Face à la rade de Toulon, six circassiennes, entourées d’un public nombreux, se rapprochent, s’observent, forment une ligne, s’attrapent, se soulèvent. C’est SITU d’Ino Kollectiv, un spectacle tout en portés acrobatiques et mains à mains, qui surprend les attentes : la plus menue peut porter la plus costaude, la voltigeuse peut assurer la base. Les rôles s’échangent, les positions deviennent réversibles : il s’agit de trouver sa place parmi les autres et dans le monde. Une question explorée à travers des combinaisons à plusieurs, des solos face au groupe, des duos, des séquences chorégraphiées à l’unisson, mais aussi par des fragments de texte, dit en live par certaines acrobates ou diffusés en voix off sur des enceintes.
Acrobaties relationnelles
La pièce avance avec ces corps construisant des hypothèses en forme de différentes pyramides humaines, d’étranges bestioles à six têtes, des moments de lâcher-prise dans les bras des autres, s’immisçant régulièrement parmi les spectateurs, dont certains prêtent main-forte pour certaines élévations. Accompagnées par une création musicale qui, selon les moments, prend des accents planants, balade folk, musique concrète, jazz forain, les acrobates se regardent entre elles avec bienveillance, se sourient. Un langage relationnel, rendant visible, par le corps, la fragilité et la puissance de ce qui les (nous) tient ensemble.
Bande annonce
Une heure plus tard, de l’autre côté du Parc de la Navale débute, devant un public encore plus nombreux, En attendant la Vague de la compagnie Espèces d’espaces. Un studio de cinéma à ciel ouvert, avec, à côté d’un barnum abritant une régie, un utilitaire surmonté d’un écran vidéo, qui adresse quelques consignes au public et déroule le pitch d’un film dystopique.
Des membres de l’équipe de tournage se lancent dans le recrutement de volontaires parmi les spectateurs présents pour être : « archipelleteurs », « vaguistes », « effetspecistes », exilés, grand-mère, enfant, …
Puis arrive le réalisateur, Pippo Taleggio annonçant qu’ils vont tourner la bande-annonce du film dont on a pu lire le pitch : l’histoire de Théa, enfant séparée de sa grand-mère lorsqu’une vague a recouvert toute la planète. La mamie avait un téléphone contenant tous leurs souvenirs. 25 ans après, Théa, employée par le ministère de la Mémoire, va tenter de le retrouver au fond des eaux.
Séquences
Les volontaires sont appelés à tour de rôle dans les différentes séquences-clés qui se succédent : Théa qui roule à toute allure, moment intime entre Théa enfant et sa mamie Mado, la scène d’évacuation, une embarcation de fortune au milieu d’une mer agitée, les constructions sur l’archipel b.12, la plongée de Théa au fond de l’eau.
Sous la tchatche inarrêtable de Pippo, les effets spéciaux sont mis au point, les scènes organisées à vue, et les séquences immédiatement projetées sur l’écran de l’utilitaire. L’ensemble oscille entre potacherie décontractée et moments poignants. La scène d’évacuation dans laquelle le réalisateur organise très précisément la file d’exilés figés, tout comme celle de la frêle embarcation chahutée au milieu des flots, même si tout est bricolé à vue dans une bonne humeur amusée, font froid dans le dos. L’expérience collective d’un monde qui s’effondre, face auquel En attendant la vague propose de répondre par le jeu, les autres, et la capacité à faire avec ce que l’on a sous la main.
MARC VOIRY
SITU d’Ino Kollectiv et En attendant la vague d’Espèces d’espaces
joués dans le cadre de Regards sur Rue, organisé par Le PÔLE




