vendredi 3 juillet 2026
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En Polyptyque (s)

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Polyptyque 2024 - Devant les oeuvres d'Orianne Ciantar Olive - Urban Gallery © Angélique Roullier

Annulé en 2023 pour cause de financements insuffisants, le salon de photographie contemporaine Polyptyque a fait son retour au sein de la rentrée de l’art contemporain à Marseille. Un salon organisé par le Centre Photographique Marseille, qui s’est déployé dans le quartier de la Joliette sur quatre lieux différents : l’Urban Gallery, Les Voûtes de la Major, le Centre Photographique Marseille et le Mund’Art. 

À l’Urban Gallery et aux Voûtes de la Major, le Salon proprement dit avec les expositions proposées par les neuf galeries sélectionnées, et les 17 artistes pré-sélectionné.e.s pour le prix photographie Polyptyque et le prix du livre d’artiste. 

Au Centre Photographique Marseille et au Mund’Art, deux expositions parallèles : un nouvel accrochage de l’exposition Toucher le Silence de Grzegorz Przyborek au Centre Photographique Marseille.Et au Mund’Art, les cinq lauréat·es de la première édition de Polyptyque en 2018 dévoilaient leurs œuvres récentes. 

Polyptyques

En déambulant d’un lieu à l’autre, on peut constater que le salon n’a pas choisi le nom de Polyptyque par  hasard : la totalité des photographEs présenté.e.s travaillent sur des séries d’images, exposées en diptyques, triptyques et polyptyques, permettant aux visiteur.euse.s de percevoir un travail artistique dans son amplitude et sa cohérence. 44 artistes présenté.e.s c’est autant de démarches diverses et variées, d’univers différents. Entre lesquels on peut néanmoins essayer de faire quelques rapprochements : celles et ceux qui s’orientent vers une exploration de la matérialité de l’image, ceux et celles dont les images sont plutôt d’accès littéral, et celleux qui invitent, à travers le rapprochement d’images différentes, à imaginer des mises en récit. 

Du côté de la matérialité, on trouvait par exemple aux Voûtes de la Major, le travail en duo de Clara Chichin et Sabatina Leccia, Le bruissement entre les murs, présenté par la galerie XII : des photographies de la végétation d’un parc, percées dans certaines zones du papier d’une multitude de minuscules trous d’aiguille, déformant légèrement la surface, suggérant une sorte de porosité entre l’image et son support matériel. Également, les travaux en cyanotype sans contact de Marie Clerel exposés par la galerie Binome, notamment des séries de ciels. Une artiste qui explore la lumière et le temps, en mettant hors-jeu les préoccupations techniques habituelles de la photographie, en se tournant et jouant avec des procédés d’expositions et de révélations élémentaires. Un autre exemple à l’Urban Gallery, où la galerie Dantec présentait les travaux de Léa Desmousseaux, qui explore, munie d’un appareil argentique derrière l’écran de son ordinateur, des clichés d’images aériennes issues d’archives scientifiques (vestiges nubiens, romains, …), proposant à l’arrivée des paysages étranges, matériels et immatériels, lunaires.

Rêveries

Du côté des images facilement lisibles, on trouvait à l’Urban Gallery présenté par la galerie The Merchant House plusieurs projets de l’artiste Mary Sue, qui pose déguisée en soubrette naïve, superwoman, danseuse orientale, Alice au pays des merveilles ou Blanche-Neige, accentuant ironiquement l’imagerie associée aux femmes pour la dénoncer. Aux Voûtes de la Major, la galerie Olivier Waltman proposait les photographies grand format du norvégien Rune Guneriussen. L’artisteinstalle dans les paysages naturels de Norvège des ensembles de mobiliers manufacturés, luminaires, chaises, globes terrestres électriques, disposés souvent en guirlandes monumentales, donnant à l’ensemble un aspect de conte merveilleux.

Enfin parmi les photographes présentant des ensembles invitant au récit, le travail d’Yveline Loiseur présenté aux Voûtes de la Major par la galerie Françoise Besson : La Vie Courante cherche à capter le passage du temps d’une vie dans des lumières aux couleurs profondes. Une dizaine de photographies rêveuses, certaines où elle fait poser des personnages qu’elle met en scène précisément, d’autres étant des natures mortes qu’elle compose précautionneusement. 

