaires. La musique dite savante (comme si les musiques populaires ne savaient pas) n’a pas attendu la globalisation des échanges et la circulation des enregistrements pour s’inspirer des mélodies, des rythmes et des dynamiques des musiques populaires.

Les Canciones populares de Manuel de Falla (1925) font voyager dans les provinces espagnoles. Jouées en trio par divers instruments, leur adaptation pour violon (Daishin Kashimoto), contrebasse (Olivier Thierry) et marimba (Ria Ideta) était parfois surprenante, mais sublime dans Asturianas, petit bijou d’émotion pure, où le marimba donnait à la basse continue une couleur boisée étonnante…

Le Quatuor pour flûte et cordes de Mozart, joué debout, a permis une fois de plus d’admirer les phrasés si élégants d’Emmanuel Pahud, avançant avec une simplicité d’évidence, celle de la maitrise, dans ces mouvements si exigeants, accompagné sans faillir par Maja Avramović (violon), Paul Zientara (alto) et Claudio Bohórquez (violoncelle).

Mais c’est le Quintette pour clarinette et cordes de Weber qui offrit le plus beau moment de la première partie : la clarinette de Paul Meyer répondit au Quatuor Integra, dont l’unité sonore, la fougue, la précision, la communion, s’était mise à l’écoute du soliste, qui le leur rendait bien. Le clarinettiste a entrainé le quatuor japonais (Kyoka Misawa et Rintaro Kikuno (violons), Itsuki Yamamoto (alto) et Ye Un Park (violoncelle)) à une allure folle de l’Allegro au Rondo final, épuisant, en passant par la beauté altière de la Fantasia.

Feu d’artifice et calvacade

Au second acte entrait en scène Vassily Chmykov. La réputation du jeune violoniste français (27 ans), né et formé à Monaco, n’est déjà plus à faire. Son son naturelllement ample et profond, sa technique hallucinante, son sens du phrasé apparurent dès les premières notes de la Sarabande d’Halvorsen sur le thème de Haendel, rendu célèbre par Barry Lyndon. Tricotant avec l’altiste Paul Zientara un festival de questions/réponses, reprises et variations, chants contrariés à deux voix concurrentes ou complices, ces 10 minutes sans interruption furent un véritable feu d’artifice.

Dans l’Octuor de Mendelssohn, il dirigeait parfaitement le quatuor Integra auxquels s’étaient adjoints Daishin Kashimoto, Paul Zientara et Claudio Bohórquez. Composé juste un siècle avant les canciones de De Falla, l’Octuor est une pièce de jeunesse à l’écriture très complexe – chacune des huit parties est indépendante- et très impressionnante en concert, parce que les huit solistes sont confrontés à des unissons soudains, des contrechants décalés, des mini fugues, des tempis changeants et fougueux qui exigent une attention de tous les instants et un sens exceptionnel des équilibres sonores entre les interprètes. Pièce de jeunesse, pas toujours passionnante dans son discours, son exécution publique reste un exploit de chaque instant. Applaudi comme il se doit débout, parce que les exploits musicaux épatent aussi ceux qui les reçoivent.

 AGNÈS FRESCHEL

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