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Hip Hop Non Stop : La Ville dit stop

Financé majoritairement par la Ville de Marseille, le festival Hip Hop Non Stop a vu ses subventions brutalement coupées au début de l’été, et a du annuler son édition 2026. La direction du festival dénonce un dialogue complexe avec la Ville, mais garde espoir pour 2027

Ce 31 juillet sur le Vieux Port, le Rat Luciano, Rim K, ou Don Choa enflamment la scène flottante, face à la mairie de Marseille, et face à une foule composée de milliers de Marseillais et de touristes mélangés. La ferveur des images fait vite le tour des réseaux sociaux, et Marseille se voit une fois encore en capitale incontestée du rap en France. Pourtant, quelques jours plus tôt, la Ville venait de saborder un des rendez-vous qui maillaient l’année hip-hop marseillaise, Hip Hop Non Stop. Une coupe sèche et tardive des subventions pour un événement qui prônait la gratuité, l’émergence et la parité dans sa programmation depuis 2021. Plusieurs semaines après l’annonce de cette annulation, Urban Prod, l’association organisatrice, explique à Zébuline n’avoir toujours pas reçu d’explications concrètes sur les raisons de cette décision. 

La sixième édition de HHNS devait se tenir du 10 au 13 septembre, avec comme chaque année, un parcours dans plusieurs lieux de Marseille, principalement du centre ville et des quartiers Nord. Des concerts de rap, mais aussi de la danse, et du graff, le plus souvent portés par des jeunes talents et collectifs de Marseille et sa proche région. Mais cette promesse tenait grâce au soutien de la Ville, qui en assurait presque exclusivement le financement. Pour un budget de 145 000 €, 120 000 était abondé par la mairie centrale et plusieurs mairies de secteur (1/7, 2/3, 4/5 et 6/8). 

Après les élections, cette même architecture devait être reconduite dans les grandes lignes pour l’édition 2026. « On a fait une réunion avec toutes les mairies concernées en mai. Toutes sont présentes, à l’exception de la mairie des 2/3, qui ne vient pas. Quant à la mairie centrale, elle affiche son soutien a priori », explique Cédric Claquin, directeur adjoint de l’association Urban Prod. 

Le vote de la subvention est prévu quelques semaines plus tard, le 26 juin, mais Cédric Claquin affirme n’avoir plus aucune nouvelle de la mairie, malgré ses relances. C’est finalement le 15 juillet qu’on lui indique que la subvention a été retirée du vote. Le sort de l’édition 2026 est scellé, malgré une programmation déjà largement ficelée. 

Allô Mairie 

En privé, on lui indique que la mairie « se pose des questions » sur le modèle économique original de cet événement, qui repose à la fois sur des subventions de la mairie centrale et des marchés des mairies de secteur. Original peut-être, mais rien d’illégal assure Cédric Claquin. 

En public, les raisons de ce retrait sont différentes. Après l’annonce de l’annulation de l’édition 2026 par Hip Hop Non Stop sur les réseaux sociaux, la presse demande une réaction à la Ville, qui se contente d’un communiqué de presse nébuleux. Il y est notamment écrit que « comme à chaque début de mandature, les politiques publiques sont réévaluées afin de répondre aux nouvelles priorités fixées par la municipalité. Cette démarche conduit à faire évoluer les dispositifs de soutien : certains projets arrivent à leur terme, tandis que de nouvelles initiatives émergent pour accompagner les transformations du paysage culturel marseillais. Ou, plus loin, que « cette décision s’inscrit dans une volonté de réorienter les politiques en faveur des cultures urbaines afin de leur donner un nouvel élan ». 

« Une réponse lénifiante dans la novlangue politique » tacle Cédric Claquin, pour qui le communiqué n’est que du « bullshit, qui donne les mauvaises raisons ». Pour lui, une des raisons est la défiance que porte la mairie centrale pour cet événement, lancé en début de première mandature par les mairies de secteur, et qu’elle ne contrôle donc pas, n’impulse pas. 

Depuis le coup de fil du 15 juillet, Cédric Claquin n’a presque plus eu aucun contact avec la mairie, sinon une promesse de rendez-vous à la rentrée, déjà repoussé une fois. C’est d’ailleurs en lisantla presse, qui relaie le communiqué de la Ville, qu’il apprend que la mairie s’engage à payer les sommes déjà engagées. « Ce qu’en privé on ne m’avait pas confirmé », explique-t-il. Côté mairie, on joue du scratch, et le même communiqué paru dans la presse quelques semaines plus tôt est envoyé à Zébuline. Aucun élu ne prendra la parole jusqu’au moment où l’on écrit article. 

Non stop ? 

Reste que les nombreux messages de soutien reçus par Urban Prod les invitent à ne pas baisser les bras, et n’excluent pas un retour en 2027. « Même si la Ville dit que “certains projets sont arrivés à leur terme”, nous on n’est pas arrivé à notre terme ! », poursuit Cédric Claquin, qui a déjà quelques idées pour le futur : « On a un espace de mutualisation pour faire un truc, peut-être qu’en 2027, on peut arriver groupé à la mairie, et leur demander s’ils sont intéressés par le hip-hop ? » 

NICOLAS SANTUCCI


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