Rêveuse encore, à l’Urban Gallery, l’une des lauréates du Prix Polyptyque Photographie de cette année, Éleonara Paciulo : un ensemble de photographies en noir et blanc et de vidéos, un serpent avec sa mue sur du sable, un tronc d’arbre, des ombres de main, des objets brûlés, des rituels mystérieux, un texte sur la magie.

MARC VOIRY

Polyptyque s’est déroulé du  30 août au 1er septembre aux Voûtes de la Major, Urban Gallery, Centre Photographique Marseille et MundArt, Marseille

Le nouvel accrochage de l’exposition Toucher le Silence de Grzegorz Przyborek au Centre Photographique Marseille est visible jusqu’au 21 septembre 

À Martigues, une rentrée résistante

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Ttsunami Banana © Delphine Mallet

En cette rentrée très politique, la section de Martigues du Parti communiste ne déroge pas à la règle, et organise son traditionnel rendez-vous festif et solidaire avec le festival Terres de Résistance, du 5 au 8 septembre au jardin du Prieuré.  

En ouverture cette année, une projection en plein-air de Twist à Bamako, un drame historique de Robert Guédiguian sorti en 2021, qui suit un couple d’amoureux révolutionnaires au temps de l’indépendance du Mali. Le lendemain musique, avec le joyeux rock de Oai Star, toujours emmené par un Gari Gréu vivifiant… Plus tôt, on aura écouté une reggae party signée Soon Come

Pour le week-end, place à la solidarité avec une journée construite en partenariat avec le Secours populaire français. Outre le marché paysan le matin et la kermesse – gratuite pour les enfants – l’après-midi, un débat s’interroge sur « la place des jeunes dans la mobilisation associative ». La journée se finit en musique, avec les « DJeuses éclectiques » de Tsunami Banana. Le dimanche, il faudra se lever tôt pour aller chiner les pépites du grand vide grenier, avant le grand meeting de rentrée et l’après midi musical animé par le duo acoustique K-Lamité

NICOLAS SANTUCCI

Terres de Résistance
Du 5 au 8 septembre
Jardin du Prieuré, Martigues 

Dying, la bonne partition de Matthias Glasner

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Réalisateur : Matthias Glasner Section : Concours 2024 © Jakub Bejnarowicz / Port-au-Prince, Schwarzweiss, Sénateur

La perte d’autonomie, l’alcoolisme, la dépression, le suicide, un Parkinson et un cancer, concentrés dans un film de 183 minutes – le plus long de la compétition de cette 74e Berlinale, auraient pu constituer une épreuve pénible et définitivement déprimante. Mais contre toute attente Sterben (Dying) du réalisateur allemand Matthias Glasner est un film émouvant sans pathos, tragique sans grandiloquence, et … drôle. Oui ! Drôle et vivifiant.

Trois enterrements, trois naissances

Les trois enterrements auxquels on assiste sont contrebalancés par deux naissances, auxquelles on peut ajouter celle d’une œuvre musicale magnifique, bouleversante, qui porte le même titre que le film. Conçue dans la douleur, elle clôt le tableau comme un triomphe.

Matthias Glasner construit un récit choral en trois chapitres se superposant dans le temps et croise les trajectoires de trois membres de la famille Lunies. La mère Lissy Lunies (Corinna Harfouch) ne supporte plus Gerd (Hans-Uwe Bauer) son mari, hagard et dément. Le fils Tom Lunies, interprété par l’admirable Lars Eidinger, est chef d’orchestre. Divorcé de Liv (Anna Bederke) dont il reste proche, il endosse le rôle paternel auprès du bébé qu’elle vient d’avoir avec son nouveau compagnon. Tom prépare la création de Dying composé par son ami, Bernard (Robert Gwisdek) dont il gère au mieux les exigences, les angoisses et les violences. Enfin la fille, Ellen Lunies (Lilith Stangenberg) assistante dentaire à la dérive, dépendante à l’alcool, s’engage dans une relation adultère avec Sebastian (Ronald Zehrfeld), son patron.

À la mort, à la vie !

Si à la faveur de certaines confessions, des explications éclaireront le dysfonctionnement de cette famille, elles ne seront jamais réductrices. N’arrêteront pas la dynamique narrative et, comme tout le reste, seront dédramatisées par le comique inhérent au tragique, que le réalisateur excelle à extraire.

