Le soleil était de la partie, en ce samedi pour marquer l’ouverture de la troisième saison de la Citadelle de Marseille. Mille visiteurs ont répondu présent pour cet après-midi inaugural. Et c’est dans une ambiance festive que le fort a ouvert grand ses portes. Mathilde Rubinstein, directrice déléguée de l’association, rayonnait : « Cela fait chaud au cœur de voir tout ce monde ». Trois saisons après 350 ans de fermeture, la Citadelle confirme qu’elle est bien devenue un lieu de vie et de culture pour les Marseillais.
Dès 14 heures, parents et enfants ont envahi bastions, glacis et demi-lunes avec une curiosité débordante. Dans le Haut-Fort, Chuglu -un groupe artistique qui réalise des happenings, souvent drôles et absurdes, dans l’espace public – avait installé un dispositif immersif : Les adultes regroupés par vingtaine dans un habitacle en bâche, sorte d’immense navette, progressant en aveugle comme une légion romaine, subissaient, dans l’euphorie générale, les tirs de balles de tennis lancées par les enfants. Sur la terrasse du Moulin, le collectif Basses Fréquences avait posé ses enceintes pour un DJ set disco à destination des « minots », les invitant à danser avec en toile de fond la rade dans toute sa splendeur.
La cour de la demi-lune a quant à elle accueilli LI(E)N, de la compagnie Appesa. L’artiste Elisa Alcalde et deux complices y explorent le lin, fibre textile ancestrale, transformée en agrès aérien, sous forme de cordes ou de grands voiles. Petits et grands, assis en arc de cercle, les yeux écarquillés, suivaient chaque mouvement des trois silhouettes suspendues dans les airs.
Débraquer les canons
Benjamin Dupé -compositeur, guitariste et metteur en scène – a offert au public Les propriétés étonnantes. Le titre n’usurpe pas son nom. Sa guitare solo, branchée à un dispositif électronique « continue toujours à m’étonner, je ne sais pas toujours ce qui va en sortir », confie-t-il. Si l’artiste évolue grâce à un canevas de composition, il improvise aussi, réagissant ensuite aux sons réverbérés par l’électronique. Il a choisi comme thématique Louis XIV. Car c’est sur ordre du Roi que le fort Saint-Nicolas a été bâti en 1660, non pour protéger les Marseillais, mais pour les mater, canons braqués vers la ville, destinés à réprimer cet « esprit de trop grande liberté » que l’on reprochait à ses habitants.
Dans ces mêmes pierres, le guitariste fait dialoguer esprit baroque et technologie, cordes et électronique. Les sons se répètent, se concassent, comme le mortier qui tient les blocs de calcaire rose. La gamme grimpe vers les aigus en crescendo exubérant, portée par une grande machinerie de fond. Une deuxième séquence évoque un luth d’antan qui aurait croisé un joueur de flamenco devant une cour royale jacassante. Un troisième mouvement jaillit comme un torrent dévalant entre les pierres du fort, s’arrête brutalement, dans un clap de fin, puis repart, déchaîné, dans des couloirs d’un autre âge.
Dupé restera en Résidence à la Citadelle toute cette saison. L’occasion de nouvelles rencontres détonantes.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
L’inauguration s’est déroulée le 18 avril à La Citadelle
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