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AccueilÀ la UneRentrée littéraire : Yannick Haenel et la solitude des professeurs

Rentrée littéraire : Yannick Haenel et la solitude des professeurs

Dans son dernier roman Yannick Haenel fait vivre Jean Deichel, son double, jeune prof stagiaire qui fait à la fois l’expérience de la solitude et de la transmission du plaisir des mots

C’est sa première rentrée. Arrivé de Rennes au début des années 1990, nommé dans un collège de Mantes-la-Jolie, Jean a eu beaucoup de mal à trouver à se loger et devra faire quatre heures de trajet par jour. Il est très mal accueilli par le principal et son adjointe et se retrouve isolé dans une sorte de baraquement au milieu d’un espace herbeux. 

Il va lui falloir apprendre à « tenir les élèves ». « Ne leur souriez jamais », dit le principal ! Il y a de cela une trentaine d’années. On peut pourtant constater que non seulement les choses n’ont pas beaucoup changé mais que le climat s’est dégradé encore. Dans les dernières pages, Yannick Haenel évoque ce qui a déclenché l’écriture de ce texte : l’assassinat de Samuel Paty survenu au moment où il était chroniqueur du procès des attentats de 2015 pour Charlie Hebdo. 

Comme c’est le cas pour son personnage, l’enthousiasme pour ce métier avait surgi dès son premier contact avec les élèves : il s’est senti investi d’une vocation, « une passion nouvelle. » Aujourd’hui, il a voulu rendre un hommage aux enseignants – dont beaucoup se retrouvent dans ce portrait – tout en témoignant de son amour de la littérature qu’il dévore dans sa solitude romantique, en écoutant du rock et en rêvant au bord du lac en compagnie de textes mystiques.

Apprendre pour être vivant

Son personnage a l’impression de vivre un roman picaresque, passant d’un collège à l’autre. Il rencontre une femme avec laquelle il apprend à être plus léger, accède à la jouissance et se met à l’écriture avec rage tout en essayant d’apprendre aux élèves à construire un projet, à se sentir vivants. Toujours flottant et rêveur, il essaie d’échapper à la brutalité qui parfois l’entoure. Ayant obtenu un poste dans un bon lycée, il part en Italie avec une prof d’Arts plastiques pour découvrir les trésors étrusques du Musée de Tarquinia dans le Latium. La visite finit dans l’éblouissement des fresques tombales : un moment de rêve éveillé dont Haenel a le secret. Augurant un nouveau départ…

CHRIS BOURGUE

La solitude des professeurs est infinie, Yannick Haenel
Gallimard - 21,50 €
À venir
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