Ainsi la terrible scène d’ouverture – qui fait penser à Amour d’Haneke, et montre sans filtre la déchéance du corps et de l’esprit du vieux couple, sera suivie d’une vraie scène d’auto-dérision. Ainsi la romance entre le dentiste et son assistante se teintera de burlesque autour de la bouche grand ouverte d’un patient. Le grand-guignolesque s’invitera à la première d’un concert et les affres sentimentales du trouple seront désamorcées par le concours cocasse des deux pères pour faire manger bébé. Les aveux terribles de la mère à son fils, le suicide d’un ami, les blessures anciennes et nouvelles n’empêcheront pas Tom, de garder son équilibre et de jouer sa partition. Le réalisateur crée la sienne de rires et de larmes, empreinte d’une grande humanité.

ÉLISE PADOVANI

À Berlin

Dying, de Matthias Glasner

Sortie 4 septembre

Titre français : La Partition

Monkophilie persistante

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Le Marseillais Jacques Ponzio, médecin et pianiste de jazz, « monkophile » absolu, s’est fendu d’un troisième ouvrage chez l’éditeur nantais Lenka Lente sur Thelonious Monk. Il récidive après un Abécédaire Monk en 2017 (celui-ci est même traduit en turc !) et un Monk encore (2021) sans oublier l’ouvrage initial, Blue Monk publié chez Actes Sud en 2004.

L’auteur fait preuve d’une humilité certaine, rendant justice à Monk qui n’appréciait pas toujours les commentaires sur sa musique. Il préfère restituer les documents d’archives les plus pertinents sur l’irruption de son héros dans le Paris de 1954. Il convoque notamment les clichés de Marcel Fleiss, dont certains sont ici publiés pour la première fois. Le photographe, alors âgé de vingt ans, sait capter la densité de l’instant « live », avec son Rolleiflex. Il a également eu l’autorisation de reprendre des extraits du blog de Daniel Richard, inlassable témoin de la présence des jazzmen américains en France. 

Un Monk remixé

Sont également de la partie les témoignages de Ny Renaud, épouse du pianiste Henri Renaud* : restituer cette présence dans un milieu du jazz encore plus machiste qu’il ne l’est de nos jours est un des points forts d’un essai qui fait œuvre d’histoire populaire. De même, l’auteur relève le ton raciste des commentaires de l’époque. Le montage des dix jours de Monk à Paris se fait linéaire, avec des ellipses bienvenues, qui renforcent l’indéfectible part de mystère du musicien – ô le blues en si bémol de « Misterioso » !

L’ouvrage prend des allures de remix tout à fait actuel, sans négliger d’être très factuel. 

Monk se produira à Marseille dix ans plus tard : Jacques Ponzio a manifestement encore des billes pour narrer les aventures de ce géant musical. Vivement la suite !

LAURENT DUSSUTOUR

*Le génial pianiste auquel certains, dans la cité phocéenne, rendent encore hommage, comme le saxophoniste Léo Mérie ou le pianiste Fred Drai.

Monk sur Seine, de Jacques Ponzio
Lenka Lente, 2024 – 25 €

Portraits de Géorgie 

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Que savons-nous de la Géorgie, de cette terre caucasienne à la fois si proche, si lointaine ? Bien peu. En 2017, Nino Haratischwili dans une saga historique, autour de personnages féminins, La huitième vie, évoquait l’histoire mouvementée de son pays natal depuis le début du XXe siècle. En 2022, cette fois-ci, La lumière vacillante plonge dans le passé très douloureux, plus récent de la Géorgie post-soviétique, marqué par l’effondrement économique et moral, par la violence politique, par la guerre meurtrière entre 1991 et 1993 en Abkhazie, au nord du pays. N’est-ce pas pour nous, lecteurs européens, comme l’écrit l’autrice la peinture « d’un monde exotique, un monde détraqué attirant pour des yeux occidentaux » ?C’est bien plus que cela. Une fresque des blessures humaines. 

Elles sont quatre : Nene, la séductrice, Dina la combattante, Ira la joueuse d’échecs et Keto. Elles grandiront ensemble à Tbilissi. Entre 1989 et 2019, Keto, la narratrice, « restaure » leur parcours comme elle deviendra, adulte, restauratrice d’œuvres d’art. Chacune prise dans la tourmente d’un pays devenu indépendant.  

Entre deux mondes 

Les images de Dina lui serviront de fil d’Ariane. Le présent appelle le passé. Une rétrospective de ses photos à Bruxelles réunit les trois survivantes et à chaque cliché ressurgit un épisode de leur vie, celle d’une génération amère qui choisit de partir vers l’étranger. Ira réussit aux États-Unis, Nene se remarie à Moscou et Keto s’exile en Allemagne puis en Belgique. L’ouverture du roman dans le jardin botanique de Tbilissi du temps de l’adolescence insouciante nourrit la fin du texte dans le parc bruxellois, quand la vie s’est écoulée et que Dina n’est plus là. Il faut bien se sauver. 

