mercredi 28 octobre 2026
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
cliquez sur l'image pour en savoir plusspot_img
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Cliquez sur l'image pour vous abonnerspot_img
AccueilÀ la UneTrio Malqa : la transe et le chaos au GMEM 

Trio Malqa : la transe et le chaos au GMEM 

Invité par le GMEM à Marseille, ce trio inclassable fusionne musique électroacoustique et traditionnelle arabe au service d’un récit sur la guerre

Le petit plateau de la Friche la Belle de Mai est plongé dans le noir. On entend des pierres qui roulent, des coques de noix qui s’entrechoquent. Puis la voix de Kamilya Jubran, parlée, hachée, comme en apnée, décrit un monde dévasté. Née à Saint-Jean-d’Acre, la chanteuse et oudiste d’origine palestinienne n’a pas besoin de nommer le lieu de l’action. Les phrases sont jetées : « Nul n’échappe à la tourmente », « pas un seul juge dans l’univers ». 

Les deux autres compères du trio Malqa peuvent entrer en scène. L’électronique d’Éric Brochard par lelancement d’une sonnerie stridente, presque insupportable. Loïc Guénin, bruiteur inspiré – il est aussi le fondateur du Phare à lucioles, centre de création artistique dans le Vaucluse –, en continuant à faire rouler des pierres, si emblématiques du combat palestinien. Le texte continue par salves : « pierres hachées, fer pilé, arbres arrachés, montagnes fondues, lamentations d’oliviers, vieillards éplorés, sources empoisonnées, corps accablés ». Des chants-plaintes et des bourdonnements d’insectes s’élèvent. Jubran chante en arabe parmi le vent, les drones, les lasers, les voix en écho. La mélopée monte au-delà du brouhaha, avant de se muer en cris et en hurlements. Les bulldozers, c’est en tout cas, ce que l’on perçoit, ne s’arrêtent jamais.

« Que ferez vous… »

En ouvrant les yeux, on aperçoit Loïc Guénin s’agiter devant son bric-à-brac sonore : bols tibétains, marteaux, scie, percussions, grosses billes. Kamilya Jubran joue de son oud tantôt classiquement, tantôt avec un petit maillet. Parfois, elle le porte à l’horizontale devant son visage et lui parle. Elle anime une lourde chaîne et manie des qraqeb, castagnettes métalliques des musiciens gnawa. Maîtresse de cérémonie, elle conduit une transe électronique faite de chant et de fureur. 

Les textes, en arabe et en français, sont d’elle et de Mahmoud Darwich. Ils deviennent des adresses aux destructeurs : « Qu’allez-vous faire une fois votre mission accomplie, après la disparition ? Vous vous réveillerez peut-être un jour et vous vous heurterez aux murs de vos doctrines, qu’il faudra détruire. Il faudra vous débarrasser des corps démembrés et des sacs d’ossements, reconstruire les rues éventrées par vos chars. Dans la terre que vous avez brûlée pousseront des arbres aux fruits défigurés, et le sang noir coulera quand vous les croquerez. Des météorites tomberont sur vous, des paroles d’encre. Peut-être vous mettrez-vous à chercher de nouvelles victimes… » « Que ferez-vous quand votre mission… » La question, posée une seconde fois, reste suspendue, tandis que l’électronique tourne à la machine industrielle, à la machine de mort. Un concert intense et sans concession.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Ce concert s’est déroulé le 21 octobre au petit plateau de la Friche (Marseille), à l’invitation du GMEM.

ARTICLES PROCHES
- Plus d'infos, cliquez ici -spot_img

« L’incident du pain perdu » de Hammour Ziada : satire féroce du pouvoir soudanais

Après trente ans de pouvoir, le régime d'Omar el-Béchir, issu du coup d'État de 1989 baptisé « Révolution du Salut », est renversé en...

À l’Estaque, le PIC menacé par le retrait de la Métropole

« On est un peu comme le coureur de marathon qui arrive à 20 mètres de la ligne d’arrivée et qui s’écroule. » Raoul...