Nino Haratischwili elle-même écrit son histoire géorgienne en allemand, sa langue d’adoption comme s’il était impossible de retrouver ce point origine, que seule une distance pouvait apaiser les âmes. On sait d’ailleurs qu’aujourd’hui encore la Géorgie n’a pas retrouvé ses territoires perdus contrôlés par les Russes et que son Gouvernement s’affirme contre l’Europe.   

MARIE DU CREST

La lumière vacillante, de Nino Haratischwili
Gallimard - 27,50 euros
Sortie le 5 septembre
Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine 

Partir et rebondir

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Claudie Gallay a une passion pour Venise, cette ville flottante dans sa lagune, siège de tous les imaginaires, désir de tous les rêves. Dans son dernier roman, Les jardins de Torcello, son héroïne vit cette fois entre Venise et Torcello, île plus secrète que ses célèbres voisines. Jess, 26 ans, refuse qu’on l’appelle Louise, prénom de son baptême qu’elle rejette comme elle rejette l’avenir que ses parents lui ont tracé : prendre la succession de leur hôtel. Aussi est-elle partie à Venise où, devenue guide privée, elle promène des touristes désireux de découvrir les aspects secrets de la ville et mélange des anecdotes historiques à d’autres qu’elle invente. 

Mais il lui faut d’autres revenus. On lui indique un célèbre avocat pénaliste qui aurait besoin d’aide pour classer ses archives. C’est ainsi qu’elle débarque à Torcello chez Maxence qui vit avec Colin, plus jeune d’une dizaine d’années. L’habitation est au bord de l’eau et faisait partie d’un ancien monastère de 1620. Deux chevaux et un chat se promènent dans les jardins en friche. Un gardien taiseux construit un mur pour protéger les terres de la montée des eaux car Maxence veut reconstituer les sept jardins de la Bible et recherche des ceps de vignes anciens, des plantes médicinales et aromatiques.

Amours et amitiés

Peu à peu Jess se rend indispensable à la bonne marche de la maison. Des liens se créent entre les trois personnages sans que beaucoup de paroles soient échangées. Le récit se déroule lentement au fil des souvenirs d’amours et d’amitié. Claudie Gallay nous entraîne dans ses contemplations de la nature si calme à Torcello alors que les touristes envahissent Venise et participent à sa dégradation. Il est question de l’histoire des palais, des superstitions vénitiennes, des Biennales, de Bansky et ses pochoirs, mais aussi de Canaletto. Avec une langue simple au rythme régulier et des chapitres plutôt courts, l’autrice nous entraîne vers la découverte des voies nouvelles et apaisées que chacun trouvera.

CHRIS BOURGUE

Les jardins de Torcello, de Claudie Gallay
Actes Sud - 23 €
Sorti le 21 août

OCCITANIE : L’art de Sète et d’ailleurs

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Installation Cyclo, Abdelkader Benchamma © Eloise Legay

Sète-Lisboa est organisé par l’association Sète Los Angeles (SLA), créée en janvier 2018 dans la commune héraultaise, qui s’est donné pour mission d’organiser des cycles d’expositions et des rencontres culturelles entre Sète et d’autres villes du monde, à tra- vers un festival nomade. En 2019 il y a eu Los Angeles, en 2022 Palerme, et en ces mois de sep- tembre et d’octobre 2024, Lisbonne. Il s’agit pour SLA de soutenir les artistes sétois, en confrontant leurs visions du monde à celle d’artistes venus d’ailleurs. Et de former une communauté artistique cosmopolite et crois- sante, dont le centre de rayonne- ment est la ville de Sète

« Sourde résistance »

Chaque édition de la biennale conjugue performance, art plastique, danse, installation, art numérique, vidéo, art urbain, sculpture, peinture, photographie, art culinaire, art textile. Les 26 artistes de cette édition, 11 lisboètes et 15 sétois et montpelliérains,  ainsi que deux collectifs (Île/Mer/Froid et Les Crafties) ont été sélectionnés par le commissaire d’exposition Philippe Saulle, ex-directeur de l’École des Beaux-Arts de Sète, à la retraite depuis janvier dernier. Thème de cette édition : « Sourde résistance ». 

Une expression évoquant pour lui une façon de « faire face de façon fragile et butée à la nature et ses débordements fous, autant qu’à la violence du monde que quelques cinglés nous fabriquent. L’expression de cette sourde résistance devrait pouvoir se partager en images, gestes, textes ou sons dans une déambulation sensible à Lisbonne et Sète, au bord de l’art. »

La question du rapport à la nature va être d’ailleurs au cœur des futurs dialogues entre artistEs portugais et français. Parmi les artistEs choisi.e.s, plusieurs travaillent autour des questions de biologie, de bio-matériaux, de végétaux, de géologie, de météorologie. Telle la lisboète Inès Barros, qui imagine une œuvre d’art comme une boîte à outils d’interaction envers la nature, proposant langages et gestes inter-espèces. Ou la sétoise Elena Salah qui fait appel à des historiens, des botanistes, zoologistes, hydrologues ou géologues pour étoffer ses travaux photo, vidéo, sculptures et installations.

Soirée-Radio Muge Alla Zisa © Eloise Legay

Un vernissage par jour 

L’ouverture du festival a lieu le lundi 9 avec sur la plage de La Ola, la projection en plein air du film Lisbonne Story de Wim Wenders. À partir du mardi jusqu’au samedi, c’est un vernissage par jour minimum ! Parmi ceux-ci le mardi au Musée Paul Valéry celui de Pedro Cabrita Reis, suivi d’une performance de Vir Andres Hera. Le mercredi à Diorama (Atelier Crafties) celui du collectif Île/Mer/Froid et de Naomi Maury, et à la Galerie Zoom celui de l’exposition collective Pedro Barateiro, Inês Barros, André Cervera, Vasco Costa, Julien Fargetton, Damien Fragnon, Sam Krack, Marion Mounic

Le jeudi à la librairie L’Échappée belle, vernissage de Julien Fargetton et Agnès Fornells suivi du lancement de l’édition française du fanzine Une ville plus que parfaite de Rui Silva. Vendredi 13 à la Chapelle du Quartier Haut celui de Elisa Fantozzi, Raphaël Kuntz, les Crafties, Sara Bichão, Márcio Vilela, Pauline Guerrier, Manuela Marques, suivi d’une soirée DJ au Dancing. Enfin samedi, last but not least, celui de Sara Bichão au Musée international des arts modestes, puis clôture sur la plage de La Ola, avec un nouveau vernissage suivi d’une soirée concert fado et DJ set. 

Toutes les expositions à Sète restent visibles jusqu’au 29 septembre. À Lisbonne, elles auront lieu du 15 au 19 octobre. 

MARC VOIRY

Festival Séte-Lisboa
Ouverture du 9 au 15 septembre,
expositions visibles jusqu’au 29 septembre
Divers lieux, Sète

Paréidolie, incontournable ! 

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TARASIEVE_FOWLER Love Mass series PS I Am Happy crayon noir sur papier 19x22 © Nina Mae Fowler

Pendant trois jours, le salon, organisé par l’association Château de Servières, a mis à l’honneur une diversité des médiums sur papier. Offrant aux visiteurs une immersion complète dans le monde du dessin contemporain, et permettant de découvrir une grande variété de techniques s’exprimant exclusivement sur le délicat support du papier. L’événement était ponctué d’un programme de rencontres, de visites et de débats, s’inscrivant dans le cadre du lancement de la Saison du Dessin qui se déploie tout l’automne dans une trentaine de lieux partenaires de Montpellier à Monaco. Sous la nouvelle présidence de Catherine David – commissaire d’exposition et historienne de l’art – la sélection 2024 de Paréidolie se caractérisait par un renouvellement des galeries, une présence européenne et de nouvelles venues aux côtés des fidèles du salon. On déambulait avec plaisir au sein des différents espaces, orchestrés d’une main de maître par Martine Robin, Françoise Aubert, Michèle Sylvander et toute l’équipe du Château de Servières. Chaque œuvre de la cinquantaine d’artistes présenté·e·s avait son espace d’expression sans déborder sur un autre, témoignant de l’expérience des galeristes à aménager les espaces qui leur étaient alloués avec équilibre. 

Un florilège de style

Au détour d’une allée, on était séduit par les œuvres de Charles-Elie Delprat, représenté par la jeune galerie parisienne Ingert. Formé à la gravure, l’artiste associe le dessin et le collage sur des papiers rares. Son traitement figuratif allie sens du détail et larges surfaces teintées de couleurs. L’ensemble crée des paysages de grands espaces qui évoquent ses souvenirs de voyage en France, en Espagne ou en Italie. 

La galerie Eric Dupont, habituée du salon, a présenté quatre artistes aux sensibilités diverses. Au milieu des grands nénuphars en pigment sur papier de Katarzyna Wiesiolek et du chien solitaire de Damien Cabanes, on notera la présence des petits formats de Willis Kezi. Artiste d’origine congolaise, elle dessine des corps de femmes noires sur des sacs en kraft qu’elle récupère dans les commerces. On identifie dans cette démarche la tradition africaine d’utiliser des matériaux de récupération, et deviennent le support d’une critique de la marchandisation du corps des femmes. Des petits formats qui délivrent un grand message plus que jamais d’actualité. 

Dans un autre style, on ne pouvait pas ignorer les grands formats de l’artiste Claire Vaudey, représentée par la galerie Dilecta. Ses couleurs appliquées à la tempéra (technique de peinture), sur lesquelles elle imprime en sérigraphie, sont saisissants. Sa série « Espace clos », qui rend hommage aux jardins clos de la Renaissance italienne, crée des effets de matière qui livrent de subtiles profondeurs dans des compositions architecturales graphiques.

Un regard sensuel

Pour se remettre de toutes les émotions que nous procuraient les œuvres, on pouvait prendre un café au bar et en profiter pour jeter un coup d’œil par-dessus l’épaule d’un(e) ami(e) et lorgner l’entrée discrète d’un espace dédié au dessin érotique. Là se cachait les dessins de Ellande Jaureguiberry, Celia Hay, ou Jean-Baptiste Monteil, illustrant la sensualité, l’étrangeté, voire même la peur, dans notre rapport à la sexualité.
On a hâte de retrouver le salon Paréidolie l’année prochaine ! D’ici là, on peut d’ores et déjà se rendre les 21 et 22 septembre prochains au parc Longchamp pour profiter du festival Marcel Longchamp, au cours duquel le Château de Servières continue de porter des projets en arts visuels, en organisant, dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine (JEP), une exposition d’œuvres d’art autour du thème « Il murmure ».

GOMBO
Artiste visuel 

Paréidolie s’est tenu du 30 août au 1er septembre au Château de Servières, Marseille.

Art et photographie : des alliés objectifs 

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Germaine Krull. Pont transbordeur, 1926, tirage de 1976. Avec l’aimable autorisation du musée Flokwang.

En 1968, le Musée Cantini proposait une exposition intitulée L’Œil objectif, et il fut le point de départ de la constitution d’une collection de photographies à Marseille. En cet été 2024, les Musées de la Ville de Marseille, en reprenant exactement le titre de cette exposition historique, et dans le même lieu, proposent un panorama de cette collection avec une sélection de 170 photographies issues des fonds du musée Cantini, du [mac] et du Fonds communal d’art contemporain, parcourant le XXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Partis-pris 

Une première salle évoque ce moment fondateur de 1968 à Marseille à travers divers documents présentés en vitrine (catalogue de l’exposition, article du Provençal, photographies, correspondance…) surmontée de la projection du film Marseille, Vieux-Port de 1929 de László Moholy-Nagy. Un montage cut et muet de séquences courtes tournées sur le Vieux-Port, enchainant scènes de la vie quotidienne, détails urbains, vues d’architecture, portraits. 

L’ensemble des photographies présentées ensuite dans l’exposition le sont sans indications chronologiques, et sans cartels de présentation des photographes exposés, favorisant une expérience purement visuelle pour celles et ceux qui le souhaitent. Par contre, un livret est disponible à l’entrée (il faut le restituer à la fin) où toutes ses informations sont disponibles. Et si le tout début du parcours est homogène chronologiquement avec des photographies des années 1920 et 1930, notamment de l’architecture métallique du pont transbordeur par Germaine Krull, Eugen Batz, François Kollar, Emeric Feher, la suite du parcours mixe allègrement chronologies, tout comme artistes connu·e·s ou plus confidentiel·le·s. L’attention pour les artistes femmes étant récent, ce panorama des collections photographiques de la Ville est largement masculin, une quarantaine d’hommes pour une quinzaine de femmes. Parmi lesquelles on trouve Marie Bovo, Suzanne Lafont, Nan Goldin, Haruno Utsumi, Valérie Jouve, Martine Franck, Françoise Huguier. 

Déclinaisons

L’Œil objectif est divisé en trois thématiques, accompagné de déclinaisons. Ainsi, à l’entrée « Un nouveau langage », référence aux années 1920, période intense d’expérimentations photographiques est décliné en « Jeux de perspectives », avec notamment les photographies du pont transbordeur citées plus haut. En « À l’épreuve du cadre », avec des cadrages magnifiant des paysages de plages et de salines chez Lucien Clergue, des formes végétales chez Jean Dieuzaide ou Denis Brihat. Et en « Abstraction de l’optique », où l’on trouve notamment des photomontages de Raoul Haussman, Metalopolis III de Jean-Claude Gontrand, donnant un aspect d’abstraction géométrique à des vues de chantier du périphérique parisien, dans un noir et blanc très contrasté.

Raoul Hausmann. Jeux mécaniques, 1957, Portfolio Roger Vulliez, 1978. Avec l’aimable autorisation de l’ADAGP, Paris.

La section « Donner corps » s’intéresse au pouvoir de la photographie de « donner corps » aux sujets présents devant l’objectif. Elle se décline en « Portraits modelés, Corps en scène, Objets singuliers ». On y rencontre un fessier féminin somptueux émergeant de la mer, photographié par Lucien Clergue, des larmes tels des bijoux disposés sur le visage de Lydia par Man Ray, ou bien le torse masculin cadré serré, apparaissant dans toute son étrangeté charnelle et poilue, de John Coplans. Plus loin, les mises en scène oniriques et figées de Bernard Faucon ou les Séquences d’Haruno Utsumi, prenant les poses stéréotypées des mangas des années 1970. Les images-tableaux de Caniveau avec chiffons verts et rouges d’Alain Fleisher ou abstraites-charnelles de Jean Dieuzaide, poires blettes, ensemble de tiroirs ou encore une poêlée de moules. 

Le dernier chapitre, « Esthétique du document », explorant les écarts plus ou moins importants entre fidélité au réel et démarche esthétique, se décline en « Docufiction/documenteur », « Visions du reportage », et « Trouble de l’ordinaire ». Ici se trouvent notamment la série hilarante de Joachim Mogarra, photographies d’un arte très povera réalisées avec des petits objets du quotidien pour figurer quelques lieux marseillais (le labo clandestin, la maison du fada, le Vieux-Port, la rue Tubano [sic] en 1930). La série Psychogéographie d’Antoine d’Agata autour des mutations du quartier de la Joliette à l’aube des années 2000, ou encore des paysages aux textures et coïncidences étranges, rêveuses et vaguement inquiétantes de Bernard Descamps ou Bruno Réquillard.

Échos contemporains

L’œil objectif se termine vraiment avec « Vues partagées », écho contemporain par huit photographes marseillais·e·s d’aujourd’hui à ce long travelling historique. Il faut retourner dans la salle de l’entrée, des photographies allant des rivages méditerranéens aux rues marseillaises, des reines du ring mexicaines aux corps féminins se liant à la nature. Le tout sous le regard sévère et l’objectif bricolé du Photographe de Louis Pons, assemblage photographie-bois au contraste plein d’humour. 

MARC VOIRY

L’œil objectif
Jusqu’au 3 novembre
Musée Cantini, Marseille

Djaïli Amadou Amal : « Certaines traditions sont devenues inconcevables »

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Djaïli Amadou Amal © X-DR

Zébuline. Les impatientes (Éditions Emmanuelle Colas) était une autobiographie romancée. Quel est le thème de votre nouveau livre ?
Djaïli Amadou Amal.
Bien que je me sois inspirée de ma vie, les impatientes n’est pas à proprement parler autobiographique. J’ai puisé aux sources d’autres vies, dans les réalités de mon entourage. C’est un roman polyphonique qui donne la voix à trois femmes qui parlent des violences qu’elles subissent, dont le mariage forcé, le viol conjugal ou la polygamie. Mises à part ces trois voix, nous avons celles des mères, tantes, sœurs, qui souffrent, mais continuent de transmettre un seul et même conseil : patience.
Mon nouveau roman, le Harem du roi, parle de polygamie et de servitude et questionne les traditions avec ses pesanteurs sociales aux prises avec la modernité. C’est l’histoire d’un médecin, Seini, qui forme un couple moderne avec Boussoura, professeure de littérature. Ils vivent heureux, jusqu’au jour où Seini décide de devenir Lamido, un roi tout puissant. Il se laisse prendre au jeu du pouvoir, accepte de jeunes concubines qui alimentent son harem royal au grand dam de Boussoura.

Pouvez-vous nous parler un peu plus des personnages de ce livre ?
Boussoura est une femme forte qui se croyait à l’abri de la polygamie. Elle désenchante quand son époux devient Lamido. Seini le roi est pris en étau entre modernisme et tradition, il laisse tomber ses convictions au profit du pouvoir et de sa libido. On découvre aussi Fanta l’amoureuse audacieuse; Aabou l’adolescente vulnérable ; Safia la femme meurtrie pour qui le harem devient un refuge, chacune d’elles avec ses peurs et ses espoirs. Des destins qui s’entremêlent. Le Harem du roi est une odyssée dans l’antre de l’organisation traditionnelle peule à travers son lamidat.

Est-ce que l’un d’entre eux vous ressemble ?
On retrouve toujours de l’écrivain dans une œuvre. Mais je n’ai jamais été une épouse du Lamido et encore moins une concubine ! [rires]. Ce fut une expérience exaltante d’écrire ce texte. Le harem est un environnement fermé que je ne connaissais pas. Le premier défi était de s’immerger et de cerner les mécanismes qui cadencent son quotidien. Le roman s’appuie sur l’histoire traditionnelle peule. Il m’a fallu plus de deux ans de recherches pour m’approprier l’univers du palais royal et engager ma production romanesque. À 48 ans, également l’âge de l’héroïne, il ne m’a pas été difficile d’exprimer les émotions de Boussoura et les questionnements des femmes à l’approche de la ménopause.

Ce conflit entre modernisme et tradition vous semble-t-il encore important en Afrique ?
En Afrique, il y a cette volonté de se développer même si on est attaché à nos traditions. Le défi serait de trouver le juste équilibre. Mais certaines traditions sont devenues inconcevables à notre époque et il est temps d’en parler et de s’en débarrasser. Les traditions sont des pratiques millénaires qui nous viennent des hommes qui nous ont précédés, nos ancêtres comme on dit. Une tradition doit s’arrêter dès lors qu’elle crée de la souffrance ou qu’elle est anti-productive. Certaines d’entre elles étaient adaptées à un moment donné de l’histoire, mais ne le sont plus. Toute société qui n’aspire pas au progrès et à son épanouissement, qui n’interroge pas ses traditions et ne les fait pas évoluer à la lumière des valeurs universelles qui sont celles de notre humanité est vouée à sa propre déchéance. 

Pourquoi avez-vous commencé à écrire ?
Je suis née à Maroua (Cameroun) en 1975. Je dois ma passion des livres à un roman qui parlait d’une forêt enchantée et de fées que je n’ai jamais voulu quitter. Dans le sillage de mon amour pour la lecture, j’ai toujours écrit, dessiné. Je tenais un journal intime. L’expression littéraire s’est installée avec la prise de conscience des réalités sociales. À travers l’écriture, je mets les doigts sur les maux qui heurtent ma sensibilité, et notamment les discriminations faites à la femme.

On vous qualifie d’auteure féministe, vous considérez-vous ainsi ?
Si parler des femmes et de leur droit, lutter contre les discriminations dont elles font l’objet, comme les violences liées à leur genre, fait de moi une féministe, alors je le concède, et fièrement. La problématique est suffisamment majeure pour être au cœur de la stratégie de tout pays qui se veut engagé dans la voie du progrès et de développement. 

Un modèle ?
Mariama Bâ. C’est à travers le classique de cette autrice sénégalaise, Une si longue lettre, que j’ai pris conscience de la condition de la femme dans ma propre région.

Vous avez reçu un grand nombre de prix, qu’ont-ils changé à votre vie ?
Ils me donnent plus de responsabilité et aident à porter ma voix plus loin qu’elle n’aurait été autrement. Au lendemain du Goncourt des Lycéens j’ai été faite ambassadrice de l’Unicef au Cameroun. En 2012 j’ai fondé l’association Femmes du Sahel qui œuvre pour l’éducation de la femme dans le Nord-Cameroun. J’ai davantage investi dans l’association. Deux bibliothèques ont vu jour à Douala et à Maroua qui rencontrent un franc succès auprès de la jeunesse grâce aux livres et aux ateliers culturels qui y sont organisés. 

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le harem du roi, de Djaïli Amadou Amal
Emmanuelle Colas – 21,90 €
Sorti le 19 août